Mes robinets

Les contenus enlèvement font autant de sources… De là, soit je laisse couler… leur aménage un réceptacle, un réservoir… je m’y viens baigner, et désaltérer, alimenter même… m’en viens puiser… Soit je leur coupe le robinet… mieux : je leur taille une conduite, leur découpe le robinet du jour, ou du moment… alors rêver leur flux, leur débit, ce qu’ils, en quoi ils abondent… Il ne s’agira que d’ouvrir — fendre — quelques robinets… laisser couler jusqu’au moment qu’une nouvelle ou un bassin se verront remplis, abondés… abondant en nuances, un nuancier, soit : laisser, un temps, couler les robinets, tous, à fond… ou le seul robinet de l’image ? Ou bien est-ce l’image qui coule à tous les robinets ?

Des substitutions…

Ô PASSANT QUE SI D’AVENTURE… — Vous passez sans vous arrêter… Descendre oui, vous descendez dans le bel ensemble du train à grande vitesse — vous couler dans les couleurs grise et crème de sa livrée intérieure — les 1510 m du dénivelé de la rampe à 25 pour mille du viaduc sur l’Oise jusqu’au PK (point kilométrique) 52,342 et les 209 m du pont-rail sur l’A1 à partir duquel l’autoroute et la ligne à grande vitesse la doublant du côté ouest, et avec eux les trafics routiers et passagers, voyageurs d’affaires et clientèle de loisirs confondus, s’étirent de concours, foncent de concert, fragmentation double, vers le Nord dynamique, historique, économique de l’Europe par les horizons d’openfield et d’éoliennes 140 km durant se longeant à parfois se frôler, jouer à cache-cache au gré des tranchées, des remblais, sauts-de-mouton et dans le jeu des lointains, des confins, contournements, des substitutions…


Les contenus Kinks, Zone d’activité, Pendu aux arbres, I Gotta Move, Respiration nulle part et Des substitutions… répondent à la proposition Vies brèves en hors-champ de François Bon Tiers Livre Atelier d’hiver 2018

Respiration nulle part

LUDOVIC GRESSIER RETROUVÉ MORT SOUS UN ARBRE — Un homme de 36 ans a été retrouvé mort dans les bois au dessus de la commune, ce midi. Il s’agit de Ludovic Gressier, 36 ans, membre de la communauté des gens du voyage, installée dans les environs. Les secours ont été appelés aux alentours de 11h30, pour un homme en arrêt cardio-respiratoire. Les pompiers, le SAMU et les gendarmes ont trouvé sur place une victime écrasée sous un arbre. Selon les premiers éléments de l’enquête, il s’agirait d’un accident. Le corps a été levé par les pompes funèbres vers 15 heures. Ludovic Gressier laisse une playlist sur YouTube.

UNE RESPIRATION EST UNE ŒUVRE INSCRITE NULLE PART. Marcel Duchamp (apocryphe)

Ça craque et tombe

190218_15:51 . . . — Et tu dis que tu n’es jamais venu ? — Non, c’est toi… — C’est moi qui ai dit ça ? — C’est toi qui es venu… Ce orange… et en double ! Tu es revenu pour les ramasser… Tu te souviens des deux sacs US Air Mail… — Revenu ? — Tu es allé les enfoncer un peu plus avant dans le bois, pour que personne ne les emporte à ta place. — Je courais… Je ne pouvais pas les prendre avec moi, je les aurais mis où ? pendant tout le run ?… Oui des galets, ça, je les emporte — on dirait tant [tellement] des mobiles — c’est plus lourd que des images, mais plus léger combien de fois, en fin de compte… — L’été dernier tu es rentré avec des fleurs… ça veut dire que tu as couru avec les fleurs au bout de ta main… des champs… séchées déjà… — Malformées elles étaient, des fleurs de plantain mais monstrueuses — est-ce qu’elles ont développé une résistance aux désherbants ? — J’en ai fait un bouquet, dans la bouteille d’huile de foie de morue au goulot tordu. Les tiges sont si fines, ça rentre… — Il est encore sur mon bureau… — Je me demande chaque jour pourquoi tu n’utilises pas ce bureau que je t’ai offert… Je passe tout le temps devant, il est long : les prospectus y traînent, les magazines de l’agglo, piles de papiers en souffrance, notices Lego — c’est quoi ces vieilles notices Lego ?! —, nos clés, un tournevis et des épingles, des coquillages fossilisés [turitelle commune prise au coteau « sur gangue calcaire »], nos chargeurs et leurs câbles, les oreillettes, des bouchons d’oreilles, des post-it collés, casquettes, médocs, stick à lèvres, un rouleau de grip qui va finir par le rayer [le plateau]… de ruban… de scotch, tes toupies et tes dés, ces trucs [des nummulites]… C’est un vide-poches… pas un bureau. Et ton portable ? Et ce galet… — Je ne m’en lasse pas. — Il est énorme. — Il est noir… — Il est lourd… — 2,555 kg… mais c’est l’équilibre qui compte… À moitié enfoncé dans la vase d’où je l’ai délogé… je ne l’ai pas inventé qu’il tient en équilibre sur une de ses arêtes ! Je veux dire… je ne pouvais pas le savoir… Un oreiller, on dirait… Les Ébihens… C’était merveilleux, derrière… — C’était juste incroyable, on était comme sur la lune avec de l’eau pour nager — au soleil sur la lune… Tu sais que c’est une table de jardin, à l’origine ? — Une table d’extérieur ? — … oui… On ne peut même plus passer les jambes dessous, avec tes trieurs, tes valises… elles sont lourdes ! Le papier, c’est lourd… — Celles ramassées devant chez Dalida tu les as montées pourtant [dans le bureau], tu me les as subtilisées [utilisées]… — J’ai de la paperasse à archiver moi aussi. Et j’ai défoncé la mallette dans laquelle j’emportais mes couleurs en dédicaces… — … ce orange… comme un appel… — Ces sacs… ils étaient dégueulasses… — Ils étaient parmi un tas de gravats, ils sortaient d’une baignoire… et ont dû les contenir, l’un est défoncé… — À quoi ils serviront, alors ? — … cette contenance orange… — Que sais-je ? Je n’ai pu résister à deux choses [Le double orange] : le orange… et le fait qu’il était là deux fois… — … tu te souviens des deux sacs US Air Mail… tu es allé les enfoncer un peu plus avant dans le bois pour que personne ne les emporte à ta place… — Deux fois le même, et avec les écritures… les caractères [Mail United States Postal Service International Priority Express Weight limit not to exceed 70 lbs — 31 kg et quelques]… — … c’est alors que l’arbre est tombé… — Ils sont solides, et grands, on tiendrait dedans, ils peuvent faire quelque chose… —  Tu n’en as rien fait… — … quand tu es revenu… — Si. On les tendrait sur des châssis ça nous ferait deux monochromes, identiques à l’usure près, même orange… — Pour le garage alors… — Pour le garage… ou pour la cave… ou la deuxième cave, celle en terre… — … l’arbre est tombé juste derrière toi… — Quand je suis revenu les prendre, je ne t’ai pas dit ? un arbre est tombé juste devant moi… — C’est quoi cet endroit ? Tu n’étais pas dans les champs ? — Si… j’y allais… devant moi… Un bouleau… — … tu es déjà venu… — J’ai levé la tête : il était cassé net à hauteur de [deux hommes]… il est tombé de ma hauteur à peu près… Tout l’arbre était là en pièces à son propre pied… — … n’en fais pas trop… — Étendu de toute sa longueur [moins deux hommes] par terre, en [tronçons] morceaux… — … tu sais qu’elle n’aime pas y repenser… — Fracassé… — … l’odeur de terre remontée dans ton pantalon dans la maison, le jour où tu t’es pris à ratisser la cave, la deuxième…— Et [livide] blafard… — … tais-toi… — Enfin toujours aussi blanc, [les deux hommes sont] toujours le départ du tronc est dressé[s] là [l’un sur les épaules de l’autre]… — Tu ne me l’avais pas dit… Tu y es retourné depuis ? — … C’est comme ça… Ça craque et tombe. Dans ce bois tous les bouleaux tombent les uns après les autres… au moindre vent. [En tant qu’espèce pionnière] Ils ne vivent pas vieux [40 ans guère plus]. — … revenu, oui… — C’est à peine si par endroits on peut encore avancer un pied… — … C’est quel bois ? — Je crois que tout le monde a oublié ce bois… Je crois que c’est depuis qu’on n’y met plus une bête à paître… — Alors… tu y passes du temps ? — Personne n’a vu depuis, qu’un bois avait poussé là… — Je veux dire… Tu y passes, des fois ? — … comment diras-tu que tu n’y es jamais allé… — Il se sera complètement effondré que personne n’aura rien vu… — … jamais entré… que tu ne t’y rends pas… — Un glissement de terrain l’emportera… Non, je dis : je n’y ai jamais été… — Quoi ? — Non… Qu’est-ce que j’y ferais ? Je n’ai rien à y faire, j’y ai juste enfoncé… caché les sacs… — … comment prétends-tu que tu n’y es jamais entré : de ta vie… c’est ce que tu écris… — Ma vie n’a rien à y faire. N’a rien à voir là-dedans. Ne fourre pas ma vie là-dedans… Je n’aurais pas dû descendre ces sacs… Les laisser où ils étaient [et puis, comment ai-je pu penser qu’ils étaient tombés du ciel ?]… J’ai dit seulement — j’ai écrit — que de ma vie je n’y ai vu personne… Nous n’y sommes même jamais montés ensemble… N’est-ce pas ? — Mon amour… Je ne sais pas [plus] de quoi tu parles…? — Ça oui, tu n’es jamais venue avec moi, je ne t’ai jamais [conduite] amenée là — et toi… Ta gueule un peu… — … il n’y a que les fermiers du coin qui montent y brûler tout ce qu’ils ont, de la vieille souche à l’antenne satellite, moi je le sais… mais je n’irai pas le raconter… pas comme toi… — Je n’ai rien dit… — Raconté quoi — mon amour ?? — Quoi ? Toi ?… Pourquoi je te raconterais ça, ce que je vois là-haut ? Qui s’en soucie ? Toi ?! On ne se parle pas… Je viens d’inventer tout cet échange… — … tu l’inventes, que tu n’es jamais venu… — Non ! Enfin… Oui mais… Je n’y étais pas… Je… Je ne savais pas à quel point j’y étais. Je ne savais pas comment j’y étais. Je ne savais pas le dire, je ne le disais pas [à personne], ça allait sans dire, ou plutôt, sans y penser ça se faisait… sans prévenir… Je ne savais pas pourquoi j’y étais, comme quoi… — … tu t’enfonces… — Tu comprends… C’est qu’il y a ce moment, que je ne sais toujours pas départager, ou repérer : ce moment où [ça se met à écrire] je passe [?] de celui que tu connais à celui que tu ne connais pas — ou plus… — … tu te perds… — … de celui qui a une identité, à celui qui n’en a pas ou plus… Et je ne sais toujours pas voir venir ce moment… Et je ne sais toujours pas quoi faire avec ce moment…


Les contenus Envoyé spécial…, Laisse des voix, L’idée noire, Le mal de mer ?, L’idée noire 2 et Ça craque et tombe répondent à la proposition Contexte de l’écriture de François Bon Tiers Livre Atelier d’hiver 2018

L’aménagement du comble

Sur un parking où je viens avec le jour me retrouver après une longue nuit, blanche à quelque chose près, je suis un peu perdu, avant d’entreprendre la descente en lacets vers la maison, je me range sur le bas-côté de la route à l’endroit où il s’évase en aire de dégagement, un parking-refuge où je descends d’auto retrouver la position debout un moment entre la clôture de la ligne à grande vitesse à l’aplomb de ses tunnels et la lisière de noisetiers et de sureaux sous les clématites, les bouleaux, pins, vestiges de la végétation pionnière garnissant le haut du coteau depuis que n’y vont plus les troupeaux, que n’y sont plus les moutons : depuis cent ans. J’aime un endroit sans personne : ainsi il est sans envers. J’effectue mes allées et venues comme rituelles ou comme on voit venir et encore quelques pas de retour vers l’auto, car je me décide enfin à aller reprendre l’auto, laisser tomber le moment quand, m’en revenant vers elle, je ne l’ai pas vu en descendant, mes yeux tombent sur, quelque chose est déchargé là. À l’arrière du véhicule : entre lui et la clôture. Ce dont il s’agit pour moi ne fait aucun doute. Cependant, et je longe maintenant l’auto, alors que clé en main j’en ai désactivé le verrouillage, et déjà ma main va à la portière, parmi le déjà-vu des déchets d’un chantier d’aménagement de combles, auxquels se mêle le débarras d’un garage, ou d’une cave et d’une chambre d’enfants, à ce que je vois… toute une décharge individuelle sauvage en somme et comme instantanée…  Et comme dans l’instant qu’un génie sort de bouteille… Et comme si cela venait de ma voiture ? Qu’est-ce qu’il y a ? Je reconnais encore quelque chose, mon cœur fait un bond, et ma respiration, qu’est-ce qu’il a ? au moment où, je lis : UNE BOUCHE OUVERTE LUI TOMBE DU CIEL. Un titre. Je reconnais tout… Je lis : Un homme frappé par une bouche soufflée de l’explosion d’un avion en vol. Je me retourne… Une auto passe… Je suis gagné, je lis encore, là : UNE BOUCHE LUI TOMBE OUVERTE DU CIEL, là : la bouche d’un passager du Vol 981 de la Turkish Airlines, je m’approche encore, je lis : qu’il dit provenir de l’explosion de l’avion… Parmi les reliefs de chantiers se trouvent des titres, des gros, je me penche : À 19 km du lieu du crash et 45 ans de cela une bouche lui tombe du ciel, je relis : la bouche d’un passager du VOL 981 TURKISH AIRLINES, la honte me gagne encore un peu : qu’il dit ouverte. C’est trop gros, je me penche encore, dans le désordre des mots, j’en trouve d’autres : L’homme, qui s’intitule archéologue aéronautique… et là, je reconnais encore, au dessus, en me penchant : DU CIEL TOMBE OUVERTE UNE BOUCHE, mots en désordre : ce sont des titres, le jackpot des mots, ce sont des découpes de titres, où des titres viennent avec des mots, des sous-titres : Un archéologue aéronautique met au jour un reste humain du crash du 3 mars 1974, des traînes de mots, des chapeaux : On se souvient que l’accident était dû à l’ouverture d’une porte de soute en plein vol, causée par un défaut du système de verrouillage. La décompression explosive qui s’en était suivie avait endommagé les circuits des commandes de vol, provoquant… on ne m’arrête plus : la perte de contrôle de l’appareil. Les corps de plusieurs passagers avaient été retrouvés… En même temps que je lis les mots me viennent à la bouche : jusqu’à 15 km du lieu du crash, en pleins champs… Qu’est-ce qu’il y a d’autre ? Je reconnais tout, je connais par cœur. Est-ce parce que je reconnais tout ? Je me sens complètement nul : C’EST MOI OU ON DIRAIT UNE BOUCHE ? et en tout cas stupide, et démasqué. Car ce ne sont pas du tout mes affaires, et ce sont pourtant bien mes effets : et qu’en l’état actuel de son invention « l’aérochercheur » ne souhaite pas divulguer d’autre image [de la bouche] que celle contenue dans ses mots et ses dires, « pas d’autre image que l’image vivante entre les mots », dit-il. De là à se demander si la bouche est en vie… et poursuivre l’homme, non pour recel de corps, mais séquestration… Et comment seraient-ils miens ? Mes effets ? Comment des mots sont-ils les miens ? À quoi je les reconnais ? Ou : Comment me reconnaissent-ils ? — C’est la combinaisons des mots, les objets confondants — Comment me confondent-ils ? — C’est la magie des titres. C’est comment ils me tombent dessus : comme des gros titres, gros comme une maison : GROS COMME UN AVION, comment ils tombent sur moi, et m’habillent pour l’hiver…


Les contenus De forme noire, La nuit est la peau du dehors, Dehors est la bouche de la nuit, L’éclat de la nuit et L’aménagement du comble répondent à la proposition Apocryphes de François Bon Tiers Livre Atelier d’hiver 2018

I Gotta Move

UN MOTARD PERCUTE UN CHEVREUIL ET SE TUE — Il a percuté un chevreuil et sa tête a cogné un panneau de signalisation. Un homme de 57 ans a perdu la vie dans la nuit dans un accident de la route à moto. Un chevreuil a surgi du bois et percuté violemment l’engin. Le pilote éjecté a été projeté contre un panneau de signalisation. Un motard fauché par un chevreuil — Patrice Hallalel, 57 ans circulant aux commandes de sa 1100cc, était en route pour aller chercher des affaires pour les enfants de sa compagne. Aux environs de minuit sa route a été coupée par un chevreuil…

I’VE GOT THAT FEELING YOU REALLY GOT ME GOT LOVE IF YOU WANT IT JUST CAN’T GO TO SLEEP I GOTTA MOVE I GOTTA GO NOW

« … La moto et l’animal se sont frôlés et le chevreuil s’est coincé dans la fourche de l’engin, indique Jean-Noël Guesnier maire de Ch***, qui s’est rendu sur place. On suppose que le pilote a été éjecté et a glissé jusqu’à percuter un panneau de signalisation. La moto a continué sa course sur 80 mètres avant de terminer dans le fossé. » L’accident a été découvert entre une heure et une heure et demi après les faits. « Un automobiliste a aperçu le casque sur la chaussée, il était complètement détruit, poursuit l’élu. Les manettes de la moto étaient profondément enfoncées dans le sol. Nous avons eu beaucoup de mal à la ressortir du fossé. »

L’idée noire 2

190205_02:40 . . . Allongé sur le lit de camp au milieu du bureau. L’Insectron de l’atelier de restauration donne sa lumière verte par la baie vitrée : la rue, sourde, ses autos immobiles se distinguent à peine dans le tunnel très orangé [feuilletage des vitres] : morceau de rue sous verre. Retourné [côté porte]… les aiguilles de la pendule ne se dessinent pas mieux, malgré le clignotement bleu des appels non répondus [pas pour moi]… Voilé de l’urgence bleue du rappel adressée à qui… Le local avec moi envahi en gyrophare… Un coup d’œil au mobile : je suis éveillé, plus un doute, cela, d’où que cela vienne, me le confirme… Les conditions de l’écriture ne se réunissent pas … Et puisqu’il est en main, blafard, sur le nez, et chaud — il charge — alors, du doigt passer d’Horloge à Enregistreur vocal, le point rouge Vous êtes ici : … Les conditions de l’écriture ne se réunissent pas. Les bonnes fées ne se réunissent pas… Écrire est mal fait. Si écrire n’est pas une malédiction, il y a au moins mésinscription. La mésinscription sociale. La malédiction de l’écriture — La malédiction ne se réalise pas. La mauvaise fée ne vient pas. Les bonnes fées du berceau, les fées du chevet ne se parlent pas, elles ne s’entendent pas. Ne s’émerveillent pas. Elles ne s’enchantent pas… Personne ne se donne le mot. C’est un coin de table… Le bout de table. Le strapontin. Le siège éjectable — l’écriture escamotable. La soute ouverte. L’explosion en vol. La chute en vol. Dépressurisation. La brusque dépression. La chute de respiration. La respiration ne se trouve pas. On la perd… La respiration ne vient pas. Elle a un trou… Transport aérien — L’avion a un trou, le moyen de transport… fuit de partout, laisse tout tomber, les contenus… Un bout de table… La soute s’ouvre… Le lit, la table sont éjectés, un bout de table est projeté dans un arbre. Sur la branche haute d’un arbre. Le coin de table manque… Écrire n’est pas au rendez-vous — écrire n’est pas un rendez-vous. Inscription sociale, réseau social — écrire est s’y perdre. Écrire est se perdre. Écrire est perdu. C’est mort… Écrire est tout le temps perdu. Écrire me suit partout. Écrire m’échappe, cependant. Où est la plateforme d’inscription ? Écrire ne se met pas à table. Écrire n’est jamais le moment — Écrire malgré tout. Par enchantement ? Écrire est un sort mais pas un conte de fée, le sort ne fait pas le conte de fée [une fois dit ce n’est rien de spécial, mais il fallait me le dire]… Écrire fait perdre les pédales… Écrire est courir. Écrire après le fait divers. Après que tous les faits divers ont été écrits. Reconstitution. Se rejouer l’accident de la vie. Solution de continuité — Solution de présence — Écrire est sans solution… Écrire ne le fait pas. Ne rattrape pas. Le sort est jeté. Le sort est jeté là, le tas de décombres — d’encombrants.

L’éclat de la nuit

C’est une forme… C’est sa forme, le souvenir d’une forme… Est-elle arrivée dans la nuit ou du ciel ? Lancée… Jetée… ou volée et de quel vol !? Prise dans un œil du grillage… C’est comme une auréole tombée là… Ou c’est un joint Le Parfait Super décoloré là. Le mot est rondelle : le terme. Comme un rejet de la nuit dans le jour elle est, comme la laisse de la nuit. Telle qu’elle est là, elle garde de la nuit un éclat. Elle garde dans le jour l’éclat de la nuit, garde sa forme de la nuit dans le jour, sa luisance de la nuit exposée là, elle accroche l’œil. Son éclat est dans les yeux… De ces éclats c’en est tout un tas, tapis, monticule sous elle : contre la clôture, c’en est une décharge. Elle, est suspendue dans son plongeon dans le tas, au dessus du tas, aux mailles du grillage pendue à l’élastique d’un masque de sommeil, de voyage. La clôture… c’est la clôture à la grande vitesse : le grillage de la clôture : la clôture de l’emprise : l’emprise de la ligne à grande vitesse. C’est là qu’elle peut se voir : en l’air au dessus de l’emprise. Avec la vitesse on ne saisit jamais vraiment ce que c’est, qu’elle est, il faut être passé des fois et des fois, des jours… À chaque fois elle fait tache, et tilt… La plasticité de son corps ou est-ce un volume, volume d’oiseau alors… Sa versatilité d’auréole, la variabilité de son limbe, comment elle passe par une certaine région des couleurs du spectre, dans un sens ou dans l’autre… Abandonnée à la clôture à la vue des autos et au souffle des trains, en plein jour : en pleine journée aux regards conducteurs, dont elle ouvre grands les yeux. Elle ouvre l’œil…

Dehors est la bouche de la nuit

… Elle ouvre grand les yeux, prend sa respiration… C’est l’odeur, la sensation, le désir de la sensation. C’est la nuit. Dehors… C’est la combinaison des deux : elle se trouve dehors. C’est là qu’elle se retrouve, dehors, introduite, dans ses narines, elle ouvre grand les yeux : le dehors tout contre là se fait sentir dans la nuit, il se laisse sentir. Il se laisse toucher, sans bouger, d’abord. Et puis d’abord… La nuit le dehors vient au contact. Le dehors est le corps de la nuit. Il vient se poser sur son corps. Sa respiration prend et l’emporte : elle s’emporte avec elle, avec lui, la sensation l’attrape, c’est une sensation de tous les sens. C’est l’effet… L’effet sur elle. Elle s’en trouve le corps tissé. Son corps en est intégralement recouvert, d’abord elle ne voit plus, dans la nuit, sur elle, si c’est la combinaison nuit ou la combinaison dehors, ou la combinaison des deux même. Elle s’en trouve le corps tramé et comme poursuivi, et comme rattrapé en même temps, elle s’en trouve le corps plongé. Avalée par la nuit : la nuit est la bouche du dehors. Ou bien c’est lui, dehors : dehors est la bouche de la nuit. Elle a sa bouche en combinaison ouvert et fermé parce que plaquée : l’air de la nuit se plaque contre elle. Elle s’en trouve le corps conduit… Au bout de la nuit… C’est encore la nuit… Une fois de plus l’effet se produit. Tout de suite là l’intimité la plus grande. Toute l’intimité dont la nuit est grosse, longue, dont elle est capable, prodigue, la décharge d’intimité suspendue là… qui l’attend là… effets de seuil et de souffle mêlés, le corps s’en trouve retourné, comme un gant, à ses pieds, elle s’en saisit : c’est sa bouche tombée ouverte là. La sensation est neuve et chaque nuit intacte, demeure intouchée, dehors où elle repose, vierge de tout contact. La nuit vit dehors. Écoutez… Elle est emportée… transportée…

La nuit est la peau du dehors

C’est l’odeur, la sensation, le désir de la sensation. Son retour. C’est la nuit alors, minuit passé il y a longtemps. Longtemps avant que la nuit ne se décompose, dissipe en couleurs… Avant que la nuit ne se volatilise. Avant que la nuit en jour, ne se change… La nuit a été longue déjà, chaude, réglée et appliquée, très besogneuse, consciencieuse extrêmement… La nuit… s’est éternisée et perdue en coups de boutoir, respirations forcées à coup d’accélérations… La respiration contrainte. Elle bout. Il faut de l’air… C’est un immense, irrépressible besoin d’air. C’est maintenant : quitter le lit. Se détacher et sortir de son lit… L’air gît, ou gîte, l’air repose au fond de la nuit, dehors… C’est l’émotion, ou l’odeur, le mouvement de son odeur. C’est, son odeur comme un rendez-vous, l’émotion du dehors. La porte s’ouvre le dehors prend. C’est son intimité alors, passée la porte… non, pas encore : encore le pied nu ou tout comme, en combinaison de nuit, sans un bruit ou presque, seulement le crissement du caoutchouc en ouvrant la porte sous le poids du corps, avec tout ce poids, le poids de la nuit, maintenant jouant sur la plante du pied jouant encore sur l’acéré de la traverse du seuil… Se tenir là, contenir, là. Se retenir, retenir toute expression comme tout ce qui pourrait sortir d’une bouche comme le dehors émeut et prend. C’est la nuit et le dehors est là contre. Il ne se tient pas au fond de la nuit, mais tout contre là. La nuit est la peau du dehors.