C’est arrivé dans la nuit ou du ciel

Soudain la pollution prend cette forme. C’est arrivé dans la nuit ou du ciel. On imagine. Elle saute aux yeux. Dans une indifférence à peine relative, le jour devenu plein, la rumeur routière faisant foi. Comment peut-on se débarrasser comme ça ? Dans la nature ? Le dépôt sauvage est complètement retombé. Il est instantanément photogénique. Imaginez. En apparence une toiture complète. Évidemment dévastée. Comme emportée — emportée là. Rien n’y a sa place, habillage de sous-toiture, pannes, lattis ou liteaux et voliges, lambris de sous-face de toit… L’image se passe d’une légende — comme elle s’est passée de déclaration, la décharge contre la clôture. C’est pourquoi elle en aura une — c’est tellement une image de campagne. De la vie périurbaine. À la marge. Elle vaut toutes les sensibilisations. C’est clairement un aménagement de comble. Ça ne saurait être tombé de loin. Un largage des monstres pareil. Imaginez. On dirait de combles aménageables le crash aérien. La surdité du choc contre terre. On perçoit l’anonymat derrière tout ça. Et ces matelas ! Ça ne s’envolera pas…

Envoyer une image sur place

La nuit… On ne distingue pas, s’il y a quelqu’un. Quelque chose remue. On ne sait pas si c’est quelqu’un. Ça bouge. La masse orangée au fond, comme au dessus, c’est l’Ile-de-France. Flottante. Ça ne peut être qu’elle. Marge de l’Ile-de-France, Dhuisy en Seine-et-Marne, c’est ce qu’on sait. Qu’est-ce qu’il y a ? Un pont. Les TGV Grand Est passent dessous. Là, non. Comment le sait-on ? On l’a lu. Envoyer une image. On envoie une image sur place. Une luisance ? Que voit-elle ? On dirait quelque chose à la surface ou dans les vitres de l’auto, un reflet ou un œil ? Elle aborde dans le noir comme un début de film, et vibrant, presque déjà palpitant. Oui la nuit respire. Profiter de cette respiration, du silence de la nuit autour de l’auto — on dirait une Mercedes… Alors que le territoire s’étend dans la nuit… Le territoire de la nuit s’étend… De toute la nuit on ne sait rien de ce qui se passe. L’image, seule, se devine. S’approche… L’image est ce véhicule. On dirait la Mercedes du couple, et qu’il n’y a personne. On en profite… Pendant qu’on n’y est pas, qu’on est sans personne — le couple est là dedans en train de faire l’amour —, on se combine une image. On ne sait pas, d’abord, quoi, à tâtons, dans le noir, sous sa fièvre orangée, mettre. Ça tâtonne, tourne autour de fers à béton pliés en crochets qu’on, quelqu’un, suspend à la ligne de contact de la caténaire, d’une perche escamotable, de tubes de PVC mis bout à bout jusqu’à atteindre la longueur, le ventre de rougeur de la nuit et comme à l’aplomb de la voie TGV la lueur — après l’amour — d’une cigarette… Alors que la nuit se fait à la surface de chaque chose. La nuit… Cette nuit-là ? Oui, cette nuit, là.