06|10

Souffle Coupé | Nôtre Cause | Quelle Couleur | Bandeau Sale

… Maintenant que je l’ai amené tout au bout du souffle… au bord… Qu’il retrouve sa respiration peu à peu… Il peut bien me trouver aussi… À force de parler : cette bouche ouverte… Voyez : comme il s’étire, se penche au bord… Comment être sûre qu’il ne le fera pas ? Comment suis-je si sûre de moi ? Si je ne lui prends pas la parole il va finir par me cerner, me tenir, si je ne la lui coupe pas, cette fois… Faisons-le taire, ne le laissons plus faire, ne le laissons plus aller, venir comme ça : se pencher sur moi — il est sur moi là regardez… comme s’il n’y avait personne, comme si je n’étais rien, ou pas là, regardez-le se gainer… s’étirer comme il fait… au dessus de moi, divaguer — Monstres, faites diversion ! — Parlons-lui, n’importe quoi, quelque chose… Quoi encore ? — Ma respiration me laisse là… Ma respiration me laisse à bout de souffle… Elle me pousse à bout… Il ne s’arrête plus de s’étirer… souffle et se vide, s’étire encore et ses doigts, les bouts de deux de ses doigts touchent le sol : la pointe de ses pieds… la terre, le sable de la terre et puis… — Il faut être venu à bout de souffle pour tomber là… Je vais toucher le bout de mon souffle…

… Je vais tout le respirer : l’aspirer et l’expirer… tout son air, air de rien, son air de ne pas y toucher, ses airs de ne pas toucher le sol, le leurre qu’il est, de voler, toute sa forme de coureur, son insupportable grande forme… sa forme de santé je vais la lui sucer toute… Je m’en vais te le faire taire : le faire taire en mots, te le taire dans les mots… Non… Laissons-le partir… Il ne fait que passer : une courte pause — regardez… Faisons-le réduire… On le réduit au silence, on lui coupe son élan… Je vais lui faire ça vite fait… Moi je vais te le taire à gros traits… Je vais lui mettre dans la bouche des mots qui sont des objets… Et moi je vais tout vous raconter… Je sais tout ! Comment je le sais ? Je le suis… Je ne le suis plus moi : je vais le devancer… je vais le rencontrer, je vais le raconter. Je le connais par cœur. C’est par cœur que je le connais. Sur le bout de ses doigts… C’est au bout de ses doigts si je le connais, c’est sur ses mots que je compte… — Mais nous ne voulons pas le rencontrer ! Au contraire nous le fuyons ! Ne nous déroberons-nous pas ? Ne sommes-nous pas ce qui le fuit ?… Jamais je ne me tiendrai sous ses yeux, je ne me tiendrais plus… Ne sommes-nous pas ce qui le regarde : justement ce qu’il ne voit pas ? Notre cause… N’est-ce pas précisément parce qu’il ne la voit pas qu’elle le regarde ?… Oui, c’est cela… Fixons-le, le point noir, avant qu’il ne devine notre constellation… Avant qu’il ne trouve notre nom… Avant qu’il ne nous trouve un nom… Faisons-lui faire une fixette… — Laissez-moi faire…

… il faut être venu à bout de souffle pour tomber là … je vais toucher le bout de mon souffle … je vais reprendre mon bout de souffle …

— Quelle couleur ? — ?? — Quelle couleur c’est ? — … ? — Dis-le… Prends-le, prends… Prends-moi. — … — Tu m’as donné un nom… dis-le… Dis-le moi… — … le… bandeau ? — Le bandeau… Tu es sûr ? Pourquoi tu ne le prends pas ? — je… j’allais… — Pourquoi tu ne le passes pas ? Tu passes, tes regards traînent sur moi. S’accrochent à moi… Tu fais l’étonné ? — … — Me donnant un nom tu m’as donné la parole, tu le sais ? Qu’un nom donne la parole ?… Les noms prennent la parole. En m’appelant tu m’ouvres un droit : de te parler, tu m’as provoquée, c’est toi… Combien m’ont laissée tomber là ? Deux, un ? Ce n’est pas toi ? Par hasard… La dernière fois que j’étais en l’air ce n’était pas toi, déjà ? Qu’est-ce qui te retient ? Qu’est-ce qui te retient là ? Approche… — — Dis-moi… Combien ils sont — tu vois ? Les regards… Combien sont-ils qui m’ont saisie, soulevée de terre du regard ? — je… — M’ont jeté un regard… m’ont jetée là… — ne… — Qu’est-ce qui t’arrête ? C’est ma forme, non ? Dis moi, quelle est ma forme ? Dis que c’est ma forme… ma taille ? Dis-moi — je ne vois pas. Et ma matière… Dis : mon poids ? Que je te dise : je ne sens rien, seulement quand un regard se pose sur moi, passe sur moi, le reste… Je ne te vois pas… Je sens ton regard qui coule, là… Comment tu me vois ? — …

… comme polie… lisse… douce… une forme… de bande… courbée… plate… un cartilage… comme un os… un loup… un bandeau, sale, avec de la terre… du sable… doux, le contour… au toucher… — Encore. — … noire… comme en caoutchouc, mat, noir… un tour de tête… ou d’une bouche, replié… courbé, une courbe, rond, incurvée… — Encore. — … comme un joint, joint caoutchouc… déchiré… aplatie… une déchirure arrondie, un œil… d’un masque… l’air souple… retourné… comme coupé… comme d’une chambre à air… — Une quoi ? — … chambre à air…

05|10

Coureur Distrait | Nuage Bienvenu | Couloir Aérien | Concours Immense

… Ce n’est pas l’endroit ?! Le rétroviseur… Ce n’est pas son endroit !? Pas là, que je tombe sur lui… Pas là qu’il me surprend les autres fois, je suis surpris… Qu’est-ce qu’il fait là ?… — Je vous raconte ? Le coureur… Courons dans ses mots voulez-vous ? Imaginez : je substitue la troisième personne à la première… là : un running au tiers — il vous appartient de refaire le chemin à l’envers… Soyons factuels… comment il s’appelle, il suffit qu’il coure pour être chez lui, même s’il pleut. La pluie alors lui fait un vêtement de pluie… Comment il s’appelle, il voit une cape à la lisière… Comme quelqu’un. Avec la distance. Une inclusion dans la lisière. Il voit comme quelqu’un en tête de lisière, couleur du ciel bas, une forme de cape. Darde l’œil : c’est comme une cape en lisière. Mais c’est la distance. Mais il est distrait, comment il s’appelle, par une ombre sur le chemin, qu’il traverse et oublie. Il est distrait, sans arrêt, il est emporté. Il est tout à la course et à son souffle, à la lecture du terrain : à savoir où il met le prochain pied… Cette attention de chaque instant lui est une distraction… une éperdue distraction dans le temps — une distension ? Est-ce dans sa distraction… Il rentre, alors il pleut, il dit : le temps est avec moi. Il veut dire le temps qu’il fait. C’est depuis le temps l’endroit de la cape, que c’est venu, lui est venu… et que les choses sont à leur endroit, qu’elles ont leur endroit, et que lui là, le coureur, s’assure de ses endroits : en en faisant le tour…

— Reprenons — même dispositif : j’enlève tous ses je et je lui colle des il — à l’endroit du nuage, par exemple : il l’appelle l’endroit du nuage, de là se voit, je vous jure, une cape dans une lisière… Ce sont ses mots… Si je le connais c’est par les mots… Chaque mot qu’il mobilise, qu’il lance, ils finissent tous par me tomber dessus… Il y a des retombées, il y en a des tas, des dépôts de ces apports, volontaires ou anonymes, de ses points d’abondement, ou d’abondance, de ses points noirs, que c’en est une constellation… Tout est bienvenu, il dit : — Bienvenue… C’est chez lui : il suffit qu’il coure pour n’être pas perdu. Il voit quelqu’un en cape pendue en lisière et ça ne l’arrête plus, sa course l’emporte, cette course, c’est à emporter. En tous les cas courir l’emporte. Tout est à prendre ou à laisser : un nuage me rattrape et bientôt me quitte, il dit. En effet — Imaginez le s’avancer, il court, se glisse dans l’ombre d’un nuage : alors immobile jusqu’à ce que l’ombre le quitte. Je le vois suspendu et haletant dans un étirement, sans plus un mouvement le temps que le nuage le quitte… et ne reprendre sa course qu’une fois qu’il l’a quitté…

… Un endroit ? Vous êtes sûrs ? L’endroit de la cape est en lisière ? Ou une simple illusion d’optique… Un endroit du nuage ? L’effet de son imagination débordante, programmatique… Il n’est que le temps qu’il fait… Où cela le mène-t-il ? — Ma respiration… Quelle conduite… Elle est mon couloir aérien… Couloir de vie ! Moi qui croyais l’avoir perdue… Un nuage et je retrouve ma respiration. Comme le ciel : elle est toujours là… Là pour moi… — Ça le reprend… il donne des noms : — Un couloir aérien est un bout de chemin respiré… Je comprends maintenant seulement à quel point je suis engagé dans ce couloir : au bout il y a le souffle… — Et le bout de souffle… L’endroit du bout de souffle comme il l’appelle, est un morceau de chambre à air, qu’on dirait un bandeau pris dans la terre, il dit : — Je ne me pense plus qu’à bout de souffle, le corps tout entier mobilisé rien que pour un bout de souffle, rien qu’encore un bout, à bout de souffle encore et rien qu’encore un bout de chemin, le souffle court toujours… Que je parte à courir et les mots s’y mettent et comme l’air me prennent, comme le dehors me prend, me prennent l’air… — Le bout de souffle, son endroit ? Il y a beau temps qu’il ne l’arrête plus : il court, lui court avec lui… voit dans une lisière une cape et sitôt dit : une cape… la course l’emporte et sans arrêt distrait ici et là sous lui par une ombre qui n’est pas la sienne en passant… la passe en approchant le bois et l’effet cape de la distance pour que longeant le bois la cape s’envole et puis rien… ou le ciel dans les branches et plus question de cape sinon cette ombre passée en pleine lumière à l’endroit du nuage à son tour passé où — rappelez-vous — un nuage le prend… ou lui le prend qui vient de passer l’ombre du chemin à ne pas savoir si l’ombre est imprégnée dans la terre du chemin ou sombre nuage flottant au ras et le couvrant en entier… lui oubliant aussitôt et comment il s’appelle et l’étendue d’une ombre que rien ne produit… distrait en chemin et à son tour de l’ombre de rencontre par le bout de souffle comme il l’appelle tout aplati quasi enterré là dans la flaque asséchée du chemin qui n’en est qu’une à cet endroit… ce même endroit où dans la toujours plus grande distraction — il a tellement besoin de temps pour lui, ne pas y être, n’y être pour personne — il se lâche… Écoutez ça :

… je veux me diffuser en l’air … parce que le son … qui est un phénomène aérien … que le son va plus vite que la pensée … la propagation du son … je veux me libérer en l’air qui va plus vite … aller plus vite que moi … courir en l’air … diffuse le son … la vitesse du son … les mots sonores … le son des mots … comme ils sonnent … résonnent … n’est pas la même pensée … le son des mots donnent les idées … la résonance des mots … génère les idées … ensemence l’air … les idées en l’air … les idées sonores … me libérer … libère les idées … je veux me soulager par le soulagement de l’air … avec le concours immense de l’air … l’air est un soulagement … un soulagement tel … aller par les mouvements de l’air … le soulagement est immense … les mots sont des mouvements de l’air … me libérer dans l’air … me libérer par la bouche … m’articuler à l’air … me dessiner en l’air … par la bouche de l’air … la bouche d’air … la bouche d’aération … m’aérer … je veux mon aération … être de l’air … courant d’air … expiré … que ma pensée expire en l’air … épuiser ma pensée en l’air … ne plus penser qu’en l’air … laisser fuir … mon aérosolution … me fait mots en l’air … je suis tout un mouvement de pensée en l’air …

04|10

Je suis entourée de monstres… C’est arrivé avec la nuit ou du ciel… complètement retombé. Le jour se fait là-dessus. Je sors un pied… Ils sont là… cois. Ne bougent pas. Ils se tiennent cois. De tailles, de volumes, d’aspects divers. Les caractères variés. Physionomies… Rien ne bouge. Remue le petit doigt, je me dis : Anatomies… Rien. Je jette un œil… Pas un bruit. La rumeur routière seulement, tient lieu de silence. Les monstres… un peu tassés, de travers, renversés… m’environnent, se pressent autour. On dirait comme toute une vie déversée là, dans le sommeil de ces choses. Ma vie entourée de monstres… — Alors je suis en vie… Encore cette fois… Rangement, living, convertible, éventrement, carcasse, machine à laver… C’est toujours ça… Mais il y en a de tout petits aussi, non seulement petit électro-ménager mais… un peu tordus, à l’envers : retournés… Un mot n’y suffirait pas : à dire ce que c’est. Un épouvantail ne s’y retrouverait pas. Imaginez… Le plein des curiosités. Nouvelles arrivées et leurs nouvelles venues : A I R S U P P L Y, je lis, car je sais lire, tout se lit, tout le monde, les monstres entre eux se lisent, se dévisagent, se défigurent… Sagement. Ainsi je suis confirmée dans mon allégation : tout ça est arrivé en l’air. Le fragment déroulé de tissu noir est froissé et imprimé et à l’endroit de ses trois participes passés les caractères se déchiffrent et dans les faits ça fait des mots, je peux donc dire que c’est écrit — je traduis : approvisionnement aérien et m’en étonne — pour du matériau d’isolation de toiture car je m’y connais — mais pas plus que ça, depuis le temps… Je lis, je suis, encore, avec un doigt — car il y a encore un doigt, ou, non… un DooWap emballage individuel aux pépites de… oh c’est petit petit, je ne lis pas la suite, j’ouvre l’œil, le mauvais, le décomposé — le dernier. Imaginez le petit coin de nature : le dépôt sauvage est sage, complètement retombé… Imaginez… Imaginez encore l’aspect d’une toiture emportée, rien à sa place : écrans d’habillage de sous-toiture, pannes, lattis ou liteaux et voliges, lambris de sous-face de toit et le désordre est complet : un de ces crashes aériens comme il y en a — ne tombent même pas de haut… Je fais ça chez moi ? Est-ce que je me crois chez moi ? Est-ce qu’il n’y a pas un peu trop d’aise là, de ma part ? Je ne prends pas un peu trop mes aises dans les monstres ? Et ça ne se voit pas ?? Làà… Les monstres me regardent…

03|10

Grand Véhicule | Combles Aménageables | Dépôt Sauvage

Quelle conduite ma respiration… Je ne me détache pas de la respiration. Partout où je vais, je ne m’en sépare jamais. Quelle inspiratrice… Et grand véhicule… Ma respiration me conduit dans des endroits qui sont eux-mêmes des respirations. Endroits de respiration qui sont des carrefours de respirations : au carrefour des respirations, et encore, car ce n’est jamais tout, aux confins… Ici, confins des respirations et de ça, là, genre : Vous faites ça chez vous ? Ma respiration — Ma respiration me suit partout… ne se détache pas de moi. Qu’est-ce qui m’amène ? C’est encore elle. Je la trouve partout, et partout ailleurs. Je ne sais pas vous mais… J’ai l’impression que ma respiration me devance, m’attend, elle m’aspire… Toujours là… Ma respiration me conduit dehors : ma respiration m’appelle en l’air : je réponds à tous ses appels — je prends une respiration d’appel, quel cabot… Mais quoi ? Quand je cours, tout concourt… Là un dépôt sauvage… Et c’est encore ça : un dépôt de respirations.

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Il joue avec les mots. Inconscient… Il croit qu’il joue avec les mots. Il croit qu’il sait à quoi s’en tenir, avec les mots. Quel coureur… — Je cours autant que je peux, avec le temps, ce n’est plus courir. C’est un rendez-vous, respirer. Quel grand bain… Je cours ça, la naissance, cette détresse, de chaque jour, le dehors, le pénétrer. L’activation de ma respiration avive mon imagination… Par exemple : pour respirer, pour vivre, pour le cadre de vie — j’imagine quelqu’un, un particulier — quelqu’un a effectué… ou quelqu’un s’est rendu l’auteur, je veux dire, coupable d’un dépôt, illégal mais la cause est juste : rénovation du cadre de vie. Quelqu’un pour un trou dans le toit, un velux, abattre une cloison, a fait le vide dans la maison, de l’espace, le ménage, débarrassé, sans déclaration de travaux ni permis et sous peine de poursuite, a lâché là du lest… Pour vivre, quoi… Moi, mes yeux tombent là-dessus… Et je suis… comment y échapper… J’imagine l’énergie qui s’est employée là, et l’oxygène de l’air, brûlé, les expirations dans l’air avec l’effort, combien ? Combien de mains pour se donner de la respiration, de l’air, de l’espace, de la lumière… un peu de légèreté ? — Le branleur… Je vais te l’enlever… Je vais te me le noircir à défaut, à gros trait… Mon sujet respiration — Je veux te respirer…

02|10

Cœur Tombé | Libre Circulation | Bois Transparents | Élan Entier

… Comment j’aborde ma vie ? Comment aborder ma vie ? Il demande… Il répond tout seul, souffle, dit : — Par les alentours… les environs… Si vous le permettez, il lance, je vais me contenter des environs, de ma vie, je vais rester dans les environs, courir là, je vais juste être dans le coin, si vous me cherchez, je suis dans le coin, ne cherchez pas… Mais ne me demandez pas d’être au cœur de ma vie… Est-ce que vous avez vu le trampoline, là-bas ? — Comment a-t-il vu ça : le trampoline est dans les ronces depuis combien de mois, personne ne va là, ou les chiens des chasseurs, il y est tombé de tellement haut qu’il s’est aplati là, tapis, là, et les arceaux de son armature, oui, c’est vrai, les tubulures, la peinture rouge… il a vu vrai, d’un certain point de vue, comment l’a-t-il trouvé ? l’ensemble a la forme, en dessiné, en démantibulé d’un cœur… — Vous avez vu la forme, l’air qu’il a ? Alors vous voyez… vous voyez ce que je veux dire…

Il court… C’est juste quelqu’un qui court… Il s’en tient là… Au bord, au milieu du chemin — c’est par ce chemin qu’il vient, toujours le même, sans savoir — entre deux étirements, deux inspirations, lâchant : — Comment j’aborde tout ça : en courant autour… — Il appelle ça running… En courant par ici vous ne faîtes que longer, toujours longer : des clôtures, des haies, les murs, des propriétés, et des emprises, les bordures, les équipements, pour le désenclavement, et la circulation, des biens, des personnes, la libre circulation, l’égalité des chances par les autoroutes de tout, par les antennes-relais dans leurs enclos, leurs formes d’arbres… d’accord j’arrête… Ça n’arrête pas… Je vais encore le noircir… Il appelle ça running. Moi edging… Comment je vais le colorier… Comment je vais mot à mot tout lui changer, les noms, tout remplacer, lui substituer une autre vie, d’autres noms, et usages : il changera de couleur, je vais le faire virer… Attendez : je vais le noircir un peu plus… Comment je vais le noircir… Comment je vais le retourner…

L’appel de l’air se fait sentir aussi dans la transparence accrue des bois l’hiver. Vite les lisières n’y suffisent plus et il s’agit de passer le manteau plumeux, le manteau de clartés, des clématites. Il n’y tient qu’à quelques enjambées, oui, il ne tient qu’à un bond, à deux pas, qu’à quelques foulées encore de faire comme le jour et traverser le bois tant longé, une fois, de part en part… — Ça le prend comme ça, c’est comme le dehors le prend : il parle quand il court, il ne sait plus s’arrêter de parler… — … Transparence grise des bois … transparence gris-des-bois … tous les gris … gris des diverses couleurs … gris des dernières couleurs … gris découvrant les nids … les nids vides des bois nus… Cette transparence, par où se dessinent avec les mille branches des nids vides comme tout et les populations entières d’oiseaux, l’oiseau rare, il la faut pénétrer et courir, courir la transparence de l’air et encore, courir d’un bois dans l’autre, bois des remises, joindre les deux bois et l’un après l’autre, un jour un bois, tout un programme de reboisement des jours jusqu’à boucler ma liaison douce, ceinture boisée de remise en remise et de loin en loin, saut après saut tout autour, faire le grand tour, grand contournement des habitations, et des occupations — de l’activité…

C’est l’élan s’il est là… Comment je le sais ? Est-ce que je m’y connais ? À quel point je le sais, tout ça, de lui ? Quel titre ? De cette position qu’il tient, en courant, de cette tenue qu’il porte, on pourrait dire comme n’importe quel coureur, et même s’il a sa foulée propre, son rebond… son rebondissement… Il le porte sur lui qu’il me cherche et qu’il est à moi, entièrement… S’il le sait ? Ce qu’il ferait s’il le savait ? On ne le reconnaîtrait pas. On ne le connaîtrait plus. Il serait méconnaissable, voilà. Voilà ce qu’il serait : définitivement perdu.

… C’est depuis le temps… Parce que je suis perdue pour lui, j’ai tout le temps. J’ai tout mon temps, de le voir venir, tous les jours, l’hiver est là, c’est par transparence qu’il est là, approchant, c’est transparent sur lui, qu’il vient à moi, qu’il ne sait pas qu’il m’appartient. Exerçant sa liberté d’aller et venir, de dessiner des cercles, cherchant et trouvant sa respiration partout : une respiration, il dit… C’est depuis le temps que je le sais…