Séquence 12|12 de NOT et DEAD

Jean-Pierre tombe sur NOT. DEAD lui fond dessus. NOT est ce qui l’attend. Atomes. Trajectoires. La zone de NOT rencontre la chute de Jean-Pierre. Entrechoquement ébranlement des atomisés, empathie, rebond solidaire. Dans la nuit NOT crée DEAD — en toutes lettres, si ce n’est de toutes pièces. 

NOT DEAD (NOW FORM A BAND)

Il trouve un homme. Maître-zoneur. Punk sauveteur : NOT parachute de DEAD. L’être-NOT éclaire DEAD. Le Grand Soir ? Le grand saut. Accompli en tandem. Free zone. Free fall — Falling Down. Leur chute (libre) est d’aller tout droit. 

Qu’est-ce que chuter, dans l’horizontalité ? Qu’est-ce qu’une chute à l’horizontale ? 

❑  Demeurer où tout est à fuir. À emporter. 

❑  Le plongeon sans la plongée. 

❑  Le grand écart ou pas de côté. 

Coïncidence de NOT et DEAD — Du même élan ou de la même chute ? Ils traversent les espaces, les voies, les parkings, les airs : pour se zoner sur le terre-plein central d’un rond-point (barrique pour deux) ; du même mouvement qu’ils (NOT) se finissent en crowd surf (slam) dans une poubelle (conteneur) ; qu’ils (Jean-Pierre) se fument en corps à corps en plein champ (monoculture intensive : no man’s land) avec un arbre de la liberté. NOT DEAD : ils volent… Du moins sont-ils plus que d’autres amenés à atterrir : sujets à atterrissages, heureux ou malheureux. 

S’ils traversent (retournent) tout ça et en tous sens, au petit bonheur — la zone étant leur flipper —, c’est d’abord en quête d’hommes ou, disons, d’élans (gestes) d’humanité. C’est la question de l'(H)humanité qui se pose là. NOT : pour une petite pièce ou pour un yaourt. Jean-Pierre : pour un matelas à mémoire de forme (de vendu). NOT : pour un emploi (une place) pour Jean-Pierre… Plus rien ne se vend. Qu’est-ce que NOT DEAD peuvent encore trouver à fourguer ? Quel rêve à liquider ? 

Le Grand Soir — Tout doit disparaître 

La fraternité. Elle est là (Elle est retrouvée. Quoi ?) : dans la zone. Atomisé. Azimuté. Leurs chutes seront sans fin. Sauf s’ils coïncident (Déviation ? Rond-point). Sauf qu’ils — on ne saurait dire où ni quanddans des lieux et des temps non déterminés — se déclinent l’un l’autre… Frères. 

Le Grand Soir ? Serait que tout finisse par coïncider : s’effondre d’un coup dans une « grande explosion sociale » — c’est bien une idée à la DEAD, DEAD a des comptes à régler quand NOT a déjà trouvé son économie et le tourbillon DEAD emporte NOT. Sauf qu’il n’y a que NOT DEAD à tomber : étalés (en étoiles) au sol de la grande surface désaffectée de bricolage, de tous leurs (deux) corps, de toute leur énergie retombés là. 

DEAD veut tout voir (faire) tomber. À la fin, seules quelques lettres d’enseigne tomberont — lettres de leurs noms. 

*

NOT DEAD en pleine valse des enseignes : WE ARE NOT DEAD 

… NOT DEAD-END ?

*

Enfin, beaucoup d’autres atomes errent dans le vide immense, exclus des combinaisons qui forment les corps, n’ayant trouvé nulle part encore à quoi associer leurs mouvements : nous en avons tous les jours l’image et le spectacle sous les yeux. Regarde, en effet, quand la lumière du soleil fait pénétrer un faisceau de rayons dans l’obscurité de nos maisons. ___Lucrèce

« Ils sont où les gens ? 

— Ils sont chez eux. Ils sont tout seuls et ils sont chez eux. »

Elle est retrouvée. Quoi ?___A. Rimbaud


Les séquences de NOT et DEAD sont écrites à la suite du visionnage du film Le Grand Soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel.

Séquence 11|12 de NOT et DEAD

Leur zone, c’est la Zone, c’est la même zone. La zone d’activité commerciale ou d’aménagement concerté, la zone à ne pas traverser. Autonome ou inondable. 

Autonome, pavillonnaire, temporaire, inondable. Elles coïncident. Tombent ensemble. Zone sur zone. Elles s’égalisent. L’une l’autre. Elles s’annulent. Ou (Où) elles se confortent, soutiennent, elles prennent l’une sur l’autre. Emprises. S’appuient l’une sur l’autre, se corroborent l’une l’autre. Parties prenantes l’une de l’autre s’agrègent. Se bouclent temporelles. 

Est-ce qu’ils traversent ou qu’ils zonent ? 

On n’en sort pas. La vie en zones. La bienvenue sur votre zone d’activités. Dans votre zone de chalandise (de confort ?). Non constructible. Non habitable. La zone inondable de la vie (la nôtre). La (Les) zone (zones) en nous. 

La traversée (dans tous les sens) de la zone

NOT finit le jour par s’y zoner. Il y trouve un toit. Le rêve pavillonnaire (échoue) commence là. Maisons et cabanes de jardin enfants. Cabane enfant. Accès par manœuvres. Cabane enfant d’extérieur. Maisonnette enfant. Maisonnette de jardin enfant. Espace d’exposition en plein air, en pleine nuit. 

Dans le film (Le Grand Soir) c’est la zone qui tourne (silence on tourne) autour de NOT (DEAD). La zone tourne autour du zonard. Zonard cœur de zone.


Les séquences de NOT et DEAD sont écrites à la suite du visionnage du film Le Grand Soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel.

Séquence 10|12 de NOT et DEAD

Traverser où l’on ne traverse pas. Traverser où l’on ne regarde pas. Ce qui ne se traverse pas. Ne se traverse pas ce qu’on ne voit pas. On ne traverse pas la nuit — exemple. À quoi on ne pense pas. Ce qui est hors de question. La question qui ne se pose pas. De la traversée à pied du parking. De part en part. C’est juste hors de question ; comme si on me (nous) demandait de traverser les jardins des gens ; les intérieurs des gens ; la vie des gens ; impensable. 

Traverser où il n’y a rien à traverser, vivre où il n’y a rien à vivre, voir où il n’y a rien à voir, tout à circuler. 

De zoner à traverser : une aventure

Avec NOT la zone rejoint la zone. C’est la même zone. NOT sur zone, voilà qu’il n’est plus à la rue, nous a rejoint. Plateforme. Nivellement. Jonction opérée. Manifestation d’un seul — Tous à la rue dans la zone ou personne à la rue. C’est tout l’un ou tout l’autre. 

Jean-Pierre vend de la literie. Jean-Pierre vend de la technologie. Parle « surround », « normes ». Jean-Pierre place de la mousse à mémoire de forme. Jean-Pierre vend du rêve, vit dans le rêve, le rêve le largue : sombre. Explose en vol : désintégré. Chute : plus de Jean-Pierre. 

Trajectoire descendante de Jean-Pierre, il passe de marchand à marchant. Où il croise NOT : marchant dans le marchand. On a l’automobile (Nous avons le travelling). NOT a sa propre galère. Il marche à l’énergie métabolique. Marche tout court. Soit : de la galère à la galerie et inversement. 


Les séquences de NOT et DEAD sont écrites à la suite du visionnage du film Le Grand Soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel.

L’expérience pavillonnaire

Séquence 9|12 de NOT et DEAD

Si tu penses que les atomes, principes des choses, peuvent trouver le repos et dans ce repos engendrer toujours de nouveaux mouvements, tu te trompes. Souviens-toi qu’il n’y a dans l’univers entier aucun fond ni aucun lieu où puissent s’arrêter les atomes.__Lucrèce

Recherche de citation : faut choisir / choisir reposer / reposer être / être libre / faut reposer / faut être / faut libre / choisir être / choisir libre / reposer libre 

Il faut choisir, se reposer ou être libre___Thucydide

*

DEAD (NOT) voit une aventure où chacun vit en rêve. DEAD (NOT) voit un espace où chacun voit son chez soi. DEAD (NOT) voit l’aventure où chacun (chez soi) voit le repos. 

NOT DEAD — Leur héroïsme est de traverser ce qui n’a pas lieu de l’être. Ce qui n’a pas, là, lieu d’être : une traversée. DEAD (NOT) voit une ouverture (perspective) à travers les clôtures. DEAD (NOT) voit franchissement où (partout) s’étale accession à la propriété. DEAD (NOT) traverse où chacun (chez soi) s’enterre. 

DEAD (NOT) franchit où chacun s’enterre. Où l’on (cultive) aménage son jardin comme le cimetière de ses rêves. Paysager. Potager. DEAD (NOT) voit le monde où le sens commun voit la propriété. Où personne ne voit plus loin que « chez moi ». DEAD (NOT) voit l’aventure dans le voisinage. 

Lotissement des Jardins du souvenir. Les jardins de l’« Ici bientôt ». DEAD (NOT) connaît un accès de traversée en plein rêve d’accession — Le rêve de l’accession à la propriété. Illusionnisme de NOT DEAD — Faire voir (vivre ?) un safari dans un zoo. Une trajectoire où ne sont qu’enclos. 

Les jardins d’Ici-bientôt : « Ici bientôt toute votre vie ». 

Dans un lotissement la traversée du désert. Dans le parc pavillonnaire un no man’s land. Portails, clôtures pour lignes de front, dans le repos la guerre. DEAD (NOT) fait voir la guerre de mouvement dans la guerre de positions. 

Qu’est-ce que NOT DEAD traversent ? Un moment. L’instant présent. Le présent. (Un film.) L’image. 

Un pavillon ? Ça entre par une clôture, ça ressort par l’autre. Appel d’air : l’entrée appelle la sortie. Courants d’air, ils ne font que passer : ils circulent. NOT DEAD en circulation. 


Les séquences de NOT et DEAD sont écrites à la suite du visionnage du film Le Grand Soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel.

La pêche en terrains privés

Séquence 8|12 de NOT et DEAD

Poursuivis par la clameur publique (parquée). 

Le travelling cependant glisse également sur les plantations, les arbustes, un carré potager : les piquets à tomates ou rames à petits pois. C’est irrésistible. Et en une rangée le long de la ligne des écrans (pin ? teck ? châtaignier ?), continu, le mouvement parallèle insistant en deçà de la, de toute clôture : de ce côté-ci de l’image — le nôtre ? 

Double réception sur le sol du jardin voisin (le nôtre ?) : DEAD et NOT font leur réapparition par-dessus les panneaux occultants d’où ils se laissent retomber, rebondir sur le gazon — le vert clôture du gazon. Tout s’enchaîne. DEAD pris d’une rage de rire. Une porte ouverte : la porte de derrière, du garage, de la buanderie est ouverte, invitation au voyage, DEAD — « C’est nous ! On est tout droit ! » Rires — Leurs rires les propulsent. DEAD et NOT se gargarisent de rire. C’est irrésistible, à peine réapparus, resurgis qu’ils disparaissent l’un comme l’autre, l’un dans la foulée de l’autre, par la porte, dans le pavillon. Engouffrés, appel d’air ou de l’ombre, le pavillon les avalent, dedans ça rit, ça lance du « On passe tout droit, bonjour Madame ! » 

— « Hé ! Vous êtes chez moi ! » Laurier rose, en pot, salon de jardin en fer peint en bleu et photophore, terrasse et la porte-fenêtre ouverte donne sur l’intérieur, le séjour, la télévision allumée, 13h, la table haute, les tabourets de bar pivotants design noirs But, NOT — « Mais non on est pas chez toi ! » 

Maintenant qu’ils ont commencé à répondre, voilà qu’ils répondent à tort et à travers — ils vont tout droit et à travers. Les vannes sont ouvertes. — « C’est ma maison ! » 

C’est quoi ce « nous » : « c’est nous », « est à nous » ? Est-ce NOT DEAD seulement ? (Bulldozer) À belles enjambées, enjambant les propriétés, c’est quelle (Panzer) machine ? Quel en est le rouage ? C’est quoi cet engrenage ? Cette escalade — dans l’horizontal, l’étal ? 

DEAD — « Je vais te dire un truc : ta maison, elle est en zone inondable. » 

Sans argument ? Reste l’imagination. Alors le coup de bluff. Improvisation. L’improvisation est totale. La jouissance de l’imagination. On ne sort plus de la pataugeoire. La pêche à la truite en France. Ça prend ! NOT — « Exact ! Moi j’ai pêché ici… Des poissons qui faisaient dix livres ! » 

Ça prend. Voilà qu’elle doute. La (victime) prise se penche. Entend-on une sirène ? DEAD — « Mets ton oreille là… » 

DEAD va la prendre par l’épaule… Il y a contact ou quoi ? Contrainte ? Ombres chinoises. On — nous — rêve ou ça va vite ? Poste de télé, écran allumé, témoin. C’est nous ou ils la mettent à quatre pattes ? Ou ils accompagnent son agenouillement. La courbent, l’abaissent ou lui baissent la tête ou la lui tournent, la prosternent, la femme seule — ils sont deux — la font se mettre à quatre pattes sur son plancher, toucher le sol : « là », c’est le sol — quoi ? NOT, DEAD a un mouvement, des geste qui l’accompagnent dans le mouvement de se baisser pour — c’est pour (lui faire) tendre l’oreille. 

— « Mais j’entends rien ! » DEAD — « Mets ton oreille là… » 

Violence ? Manœuvre, menace, contrainte ? Violation de domicile d’abord. Sirènes ? Violence psychologique. Désigne des paroles ou des gestes qui ont pour but de déstabiliser l’autre, le soumettre de façon à garder une position de supériorité, il lui produit sa crédulité. DEAD lui met le nez dessus. La menace de l’eau… 

Tu entends l’eau. Tu n’arrêtes pas l’eau, ne s’arrête pas. S’engouffre. La peur de l’eau dans la maison. Elle met tout à niveau, l’eau, c’est le nivellement. Elle monte, la menace du nivellement par le bas : elle commence en bas, baisse ta tête, tu n’entends pas ? L’eau couler, ça coule, tu n’entends pas couler, tu t’entends quand tu dis : « c’est ma maison » ? Sombrer quand tu dis : « chez moi », tu ne le vois pas : le naufrage ? L’ampleur de la catastrophe, tu l’imagines : la rivière sous ton plancher qui court, le vide sanitaire, le parquet flottant ? Te croyais-tu sur l’arche ? Mais tu as construit, as fait construire, tu accèdes à la propriété dans des marais : « ta maison est à la banque », des marécages, Paludes. La menace de l’eau… 

« Si t’écoutes bien : si t’écoutes bien — approche-toi, approche-toi — t’entends la rivière… » NOT — « Fous le camp… fous le camp ! » : NOT, DEAD laisse la femme là : dans son intérieur ; écouter. Ça s’appelle : déguerpir. Cela s’appelle : une (la) fuite. 

Voie de fait. Voie d’eau. 

Porte-fenêtre (une autre) ouverte, re-foulées du gazon d’où rejoindre le hors-champ (gauche). Ils quittent l’image. Ils n’en reviennent pas de leur légende. « Ha ha ! Elle écoute la rivière ». Ils n’y reviendront pas.


Les séquences de NOT et DEAD sont écrites à la suite du visionnage du film Le Grand Soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel.

Connaissance par les enclos

Séquence 7|12 de NOT et DEAD

« Oh ! »

Interpellation dans l’air : « Oh ! Ça va pas là ?? », lance la grosse voix maintenant dehors, hors champ les poursuivant dans le sillage sonore de l’image. 

« Ça va pas là ?? » fait « Oh ! » la voix de la mauvaise conscience : voix du petit propriétaire. « Là » = la voix grosse dans le dimanche (de la vie) du résident pavillonnaire. « Oh » + « Là » = la manifestation et le ton du bon droit du primo-accédant. 

L’accession à la propriété — Quels avantages pour les primo-accédants ? Quelles aides pour les primo-accédants ? 

… Chaises de jardin l’une sur l’autre = deux, empilées contre la clôture : le grillage de clôture opposée (gauche de l’écran), doublée de panneaux de bois occultants côté voisins, on monte dessus, un pied dessus, en appui sur une main, NOT, derrière DEAD — « Pardonnez-nous… », passe de l’autre côté, « Pardonnez-nous : on fait que passer… », comme DEAD, hop, dans l’enclos voisin — « C’est une propriété privée ici ! » : derrière les écrans de bois posés côte à côte, bout à bout en palissade, on — nous — ne les voit plus, disparus l’un, DEAD — « Mais non ! Ta maison est à la banque ! », et l’autre derrière — « C’est ça ouais… J’vais appeler la police moi ! » : passés dans l’enclave voisine. 

L’image passe sur le toit de la maison, le toit seul dépasse des écrans, le pavillon occulté, clôture brise-vue, l’image caresse les apparitions de DEAD et NOT — « Appelle la police eh ! » — dans les fentes du bois : dans les jours entre les écrans. 

Pas d’argument : DEAD — « Ils sont comme toi : ils ont rien à faire… », on — nous — ne fait plus que les deviner : les belles enjambées, deviner leur progression — « Voyous !! »

Ils sont sans argument : ils vont sans raison. 

L’image, elle, est sans un saut, passe et s’écoule de jardin en jardin en douceur, en un vol. La vision est volante et à hauteur d’homme sans heurt, sans franchissement, sans effort. Comme dans un rêve.


Les séquences de NOT et DEAD sont écrites à la suite du visionnage du film Le Grand Soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel.

Séquence 6|12 de NOT et DEAD

DEAD, puis NOT à l’écran précédés de (annoncés par) leurs voix font leur entrée par la droite de l’écran dans l’image. 

*

« Attends… » 

Première clôture : enjambée. Le pas est décidé, grillage plastifié, l’image suit le mouvement, on est embarqué. On avance vite, décidément. 

À partir de là ça va vite. On colle au train — « ‘tends ‘tends ». On essaie de suivre. On essaie de retenir. Pouffe. On n’y croit pas. On suit. — « Tout droit… » 

L’image bouge. Pivote. Se déporte, glisse, se déplace. « … t’as raison : tout droit… » 

Ça va plus vite qu’on ne croit. Non… on se retient. C’est trop. Il le fait. On va le faire. On est en train : on suit. « Quelle idée de mettre une piscine tout droit ! » 

La piscine : gonflable. Jaune, bleue. Le premier traverse la piscine : les deux pieds dans la piscine. Les pieds dans l’eau : — « Ça va pas !? » ; chaussures (cuir) — « Hé ! » ; bas de pantalon (costume). En deux enjambées, deux pieds dans l’eau, la piscine (pataugeoire) est traversée : le premier sort de la piscine. Le second…

— « Ça va pas !? » 

Surprises. Éclats de voix — résonance d’un pavillon. — « Hé ! » La maison s’exclame, à l’intérieur : ombres (bougent). De l’intérieur, exclamations. La maisonnée… La pataugeoire (vide) d’enfants est droit dans la vue de la porte-fenêtre ouverte du séjour — ou salle à manger, heure du repas, mi-journée, un dimanche (?), le soleil au zénith et le temps : voilé, dans l’absence de vent les évaporations du jour non dissipées, dans le temps lourd… On imagine… L’image suit. 

L’image suit : suit le mouvement. L’image du lotissement. Suit, parallèle, la trajectoire suivie. Porte-fenêtre ouverte et famille attablée… On n’en revient pas. Personne n’en revient. Le second suit. 

On le suit : les Docs sont dans l’eau, les deux pieds dans le plat. De pataugeoire à patouillage… Il n’y a qu’un pas : le pas emboîté ; le pied, direct sur un bain de soleil (blanc, résine, lot de deux), le pied mouillé, le pied chaussé sur le coussin (rayures) du bain de soleil, puis l’autre, un bain de soleil, puis l’autre (le lot de deux), en une enjambée — « Hé ! » —, le premier… Le second, de frères ennemis à jumeaux — s’ils le font une fois, ils le font deux : le double effet NOT DEAD. NOT — « Mais tout ce qui est à toi est à nous mon pote ! » 

… Marcher d’un bain de soleil sur l’autre — tout droit. « Tout ce qui est à toi est à nous ! » Soit : pas d’argument… Un pied = un bain de soleil. Deux. Et encore : un bain de soleil = un pied. Deux, à l’arrière de la maison, la façade arrière de la maison défile, la bordure de graviers, le gazon et passé le coin du pavillon : les poteaux à linge (d’étendage extérieur) ; la poubelle ou conteneur à déchets 2 roues 240 l ; tuyau d’arrosage (déroulé, jaune) ; bouteille de gaz (bleue) contre le pignon ; la vue (brève : aperçu) sur le portail blanc (résine) de la rue… 

— « Oh !… » L’enclos bientôt traversé : la sortie par la clôture. Passer par les clôtures est un sport, défi physique (et verbal) pour les nuls : le franchissement de clôtures. Chaises de jardin empilables (blanches, résine) : deux… 

On glisse. On est au grillage. On est en travelling latéral. On n’est pas sur le terrain : on se tient à l’extérieur du jardin, nous passe par ou entre les yeux le fil de tension du grillage. 

À l’image, le fond d’un jardin. Le fond de la parcelle. Au fond du jardin : l’œil — c’est nous. Notre œil pour fond de jardin. On est au fond du jardin : en deçà de sa clôture ; alors on est le double-fond du jardin. 

Les suit-on depuis la voie publique ou une parcelle non-construite — ou depuis le dernier jardin ? Un grillage de clôture court entre la caméra et eux : eux et nous. 

Comme au zoo. 


Les séquences de NOT et DEAD sont écrites à la suite du visionnage du film Le Grand Soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel.

La traversée du « chacun chez soi »

Séquence 5|12 de NOT et DEAD

Clôtures. Lampadaires. Pavillons. 

Un lotissement. Perspective. Profondeur de champ d’un lotissement. « On va où ? » 

Enclos contre enclos. La parcellisation. NOT — « On va devant nous… » 

« C’est le plus court chemin, pour la liberté : c’est la ligne droite. » 

Du gazon. Des pelouses. Des clôtures vert gazon. DEAD — « Tu veux dire : tout droit ? » 

Un portique. Une cage de but. Deux ballons dans le grillage. 

— « Ouais… » Balançoires. « On avance quoi… »

Les crépis éblouissants. Les volets neufs. Fermés. — « Alors, tout droit : tout droit ? » 

L’horizon des toits de tuiles des pavillons de plain-pied. Le maximum d’emprise au sol. — « Ouais ». L’étalement. 

— « D’accord ». Creuses, les tuiles : un quartier d’habitation dans le sud de la France. Personne. Le rêve pavillonnaire : en cours. — « Quoi ?… » Merci de votre compréhension. 

— « Je vais tout droit… » Coffrets EDF. Le plan est fixe. — « Arrête ! » 

— « Tu m’as dit tout droit… » Borne plastique rouge de bornage de parcelle cadastrale. Clôture et limites de propriété : borner son terrain avant de faire construire. — « Non non… » Relations de voisinage : le bornage garantit votre propriété. — « … tout droit c’est tout droit. » 

Plaquette pour bornes et balises. Repère de parcelle. — « ‘tends ‘tends… » Repère de lotissement.


Les séquences de NOT et DEAD sont écrites à la suite du visionnage du film Le Grand Soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel.

Séquence 4|12 de NOT et DEAD

NOT débarque (atterrit ?) sur zone… La zone, périphérique, plutôt que le centre-ville – cœur de ville. Les parkings plutôt que les rues (même piétonnes). Pourquoi ? Les rues, c’est mort… « Pourquoi j’serais l’seul con à rester en centre-ville ? » Considérer l’espace des parkings… 

Considérer l’espace des parkings… L’embarras du choix des places de parking ? Traverser un parking en diagonale ? La diagonale du vide des parkings. Survoler (en Caddie) les places réservées stationnement handicapé : le bleu du fond des piscines. 

Soient : les places de parking = le fond des piscines. — Plongeon. 

Traversée des lignes blanches. Passer la ligne blanche. Franchissement et chevauchement d’une ligne continue. Jean-Pierre — « Me prends pas pour un con… 

NOT — J’te prends pas pour un con… » 

Qu’est-ce qu’ils traversent ? Les parkings. L’étendue des parkings. L’étendue. Ils passent à l’horizon. 

Ils passent à l’horizon. Rejoignent le hérissement d’enseignes. Double crête. Vaguelettes. 

*

Tenez-vous à la crête : on enlève l’échelle (sociale) 


Les séquences de NOT et DEAD sont écrites à la suite du visionnage du film Le Grand Soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel.

Séquence 3|12 de NOT et DEAD

Ce n’est pas la corvée de courses qui amène NOT. Ce n’est pas l’automobile qui dépose NOT sur ces rivages. Mais la vie la galère… C’est une question de subsistance. Les retombées de l’activité commerciale sur la vie de NOT. Ce qu’il grappille. Subsister c’est continuer. Persévérer dans l’existence. Continuer à être. Subvenir à ses besoins essentiels : survivre. Vivre. Demeurer dans un certain état : se conserver. Durer. Persister. Rester. Question aussi de forme de vie. 

Il y a une nécessité à faire vivre… Il a une image à nourrir. À animer. Punk à chien — « le rayon bière et croquettes » — Figure à découper. Galérien de la liberté : elle n’est pas à emporter — elle n’a pas son Caddie. Elle patauge dans ses Docs. C’est libre qu’il vient. 

La liberté, là, c’est plutôt comme un stigmate. La crête : comme une plaie, à maintenir ouverte — à la bière. Jusqu’à la gerbe. — C’est la fracture sociale, cette plaie ? Ce stigmate, c’est l’atomisation sociale.  

Le punk à chien ne fait pas envie. La sécession ou l’alternative ? L’autonomie ? Galères. Le zonard n’est pas le clochard. Il a choisi. Le punk à chien ne fait pas plus pitié qu’envie. Pitié et envie s’annulent l’une l’autre devant son spectacle. Minable. Sa revendication. Non mais de quel couloir du temps il sort ? On plaint les chiens. Livrés à (ce désintégré) cet atomisé, un électron libre pour maître — ça doit rebondir dans tous les sens, se taper partout, ça doit s’écorcher à tout. 

Vivre en indésirable. Venir en trop — en repoussoir. N’être pas le bienvenu. NOT welcome. Le gutter punk – punk à chien pour autant ne laisse pas indifférent. Incarne une forme du dégoût. Dégoût devant l’autre — devant le même. Il n’est même pas son chien — il est moins que son chien. Zéro revendiqué — comptant pour rien. Il hérisse : il est barbelé — il y a un truc entre le punk et la clôture. 

De quels recoins, encoignures, renfoncements du temps ? 

De même, il y a un truc entre le chien et la propriété. 

Plutôt que disparaître dans les embrasures du centre-ville déserté d’habitants — où l’habitable est un fantôme — il importe de se découper, de se détacher sur le fond de ciel. Venir en rupture. Toucher le fond — l’horizon. Plutôt que d’être pris, plaqué entre les vitrines et la rue, rejoindre cet espace où vitrine et rue ne font plus qu’un : coïncident. 


Les séquences de NOT et DEAD sont écrites à la suite du visionnage du film Le Grand Soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel.