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Dernier des 10 épisodes Christophe Testard répondant à la proposition L’inconnu de soi-même de François Bon Tiers Livre Atelier d’hiver 2018


La découverte est macabre en sortie d’Agglo en haut de la côte de Verberie (Oise). Le corps d’une femme a été retrouvé en partie brûlé dans une voiture stationnée à l’abri des regards, dans un chemin de terre surplombant le stand de tir du bois. C’est un jogger qui, vers midi, a été intrigué par la présence du véhicule. Il constate en s’approchant que les vitres de l’automobile sont toutes noircies. Ce qui était dû à un incendie provoqué à l’intérieur du véhicule. L’incendie aurait été volontairement allumé. Les sièges et les garnitures en plastique se sont consumés, mais l’habitacle de l’Audi A3 ne s’est pas transformé en brasier pour autant. La victime a été identifiée. Il s’agit d’une oisienne de 54 ans demeurant dans la commune. Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances du drame.

Le cadavre d’une femme dans une voiture brûlée | Le cadavre brûlé d’une femme dans une voiture | Le cadavre d’une femme brûlée découvert hier dans une voiture sur un chemin au dessus de Verberie (Oise) vient de livrer ses secrets. Les résultats de l’autopsie du corps en partie brûlé font état d’une mort par asphyxie. Aucune blessure, trace de coup ou de brutalité n’ayant été relevée sur le corps de la victime, la thèse du suicide est confortée. La victime, âgée de 54 ans, était originaire de Verberie et vivait dans l’Agglo. Le véhicule a été enlevé pour expertise — Il laisse dans le chemin une auréole noire…

… La résolution qui s’est emparée de toi te fait quitter la départementale. De là te conduit au bout du chemin à l’abri des regards. Le chemin que toi et moi connaissons… Pour une fois la chaîne qui barre l’accès véhicule au chemin est arrachée. Tu arrêtes l’auto à l’aplomb du stand de tir. Contact coupé. Tu retires la clé, tu la fais tomber à l’arrière… Le chemin de nos longues marches. Le chemin le long du bois. Le GR au dessus du Longmont… Tu te baisses, tu étends le bras et prends la bouteille. Le mouvement tire sur la ceinture, mais tu ne déboucles pas ta ceinture de sécurité… C’est une bouteille en plastique d’un litre de contenance. Tu l’ouvres, le scellé cède. Tu t’en asperges. Le parfum envahit immédiatement l’habitacle. Tu laisses couler enfin, tu es trempée. Ça te prend deux secondes. Alors tout vient en même temps : c’est dans ce désordre ou cet enchaînement que tu inhales de l’Oise Spirit et l’allumes. Tu cries. Tu pousses les cris que tu connais, puis les cris que tu ne connais pas. Moi non plus, je ne t’ai jamais entendue crier. Tu restes assise. Tes mains ont empoigné le volant…

… Ton corps est carbonisé en surface seulement. Ton visage ne se reconnaît plus… noir… Tu as perdu ton visage. Du haut de tes cuisses jusqu’à lui, le vêtement, la ceinture sont fondus sur ton corps… Sur le devant de ton corps peau et vêtement ne font qu’une. Ce que l’incendie de toi a consumé, a consommé entièrement, c’est ton oxygène : tout l’oxygène contenu dans ton auto. Tu es asphyxiée avant que les fumées noires ne rendent l’habitacle complètement opaque, à ne même plus voir de flammes — comme dans l’insert dont on n’a pas nettoyé la vitre, après plusieurs feux… Tu savais que les matières plastiques contenues dans une automobile peuvent générer des fumées toxiques à un rythme de 20 à 30 mètres cubes par seconde ? Cela est sans parler du liquide inflammable que tu as inhalé jusqu’à la somnolence, au coma peut-être. Étais-tu inconsciente d’abord avant d’être asphyxiée ? L’incendie s’est-il propagé dans les voies respiratoires, jusque dans tes poumons ? L’inconscience en toi — a égalé la résolution — était-ce par le manque d’oxygène ou l’excès du solvant ? Toutes vitres closes, le manque d’oxygène provoque et l’asphyxie et l’étouffement du feu. Double effet. Le départ volontaire de feu | L’incendie d’origine personnelle s’éteint de lui-même. La situation s’étouffe d’elle-même : de ses propres fumées. Ton habitacle ne se transforme pas en brasier, dérogeant aux fantasmes de voitures brûlées — Que ne laisse accroire le tissu des fantasmes ? Tu n’as brisé aucune vitre il est vrai. Le feu de lui-même s’est maîtrisé. Toi, tu as continué un petit peu de brûler à feu couvant après ta mort. À petit feu, finalement. Sage comme une image.

… Tu ne sens rien ?… Un fait divers te regarde… Te sais-tu regardé ? Toi, tu crois que c’est toi, qui regardes… C’est toujours toi : celui qui porte le regard c’est toi… Imagine : ça te regarde encore plus que toi : ça te regarde plus que tu ne crois. Que tu n’as jamais su. Cela, non seulement, en général, te regarde… Mais cela te regarde en particulier : en détails… En entier : toi… ou disons quelqu’un comme toi ? Un homme comme toi ? — Non… Ne te le disons pas… Car s’il s’agissait de mon fait divers seulement : de mon cas personnel, mais non… Nous dirons que c’est plutôt : comment tu l’as arrangé toi : comment tu l’as trafiqué, maquillé… N’est-ce pas ? Mon déguisement en suicide ? Produit de l’imagination ? — Regarde encore comment tu m’as arrangée… Quels combles m’aménageras-tu encore ?

Je passe en lisière. Définitif. Tout un programme. Je passe dans les environs de personne… … C’est un endroit où je ne vois personne. On n’y voit personne… Un chevreuil, oui. Un renard oui. Un chien une fois ou deux. Une banquette. Deux fauteuils. Une télé, oui et une roue calcinée. Des encombrants, déchets de taille de haie, barquettes de kebab cartons de pizza, canettes, mouchoirs, lingettes, merde humaine… oui. Un cutter, un rétro, même un verre à pied : il n’y a rien à voir là. Quant à y voir quelqu’un… C’est quelque chose qui n’arrive pas… … L’absence de visage saute aux yeux. Le regard subtilisé, le tissu intégral. Le loisir est total. D’être sans visage corps tramé, sa tête est de même texture mêmes motifs que toutes variétés et espèces de la lisière mêlées. Un frisson passe également sur tout… … Un même froid passe sur tout. Tout ce qui me regarde est là : tout le perdu et jeté, tout ce long abandon le long du bois, marge et coulisse humaine, l’homme invisible, mêlé à sa lisière, milieu transitionnel, à son écotone. Cela touche à ma fin. Je n’y suis pour personne… … Je passe côté désinhibiteurs. Je passe tissu de fantasmes. Je frissonne de partout… … Je ne veux plus que me cacher. Je voudrais entrer en terre. Je pourrais m’enterrer en l’air… Je passe lisière | Ma résolution en lisière | Ma solution… Personne ne viendra me trouver là… ne viendra plus… personne…

Je le laisse là. Je vais le laisser là, croire. Je le laisse à son intrigue, à son secret. Je vous le laisse… Nous, nous avons notre conspiration. Continuons de lui faire croire qu’il s’agit de sa vie. Laissons-le croire qu’il en va de sa vie : que s’y joue sa vie. Notre jouet. Oui. Laissons-le croire à sa vie, il ne me trouvera pas… Il ne sait pas que c’est moi. Il ne me trouvera jamais là. Laissons-lui croire que c’est la fin. Laissons-le croire à la fin. Il se perdra en elle sans l’avoir trouvée… Il regarde l’Oise : y voit sa vie. Faisons-lui croire qu’il y a sa vie — qu’il a toute une vie à refaire. Laissons-le à ces faits divers, nous y avons bien aussi notre part… Moi je le laisse à ses lisières si cela l’enchante… L’enchantement, n’y suis-je pas pour quelque chose ? Ne l’avons-nous pas enchanté nous-mêmes ? Qu’il se croie rattrapé soudain par sa vie : s’y trouve, croie pris… C’est OK… Gardons-le seulement en vie. Notre animation… N’est-elle pas de lui ? Il se raconte des histoires avec nous. Comme nous fonctionnons bien, ensemble, et comme nous l’enlevons… Comme nous l’enlevons nous le recelons… Je vais le laisser croire : qu’il y comprend quelque chose — et même : qu’il en a saisi quelque chose : et qu’il le tient là : qu’il en approche et même qu’il s’approche — là : en ce moment-même… Nous le faisons marcher ? Voyez en lisière comme encore il court… Courir… laissons-le voulez-vous ? Faisons-le maintenant là, comme il sent qu’il s’appelle, est appelé, et sous quelque nom qu’il porte, ou se donne, et s’il nous plaît dans un mot, ou dans un souffle, bout de souffle, le coureur, ou en deux petits mots, en forme de deux doigts tout noirs, en noir comme un mot, dernier mot, et en son nom, le tracasseur, dans un dernier souffle, le mot de la fin, en un mot comme en un bout de souffle noir, expirer, ffuit, évanoui, et signer :

Regard Perdu | Bon Endroit | Bouche Ouverte | Figure Humaine | Cœur Tombé | Libre Circulation | Bois Transparents | Élan Entier | Grand Véhicule | Combles Aménageables | Dépôt Sauvage | Nouvelle Venue | Coureur Distrait | Nuage Bienvenu | Couloir Aérien | Concours Immense | Souffle Coupé | Nôtre Cause | Quelle Couleur | Bandeau Sale | Sujet Santé | Ensemble Enlèvement | Grande Substitution | Respiration Cutanée | Bouche Embrassée | Noir Vêtu | Lieux Dits | Bons Débuts | Grise Métallisée | Maison Oubliée | Extérieur Latéral | Nulle Part | Condition Automobile | Sandwich Temporel | Macabre Découverte | Voiture Brûlée | Oise Spirit | Fumées Noires | Fait Divers | Corps Tramé | Derniers Mots | Christophe Testard

09|10

Grise Métallisée | Maison Oubliée | Extérieur Latéral | Nulle Part | Condition Automobile | Sandwich Temporel

… La portière ? Est-ce qu’il l’ouvre ? Le véhicule : Audi A3 année 2003. Grise métallisée. — Est-ce que ça le regarde ? Ça lui tombe dessus… Appeler les secours ? Alerter ? — Ouvrir la porte ? Il mets la main… Merde… c’est tiède… sur le toit : — C’est quoi une auto chaude comme ça ? Et c’est comme noirci aussi autour des portières et des passages de roues et quand je passe le doigt, le doigt est noir, euh, qu’est-ce que je fais ?… Un véhicule suspect… je passe ? Est-ce que je fais comme si je n’avais rien vu ?… Je fais quoi là ? On ne voit strictement rien. On ne voit pas à l’intérieur… Il se tient du côté conducteur… Le pare-brise aussi est complètement opaque… Il fait le tour du véhicule… La peinture de l’aile avant droite est toute griffée… Le rétro latéral a été arraché semble-t-il côté passager… — Ça ne fait pas exactement comme du verre fumé ou des vitres surteintées : c’est autre chose… Je pense : Films teintés | Films covering | Films à la découpe | Nos solutions films… Je me penche sur la lunette arrière : je ne vois que moi. J’arrive par derrière… C’est là que je prends une odeur comme de plastique brûlé… Odeur de menace… Et alors il y a une odeur qui ne trompe pas, mais de quoi ?… Le stationnement menaçant… Statique… Une auto attend…— Je garde l’air de rien enfin je crois… Qu’est-ce qu’il fait ? C’est en travers de son chemin… C’est sur son parcours quotidien… Une auto stationnée là-bas. Une auto qui ne bouge pas… — Je m’approche… J’approche, à mon rythme… Il approche…

… Tu me feras croire que tu m’as oubliée ? Et comment tu m’as traitée ? Ça t’est tombé dans l’oubli aussi ? — Est-ce que tu peux encore ramoner ton conduit de cheminée ? Allumer un feu dans l’insert, à la maison ? Ne serait-ce qu’entrer dans la maison quand le feu y brûle… Un bon feu de cheminée après un bon run, en hiver… Bien sûr tu n’as pas de réponse — et tu ne m’entends pas : tu m’as oubliée comme ça… comme ça se trouve… en l’air… dans le temps… C’est dans le même temps : tu me cherches et m’oublies… Mais tu es incroyable ! Ta vie est d’une incroyable distraction… inconcevable… — Je ne te parle même pas de monter sur le toit mais… Mais prendre des escaliers ? Te retrouver sous ton toit ? Dans les combles — qu’on n’a jamais aménagés… Tu as pu, depuis ? Est-ce que tu ne vois pas… est-ce qu’il ne te… Est-ce qu’il ne reste pas du noir un peu partout encore ?… Tu as quitté la maison ? Mais alors — Tu as refait ta vie ? Qu’est-ce que tu fais chez toi ? Tu en parles, à quelqu’un ? Tu ne te sens plus concerné ? Tu ne te sens pas regardé ? Est-ce que tu peux encore entrer chez toi — n’importe lequel — sans que ça te prenne à la gorge… ce genre de détail… — Est-ce que ça ne te regarde pas ? Est-ce que je ne te regarde pas, là ?

L’appel de l’air alertement se fait sentir du coureur dans la transparence que montrent les bois l’hiver. Le chemin, les lisières alors le laissent sur sa faim : il semble qu’il leur faille à tous quelque chose de plus d’ampleur, et de profondeur… aller voir plus loin : dedans — Voilà qu’il entre… c’est une erreur… Parce que ça se passe juste là, pour lui, et comme sous ses pieds. Erreur de taille… d’un rétroviseur précisément : un rétroviseur extérieur latéral d’automobile. N’est-ce pas sa place ? Où est le problème ? Ce n’est pas un endroit ? — … Ce n’est pas l’endroit du rétroviseur ?? Stoppé net : coupé net là dans son élan, comment il s’appelle, du rétro il ne reste que la coque, la coque est vide. Ébréchée, un fond de flaque, débris de feuilles, faines, glands, l’humus en formation dedans, se fondant au noir intérieur de la coque plastique. Et posé sur le lierre terrestre comme venant d’atterrir là, il n’est plus à son ancienne place : à l’endroit du rétroviseur… Il n’est pas face contre terre — quelle face, un rétroviseur ? Il a perdu la glace. C’est son côté arraché… Il est comme ça de côté contre terre comme il est atterri, comment il s’appelle, il va y mettre la main — se ravise… — Combien de mains un rétroviseur ? Il suppose un accrochage et puis ? Combien de prises en main ? Combien pour l’avoir pris en main pour le balancer plus loin après avoir fait le bout de chemin que cela prend : peser le pour et le contre ? La pièce détachée… d’où provient-elle ? De quel véhicule ? — Quel fait divers ? — À quel véhicule appartient-elle ? Quel enchaînement ? Et combien de mains comme une mauvaise idée l’ont abandonnée plus loin combien de fois, rejetée ou simplement reposée dans la lisière… Dans la lisière ou tout vient finir… se dégonfler… crever…

Fléau des communes rurales | L’accroissement des décharges sauvages | Les dépôts sauvages en Oise Pays de France | Le circuit Décharges Sauvages en Oise Pays de France Porte de France — Parc d’attraction terrestre | Hauts-lieux du dépôt sauvage | Aujourd’hui le haut de la côte de Verberie | Retrouvez tous les points d’apport personnel anonyme | … Environ 500 m après que vous aurez franchi par le pont de la D932A la LGV Nord, se profile une première épingle où s’amorce la descente en lacets vers le bourg… Déportez votre véhicule de l’un comme de l’autre des bords de la route à l’endroit où ils s’évasent en deux aires de dégagement en terres-pleins assez profondes — c’est exactement ce que vous appellerez : nulle part. Notez que vous ne trouverez sur place ni parcours santé, ni sentier ni panneau d’interprétation, ni poste d’observation. À l’instar des nombreux sites du réseau le dépotoir à ciel ouvert de Verberie ne vous est pas indiqué.

… L’auto pousse dans ces espèces d’impasse, retranchements en soi-même. C’est là qu’elle pousse et prolifère. C’est la condition automobile. L’automobile plonge dans la nature… — Il n’y a qu’elle pour vous plonger comme ça… Toute auto est une publicité pour l’automobile. L’automobilisation est complète : totale, elle est intégrale. Et fatale. Toute la publicité pour l’évasion automobile conduit dans cette impasse, est un enfermement. Est un plongeon. Est ce ferment. Il y a de l’irrémédiable dans toute conduite automobile. Chacun approche en auto son moment de publicité — sinon de vérité. Et à chacun sa chacune : l’automobile vous enlève… — C’est la condition automobile. L’oisienne, la désespérée. Rien pour plonger comme elle fait… Les gestes désespérés s’enchaînent, s’additionnent : en haute résolution la fuite de la vie : la fuite de l’enfermement dans sa vie : l’évasion dans la nature — ou dans un chemin reculé à l’abri des regards : ce petit coin de cachette, là, sa manœuvre malheureuse dans le bois riverain… Un rétroviseur arraché contre le tronc, mince, d’un bouleau ou d’un noisetier en reculant dans le bois là où : elle croyait deviner une entrée dans le bois, elle perd son dernier soupçon de visibilité côté passager, elle a cru qu’elle avait la place, qu’il y avait la place de l’auto, elle abandonne, à 54 ans et des poussières, à 23 heures et quelques, elle se rebraque dans le chemin… Plus : la fermeture de l’habitacle. Sa condamnation centralisée et la clôture de l’habitacle. Et l’isolation, sonore, thermique, relative, de l’habitacle. L’étanchéité de l’habitacle de l’auto, une Audi A3 grise métallisée année 2003.

… Il se peut qu’un afflux soudain de regard étranger… Point d’interrogation. Un véhicule venant dans un sens, un autre dans l’autre, s’avançant… point de salut, précipitent son entrée dans la lisière. La lisière qui se longe en suivant le chemin. La prise visuelle en tenaille peut-être… ou cela est trop fort : la prise en sandwich temporel se traduit par sa déroute instantanée dans la lisière, sa fuite à l’endroit même où, comment il s’appelle… — Ce n’est pas l’endroit du rétroviseur !?… Une espèce du mimétisme le retient là, un point de côté pour point d’accueil, le cœur lui a fait un bond… La soustraction lui est une évidence soudain : il se soustrait comme on se rend à l’évidence, et la prise est instantanée, cela soudain est clair sous la clématite d’hiver : — Voilà comment je l’ai… Voilà comment elle est perdue… C’est là… C’est alors qu’elle est perdue : l’assistance | Mon assistance | Assistance respiratoire | Mon assistante | Ton aide | Ta compagnie | La compagne de ma vie | La connerie de ma vie | Ma respiration | Passion | Mon drame si ça se trouve… Ma vie ! Mais je la perds là !… C’est là que les circonstances affluent…

08|10

Bouche Embrassée | Noir Vêtu | Lieux Dits | Bons Débuts

… il me vient une voix qui me parle… il me vient une parole, ouvrant ma bouche, me vient une parole qui m’ouvre la bouche, me force… elle me prend la bouche… et parle : parle à ma respiration, et c’est moi : qui parle à ma respiration — je respire par la bouche en courant… là une parole vient… une voix me vient… embrasser la bouche, m’embrasse… ma respiration me parle, se colle à ma bouche, la respiration m’ouvre la bouche, et grand la bouche, elle parle en moi : elle parle dans ma bouche : parle pour moi, ma parole… se glisse, m’entre par la bouche, elle prend toute la bouche, sa langue : c’est ma prise de parole : la parole me prend : sa langue est dans ma bouche, j’ai la bouche grande ouverte, je ne peux tenir sa langue, qui roule… elle me roule une parole dans la bouche et même, elle fait les propositions à ma place, elle me tourne, elle me formule des propositions, des postulats dans la bouche…

Mon diagnostic — Je détecte une raréfaction, un manque de monde… Le manque en monde est transparent sur lui, mon sujet, dans son comportement et sa tenue la formation de lacunes. Tout de noir vêtu comme revêtu, comme par une involontaire manifestation de sa furtivité, et comme furetant en effet sitôt que les zones de mutualité ou réciprocité des regards sont dépassées. Ce qu’il lui reste de regard il ne le porte à personne, aux objets au sol seulement, quand il ne l’a pas en l’air non comme un oiseau, un merle, a son bec en l’air : plutôt comme les phrases ont leur bouche — doit-on dire leur embouchure ou leurs débouchés ? — en l’air… Son regard est comme lui : simple soulignement mais de quoi — l’ombre portée de quoi ? Entrant dans la lisière de laquelle guère plus loin il ressort, comme en pratique d’une espèce de couture — un faufilage au point devant, imaginez… Du monde vous verrez bien à force qu’il n’a que l’air… Là est sa zone de confidentialité, où il a l’habitude de se lâcher, où il en a la désinhibition, et là sa forme de maraude, à celui qui n’est doté d’aucune propriété riveraine. C’est la misère mondaine relationnelle qui se lit sur sa personne — si ce nom convient à sa forme de coureur. C’est son point faible, ce point de côté qui le guette et dont on tirera certainement profit… — Ce sont ses manèges et ses cercles, ce sont ses trajectoires brisées qu’on suivra, profitablement… — Le manque en monde l’a fait parlé — Profitons-en… Pour quoi ? Mais en tirer notre génération, toute notre vie : en vivre !

… Nous le suivons… Nous le traçons… le voyons entrer dans un bois… en sortir… entrer dans l’autre bois… ou dans un autre à un endroit… à tel autre sortir… Quel bâti le coureur — sa forme noire là : pas là — pratique ou trafique-t-il en suturant ainsi les lisières des bois et les limites des champs ? Quelle est cette intermittence ? Quelles sont ces incursions, ses disparitions, ces éclipses momentanées ? La maraude, en quoi consiste-t-elle ? Donnons-lui — Encore ! — Une dernière fois… — Non ! Notre vie dépend d’elle — la parole : « Les endroits sont mes lieux-dits… Ils me disent. Je suis le dit des endroits. » L’endroit du bandeau ou celui de la cape, ou l’endroit du trampoline et encore l’endroit du cutter, et de l’alarme ou alerte, et l’endroit du ballon mais lequel ? de baudruche, c’est à tout bout de champ, et en tête des lisières, accroché aux massifs des ronces et aux massacres et déchiquettements des lisières, et de toutes formes et aspects, de la baudruche avion en mylar au ballon zèbre, au ballon licorne, baudruche cœur rose, le ballon champignon, le ballon Pokemon, ballon aluminium zéro bleu et ballon alu A, ballon mylar cadre à selfie princesse à l’endroit du rétro, ballon lune mylar, ballon bubble ballon de foot, ballon mylar cheval noir et endroit du nuage, ballon bulle bd argent — ballons tombés de tout le département tous plus dégonflés les uns que les autres — parce qu’il faut être à bout de souffle pour se poser et prendre ainsi à toutes les lisières et bouts de champs et tout le long des lisières des bois : de tous les bois des remises à gibiers…

… Ça se passe à un tas d’endroits… Ça se passe à un, à deux tas de là… L’endroit est ce point de chute…Le coureur des lisières — des milieux semi-ouverts —, coureur des bordures des champs de vision qui passe par là… Son regard est aux objets au sol comme on l’a dit menus ou non, là isolé, là en tas hétéroclite, monstre… Il se plaît dans la fréquentation des objets, ou d’espèces d’objets, ou dans leurs noms, dont il fait toute une compagnie, ou est-ce un équipement, ou tout ensemble un attirail, appareil ou un habitat, toute une batterie il y en a, un nuancier de la décharge et de la trouvaille cependant — ce spectre, s’y complaît. — Je ne sais au final jamais comment appeler ça, le mot… ne me vient pas, pas directement le nom de ces objets partiels ou célibataires ou jetés, déclencheurs je ne sais, comment dire des objets qui sont des jets ? déjets ? rejets ? déchets ? débris ? rebuts ? rébus ? débuts ?… Mon coureur évolue entre tous les débuts sans avoir jamais de cesse, sans fin… Dans tous les bons débuts… Ça fait un bon début que je lui cherche une fin… Toutes les chutes de la consommation de l’habitat individuel lui sont bonnes, à prendre ou à laisser comme il a dit — c’est sa complaisance, je l’appellerai ainsi. Mon coureur… Son unité de mouvement noire. Sa belle unité de mouvement. Son unité mobile. Sa belle mobilisation. Sa noire évolution… Comme noir est maintenant le bout de son souffle — C’est là que je me tiens… Et lui. — C’est là que j’interviens… — C’est alors que lui tombe sa respiration comme une tuile… Ou un rétroviseur…

07|10

Sujet Santé | Ensemble Enlèvement | Grande Substitution | Respiration Cutanée

Mon sujet santé | Mon sujet ne sait plus respirer | Mon assistance respiratoire | Mon sujet sous assistance | Quelque chose entre mon sujet et sa respiration | Passion respiration | Il ne respire plus seul | Alerte | Mon sujet ne respire plus | Mon emprise respiratoire | Je mets une alerte sur le sujet | Il ne respire plus qu’en courant — Que faire ? | Mes questions respiration | Comment retrouver la respiration de mon sujet ? | Stimulez votre capacité respiratoire | Mes sujets assistance | Mon sujet respiration | Il ne respire que sous la détresse | La respiration en questions | Il ne parle plus… | Mon assistant respiratoire | Mon sujet est sous détresse respiratoire | Il court comme il respire | Il ne me parle plus qu’en courant | Je ne me pense plus qu’à bout de souffle | Je ne le respire plus | « On le perd… » | Courir respirer

« On enlève des emballages de fast-food au matelas en passant par un toit de voiture » | Le Département et les fédérations de chasseurs et de pêche renouvellent l’opération « Ensemble enlèvement » | non ? et ça : | « Les choses fonctionnent si les gens s’en emparent » « Des préservatifs, des bouteilles en verre, des pneus, des caddies » « Il y a une véritable prise de conscience lors de l’enlèvement avec les jeunes » | L’événement Ensemble Enlèvement | Témoignages | toujours pas ? et là : | La mobilisation « Enlèvements » | Il reste encore tellement à enlever | En images | Les enfants très investis enlèvent un nombre important de déchets sauvages | ça prend… non ? | Lisières de l’Oise | Les participants enlèvent les ordures perdues au bord de la route | Les élus et les randonneurs bravent également le froid pour… L’association des parents d’élèves et les enfants bravent également l’hiver pour… Tout ce petit monde enlève en deux heures l’équivalent d’une benne | Événement | L’« Ensemble Enlèvement » rassemble les générations | et comme ça : | Une constellation d’événements inscrits dans le cadre « Ensemble Enlèvements » à travers l’Agglo | Ça nous regarde | Ce week-end se place sous le signe de l’« Ensemble Enlèvement » | « On a le week-end pour tout enlever » | Idées enlèvement | « Il faut verbaliser tous ceux pris en flagrant délit de décharger leur véhicule dans la nature » « La saisie de l’auto » « Les déchetteries sont fermées le dimanche mais les particuliers ils enlèvent quand ? » | c’est vrai ça… | Environnement | La manifestation « enlèvements » | Le conseil municipal des jeunes a participé au grand enlèvement nature | Sensibilisation à la problématique des déchets sauvages | « Beaucoup de déchets de bâtiment, plâtre, sac de ciment vide, plinthes en bois, gaine de câblage électrique, grillage et même une bouteille de gaz » | ! | « On enlève énormément de canettes, mais aussi des gravats et même des portes en bois » | « Il y a de tout : bouteilles en verre à profusion, des canettes aluminium, plastique idem, des emballages de toutes sortes, fast-food » « Des pneus, des roues de voitures, du linge » « et même une friteuse remplie d’huile » | !! gourmand… | L’opération se termine par le verre de l’amitié et la contemplation du volume enlevé | encore une image : | Les membres de l’association de protection posent derrière l’ensemble enlèvement | des chiffres ? | 4 mètres cubes d’encombrants, quelques centaines de litres de déchets en verre, plus de 2200 litres de déchets divers | encore ? | « 1000 tonnes ont été enlevées soient 70 camions de 15 tonnes sur l’ensemble du département » | et | « Deux tiers (en poids) des déchets collectés consistent en du plastique et des emballages et le reste en de la ferraille et du grillage et déchets divers » | L’événement « Ensemble Enlèvements » rassemble les générations | Les coordinateurs de l’enlèvement : « On croit à l’exemple » | ou bien : | Les ambassadeurs de l’enlèvement : « On croit à l’exemple » | ou : | Les coordinateurs Ensemble Enlèvements : « On croit à l’exemple » | Plus de contenus environnement | Plus de contenus enlèvement | ?

… Là… Laissons le dépôt sauvage sagement retomber… Ses 470 mots de décharges sauvages dont 220 mots différents : les 34 de ; les 21 l’ ; les 18 les ; les 17 des ; les 15 et ; les 13 en ; les 10 enlèvement ; et les 10 la ; les 9 le ; les 9 ensemble ; les 7 à ; les 6 une ; 6 on ; les 5 enlèvements ; les 4 d’ ; 4 il ; 3 événement ; 3 enlève ; 3 non ; 3 même ; 3 a ; les 3 enlèvent ; les 3 tout ; 3 exemple… et aussi ceux qui vont par deux : pneus y bouteilles ça est mais coordinateurs end week également déchets enfants enlever dans générations rassemble ce verre food plus fast emballages un bois canettes au contenus ou environnement et encore tous les autres : leur occurrence unique… On est enlevé… Est-ce qu’on va retomber sur ses pieds ? — Moi je dis : — Voilà comment il s’opère une grande substitution et dans les grandes largeurs : d’ampleur territoriale. — Un grand contournement dans des mots pas dégueu… Comme ils fonctionnent ensemble… — À l’échelle départementale et locale oui… mais qui voudraient y toucher ? — Les mots sont des désinhibiteurs… Donnez un nom à quelque chose et vous verrez… l’animation… — On dira : — Voilà comment un tas d’encombrants ou monstres entre dans les mots… — Moi les déchets sauvages ça me soulève le cœur… et en général toute atteinte à l’environnement… — Vous ne vous êtes pas regardés ?! — Moi les dépôts sauvages m’enlèvent… Ce sont les mots du constat, de l’inventaire, l’énumération je crois : je ne sais pas ce que ça me fait…

Ne pas avoir de monde — Qu’est-ce que c’est ? Approchez-le… — L’espace d’une respiration, capacité respiratoire, il n’a que ça. Il ne voit que ça. Il ne sent que ça et le temps seulement d’une respiration. Il a l’espace-temps de la respiration et c’est tout, son milieu. Il est au milieu d’une respiration. Il se prend par le milieu. Saisissons-le. Voyez comme le territoire lui colle à la peau : en un nombre en définitive assez rare d’endroits — et c’est par la respiration… On ne peut pour autant en déduire que sa peau respire. On le sait, la respiration cutanée est essentiellement un effet hallucinatoire : on ne respire pas de tout son corps. Un phénomène remarquable cependant est qu’à chacun de ses points d’adhérence se développe une flore endogène : les mots y fleurissent — c’est la raison pour laquelle nous les appellerons : points noirs. Ils vont jusqu’à faire des phrases. Écoutons : « Ne pas avoir de monde c’est quand l’espace me colle comme la respiration. Mon territoire se plaque contre moi. Il vient à moi en chacun de mes mouvements. Je ne sais plus faire la part de ma respiration et de l’espace… » Et là : « T’ai-je hallucinée respiration cutanée ? » La respiration, une seconde peau ? Non. Il faudrait se couvrir d’un mucus spécial pour que des échanges d’oxygène s’opèrent au niveau de la peau. Transpiration n’est pas respiration. La part de la respiration cutanée est insignifiante en l’espèce, au contraire des batraciens. Le sujet observé est-il devenu amphibie ? En son état actuel, nous ne pouvons-nous prononcer. Il a laissé derrière lui, à deux pas de là, 220 foulées précisément, sur un tas de détritus tous corps de travaux, pique-nique, rubrique Divers et mécanique auto, une mue A I R S U P P L Y — qui peut bien dorénavant habiller un épouvantail, et le premier venu. Plantez un panneau au milieu du champ voisin et celui-ci sous l’effet du vent et des transports d’air en peu de temps se trouve garni — comme on voit faire et s’accrocher aux haies et lisières les transparences plastiques… Une mutation à terme — par recouvrement intégral de phrases façon muqueuses — n’est donc pas à exclure, tenons-en pour témoin ce fragment : « … les mots les monstres… » Assisterions-nous à une hybridation ? La naissance d’une sous-espèce ? — C’est ainsi qu’il tombe sur sa respiration comme sur un os… Un rétroviseur…

06|10

Souffle Coupé | Nôtre Cause | Quelle Couleur | Bandeau Sale

… Maintenant que je l’ai amené tout au bout du souffle… au bord… Qu’il retrouve sa respiration peu à peu… Il peut bien me trouver aussi… À force de parler : cette bouche ouverte… Voyez : comme il s’étire, se penche au bord… Comment être sûre qu’il ne le fera pas ? Comment suis-je si sûre de moi ? Si je ne lui prends pas la parole il va finir par me cerner, me tenir, si je ne la lui coupe pas, cette fois… Faisons-le taire, ne le laissons plus faire, ne le laissons plus aller, venir comme ça : se pencher sur moi — il est sur moi là regardez… comme s’il n’y avait personne, comme si je n’étais rien, ou pas là, regardez-le se gainer… s’étirer comme il fait… au dessus de moi, divaguer — Monstres, faites diversion ! — Parlons-lui, n’importe quoi, quelque chose… Quoi encore ? — Ma respiration me laisse là… Ma respiration me laisse à bout de souffle… Elle me pousse à bout… Il ne s’arrête plus de s’étirer… souffle et se vide, s’étire encore et ses doigts, les bouts de deux de ses doigts touchent le sol : la pointe de ses pieds… la terre, le sable de la terre et puis… — Il faut être venu à bout de souffle pour tomber là… Je vais toucher le bout de mon souffle…

… Je vais tout le respirer : l’aspirer et l’expirer… tout son air, air de rien, son air de ne pas y toucher, ses airs de ne pas toucher le sol, le leurre qu’il est, de voler, toute sa forme de coureur, son insupportable grande forme… sa forme de santé je vais la lui sucer toute… Je m’en vais te le faire taire : le faire taire en mots, te le taire dans les mots… Non… Laissons-le partir… Il ne fait que passer : une courte pause — regardez… Faisons-le réduire… On le réduit au silence, on lui coupe son élan… Je vais lui faire ça vite fait… Moi je vais te le taire à gros traits… Je vais lui mettre dans la bouche des mots qui sont des objets… Et moi je vais tout vous raconter… Je sais tout ! Comment je le sais ? Je le suis… Je ne le suis plus moi : je vais le devancer… je vais le rencontrer, je vais le raconter. Je le connais par cœur. C’est par cœur que je le connais. Sur le bout de ses doigts… C’est au bout de ses doigts si je le connais, c’est sur ses mots que je compte… — Mais nous ne voulons pas le rencontrer ! Au contraire nous le fuyons ! Ne nous déroberons-nous pas ? Ne sommes-nous pas ce qui le fuit ?… Jamais je ne me tiendrai sous ses yeux, je ne me tiendrais plus… Ne sommes-nous pas ce qui le regarde : justement ce qu’il ne voit pas ? Notre cause… N’est-ce pas précisément parce qu’il ne la voit pas qu’elle le regarde ?… Oui, c’est cela… Fixons-le, le point noir, avant qu’il ne devine notre constellation… Avant qu’il ne trouve notre nom… Avant qu’il ne nous trouve un nom… Faisons-lui faire une fixette… — Laissez-moi faire…

… il faut être venu à bout de souffle pour tomber là … je vais toucher le bout de mon souffle … je vais reprendre mon bout de souffle …

— Quelle couleur ? — ?? — Quelle couleur c’est ? — … ? — Dis-le… Prends-le, prends… Prends-moi. — … — Tu m’as donné un nom… dis-le… Dis-le moi… — … le… bandeau ? — Le bandeau… Tu es sûr ? Pourquoi tu ne le prends pas ? — je… j’allais… — Pourquoi tu ne le passes pas ? Tu passes, tes regards traînent sur moi. S’accrochent à moi… Tu fais l’étonné ? — … — Me donnant un nom tu m’as donné la parole, tu le sais ? Qu’un nom donne la parole ?… Les noms prennent la parole. En m’appelant tu m’ouvres un droit : de te parler, tu m’as provoquée, c’est toi… Combien m’ont laissée tomber là ? Deux, un ? Ce n’est pas toi ? Par hasard… La dernière fois que j’étais en l’air ce n’était pas toi, déjà ? Qu’est-ce qui te retient ? Qu’est-ce qui te retient là ? Approche… — — Dis-moi… Combien ils sont — tu vois ? Les regards… Combien sont-ils qui m’ont saisie, soulevée de terre du regard ? — je… — M’ont jeté un regard… m’ont jetée là… — ne… — Qu’est-ce qui t’arrête ? C’est ma forme, non ? Dis moi, quelle est ma forme ? Dis que c’est ma forme… ma taille ? Dis-moi — je ne vois pas. Et ma matière… Dis : mon poids ? Que je te dise : je ne sens rien, seulement quand un regard se pose sur moi, passe sur moi, le reste… Je ne te vois pas… Je sens ton regard qui coule, là… Comment tu me vois ? — …

… comme polie… lisse… douce… une forme… de bande… courbée… plate… un cartilage… comme un os… un loup… un bandeau, sale, avec de la terre… du sable… doux, le contour… au toucher… — Encore. — … noire… comme en caoutchouc, mat, noir… un tour de tête… ou d’une bouche, replié… courbé, une courbe, rond, incurvée… — Encore. — … comme un joint, joint caoutchouc… déchiré… aplatie… une déchirure arrondie, un œil… d’un masque… l’air souple… retourné… comme coupé… comme d’une chambre à air… — Une quoi ? — … chambre à air…

05|10

Coureur Distrait | Nuage Bienvenu | Couloir Aérien | Concours Immense

… Ce n’est pas l’endroit ?! Le rétroviseur… Ce n’est pas son endroit !? Pas là, que je tombe sur lui… Pas là qu’il me surprend les autres fois, je suis surpris… Qu’est-ce qu’il fait là ?… — Je vous raconte ? Le coureur… Courons dans ses mots voulez-vous ? Imaginez : je substitue la troisième personne à la première… là : un running au tiers — il vous appartient de refaire le chemin à l’envers… Soyons factuels… comment il s’appelle, il suffit qu’il coure pour être chez lui, même s’il pleut. La pluie alors lui fait un vêtement de pluie… Comment il s’appelle, il voit une cape à la lisière… Comme quelqu’un. Avec la distance. Une inclusion dans la lisière. Il voit comme quelqu’un en tête de lisière, couleur du ciel bas, une forme de cape. Darde l’œil : c’est comme une cape en lisière. Mais c’est la distance. Mais il est distrait, comment il s’appelle, par une ombre sur le chemin, qu’il traverse et oublie. Il est distrait, sans arrêt, il est emporté. Il est tout à la course et à son souffle, à la lecture du terrain : à savoir où il met le prochain pied… Cette attention de chaque instant lui est une distraction… une éperdue distraction dans le temps — une distension ? Est-ce dans sa distraction… Il rentre, alors il pleut, il dit : le temps est avec moi. Il veut dire le temps qu’il fait. C’est depuis le temps l’endroit de la cape, que c’est venu, lui est venu… et que les choses sont à leur endroit, qu’elles ont leur endroit, et que lui là, le coureur, s’assure de ses endroits : en en faisant le tour…

— Reprenons — même dispositif : j’enlève tous ses je et je lui colle des il — à l’endroit du nuage, par exemple : il l’appelle l’endroit du nuage, de là se voit, je vous jure, une cape dans une lisière… Ce sont ses mots… Si je le connais c’est par les mots… Chaque mot qu’il mobilise, qu’il lance, ils finissent tous par me tomber dessus… Il y a des retombées, il y en a des tas, des dépôts de ces apports, volontaires ou anonymes, de ses points d’abondement, ou d’abondance, de ses points noirs, que c’en est une constellation… Tout est bienvenu, il dit : — Bienvenue… C’est chez lui : il suffit qu’il coure pour n’être pas perdu. Il voit quelqu’un en cape pendue en lisière et ça ne l’arrête plus, sa course l’emporte, cette course, c’est à emporter. En tous les cas courir l’emporte. Tout est à prendre ou à laisser : un nuage me rattrape et bientôt me quitte, il dit. En effet — Imaginez le s’avancer, il court, se glisse dans l’ombre d’un nuage : alors immobile jusqu’à ce que l’ombre le quitte. Je le vois suspendu et haletant dans un étirement, sans plus un mouvement le temps que le nuage le quitte… et ne reprendre sa course qu’une fois qu’il l’a quitté…

… Un endroit ? Vous êtes sûrs ? L’endroit de la cape est en lisière ? Ou une simple illusion d’optique… Un endroit du nuage ? L’effet de son imagination débordante, programmatique… Il n’est que le temps qu’il fait… Où cela le mène-t-il ? — Ma respiration… Quelle conduite… Elle est mon couloir aérien… Couloir de vie ! Moi qui croyais l’avoir perdue… Un nuage et je retrouve ma respiration. Comme le ciel : elle est toujours là… Là pour moi… — Ça le reprend… il donne des noms : — Un couloir aérien est un bout de chemin respiré… Je comprends maintenant seulement à quel point je suis engagé dans ce couloir : au bout il y a le souffle… — Et le bout de souffle… L’endroit du bout de souffle comme il l’appelle, est un morceau de chambre à air, qu’on dirait un bandeau pris dans la terre, il dit : — Je ne me pense plus qu’à bout de souffle, le corps tout entier mobilisé rien que pour un bout de souffle, rien qu’encore un bout, à bout de souffle encore et rien qu’encore un bout de chemin, le souffle court toujours… Que je parte à courir et les mots s’y mettent et comme l’air me prennent, comme le dehors me prend, me prennent l’air… — Le bout de souffle, son endroit ? Il y a beau temps qu’il ne l’arrête plus : il court, lui court avec lui… voit dans une lisière une cape et sitôt dit : une cape… la course l’emporte et sans arrêt distrait ici et là sous lui par une ombre qui n’est pas la sienne en passant… la passe en approchant le bois et l’effet cape de la distance pour que longeant le bois la cape s’envole et puis rien… ou le ciel dans les branches et plus question de cape sinon cette ombre passée en pleine lumière à l’endroit du nuage à son tour passé où — rappelez-vous — un nuage le prend… ou lui le prend qui vient de passer l’ombre du chemin à ne pas savoir si l’ombre est imprégnée dans la terre du chemin ou sombre nuage flottant au ras et le couvrant en entier… lui oubliant aussitôt et comment il s’appelle et l’étendue d’une ombre que rien ne produit… distrait en chemin et à son tour de l’ombre de rencontre par le bout de souffle comme il l’appelle tout aplati quasi enterré là dans la flaque asséchée du chemin qui n’en est qu’une à cet endroit… ce même endroit où dans la toujours plus grande distraction — il a tellement besoin de temps pour lui, ne pas y être, n’y être pour personne — il se lâche… Écoutez ça :

… je veux me diffuser en l’air … parce que le son … qui est un phénomène aérien … que le son va plus vite que la pensée … la propagation du son … je veux me libérer en l’air qui va plus vite … aller plus vite que moi … courir en l’air … diffuse le son … la vitesse du son … les mots sonores … le son des mots … comme ils sonnent … résonnent … n’est pas la même pensée … le son des mots donnent les idées … la résonance des mots … génère les idées … ensemence l’air … les idées en l’air … les idées sonores … me libérer … libère les idées … je veux me soulager par le soulagement de l’air … avec le concours immense de l’air … l’air est un soulagement … un soulagement tel … aller par les mouvements de l’air … le soulagement est immense … les mots sont des mouvements de l’air … me libérer dans l’air … me libérer par la bouche … m’articuler à l’air … me dessiner en l’air … par la bouche de l’air … la bouche d’air … la bouche d’aération … m’aérer … je veux mon aération … être de l’air … courant d’air … expiré … que ma pensée expire en l’air … épuiser ma pensée en l’air … ne plus penser qu’en l’air … laisser fuir … mon aérosolution … me fait mots en l’air … je suis tout un mouvement de pensée en l’air …

04|10

Je suis entourée de monstres… C’est arrivé avec la nuit ou du ciel… complètement retombé. Le jour se fait là-dessus. Je sors un pied… Ils sont là… cois. Ne bougent pas. Ils se tiennent cois. De tailles, de volumes, d’aspects divers. Les caractères variés. Physionomies… Rien ne bouge. Remue le petit doigt, je me dis : Anatomies… Rien. Je jette un œil… Pas un bruit. La rumeur routière seulement, tient lieu de silence. Les monstres… un peu tassés, de travers, renversés… m’environnent, se pressent autour. On dirait comme toute une vie déversée là, dans le sommeil de ces choses. Ma vie entourée de monstres… — Alors je suis en vie… Encore cette fois… Rangement, living, convertible, éventrement, carcasse, machine à laver… C’est toujours ça… Mais il y en a de tout petits aussi, non seulement petit électro-ménager mais… un peu tordus, à l’envers : retournés… Un mot n’y suffirait pas : à dire ce que c’est. Un épouvantail ne s’y retrouverait pas. Imaginez… Le plein des curiosités. Nouvelles arrivées et leurs nouvelles venues : A I R S U P P L Y, je lis, car je sais lire, tout se lit, tout le monde, les monstres entre eux se lisent, se dévisagent, se défigurent… Sagement. Ainsi je suis confirmée dans mon allégation : tout ça est arrivé en l’air. Le fragment déroulé de tissu noir est froissé et imprimé et à l’endroit de ses trois participes passés les caractères se déchiffrent et dans les faits ça fait des mots, je peux donc dire que c’est écrit — je traduis : approvisionnement aérien et m’en étonne — pour du matériau d’isolation de toiture car je m’y connais — mais pas plus que ça, depuis le temps… Je lis, je suis, encore, avec un doigt — car il y a encore un doigt, ou, non… un DooWap emballage individuel aux pépites de… oh c’est petit petit, je ne lis pas la suite, j’ouvre l’œil, le mauvais, le décomposé — le dernier. Imaginez le petit coin de nature : le dépôt sauvage est sage, complètement retombé… Imaginez… Imaginez encore l’aspect d’une toiture emportée, rien à sa place : écrans d’habillage de sous-toiture, pannes, lattis ou liteaux et voliges, lambris de sous-face de toit et le désordre est complet : un de ces crashes aériens comme il y en a — ne tombent même pas de haut… Je fais ça chez moi ? Est-ce que je me crois chez moi ? Est-ce qu’il n’y a pas un peu trop d’aise là, de ma part ? Je ne prends pas un peu trop mes aises dans les monstres ? Et ça ne se voit pas ?? Làà… Les monstres me regardent…

03|10

Grand Véhicule | Combles Aménageables | Dépôt Sauvage

Quelle conduite ma respiration… Je ne me détache pas de la respiration. Partout où je vais, je ne m’en sépare jamais. Quelle inspiratrice… Et grand véhicule… Ma respiration me conduit dans des endroits qui sont eux-mêmes des respirations. Endroits de respiration qui sont des carrefours de respirations : au carrefour des respirations, et encore, car ce n’est jamais tout, aux confins… Ici, confins des respirations et de ça, là, genre : Vous faites ça chez vous ? Ma respiration — Ma respiration me suit partout… ne se détache pas de moi. Qu’est-ce qui m’amène ? C’est encore elle. Je la trouve partout, et partout ailleurs. Je ne sais pas vous mais… J’ai l’impression que ma respiration me devance, m’attend, elle m’aspire… Toujours là… Ma respiration me conduit dehors : ma respiration m’appelle en l’air : je réponds à tous ses appels — je prends une respiration d’appel, quel cabot… Mais quoi ? Quand je cours, tout concourt… Là un dépôt sauvage… Et c’est encore ça : un dépôt de respirations.

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Il joue avec les mots. Inconscient… Il croit qu’il joue avec les mots. Il croit qu’il sait à quoi s’en tenir, avec les mots. Quel coureur… — Je cours autant que je peux, avec le temps, ce n’est plus courir. C’est un rendez-vous, respirer. Quel grand bain… Je cours ça, la naissance, cette détresse, de chaque jour, le dehors, le pénétrer. L’activation de ma respiration avive mon imagination… Par exemple : pour respirer, pour vivre, pour le cadre de vie — j’imagine quelqu’un, un particulier — quelqu’un a effectué… ou quelqu’un s’est rendu l’auteur, je veux dire, coupable d’un dépôt, illégal mais la cause est juste : rénovation du cadre de vie. Quelqu’un pour un trou dans le toit, un velux, abattre une cloison, a fait le vide dans la maison, de l’espace, le ménage, débarrassé, sans déclaration de travaux ni permis et sous peine de poursuite, a lâché là du lest… Pour vivre, quoi… Moi, mes yeux tombent là-dessus… Et je suis… comment y échapper… J’imagine l’énergie qui s’est employée là, et l’oxygène de l’air, brûlé, les expirations dans l’air avec l’effort, combien ? Combien de mains pour se donner de la respiration, de l’air, de l’espace, de la lumière… un peu de légèreté ? — Le branleur… Je vais te l’enlever… Je vais te me le noircir à défaut, à gros trait… Mon sujet respiration — Je veux te respirer…

02|10

Cœur Tombé | Libre Circulation | Bois Transparents | Élan Entier

… Comment j’aborde ma vie ? Comment aborder ma vie ? Il demande… Il répond tout seul, souffle, dit : — Par les alentours… les environs… Si vous le permettez, il lance, je vais me contenter des environs, de ma vie, je vais rester dans les environs, courir là, je vais juste être dans le coin, si vous me cherchez, je suis dans le coin, ne cherchez pas… Mais ne me demandez pas d’être au cœur de ma vie… Est-ce que vous avez vu le trampoline, là-bas ? — Comment a-t-il vu ça : le trampoline est dans les ronces depuis combien de mois, personne ne va là, ou les chiens des chasseurs, il y est tombé de tellement haut qu’il s’est aplati là, tapis, là, et les arceaux de son armature, oui, c’est vrai, les tubulures, la peinture rouge… il a vu vrai, d’un certain point de vue, comment l’a-t-il trouvé ? l’ensemble a la forme, en dessiné, en démantibulé d’un cœur… — Vous avez vu la forme, l’air qu’il a ? Alors vous voyez… vous voyez ce que je veux dire…

Il court… C’est juste quelqu’un qui court… Il s’en tient là… Au bord, au milieu du chemin — c’est par ce chemin qu’il vient, toujours le même, sans savoir — entre deux étirements, deux inspirations, lâchant : — Comment j’aborde tout ça : en courant autour… — Il appelle ça running… En courant par ici vous ne faîtes que longer, toujours longer : des clôtures, des haies, les murs, des propriétés, et des emprises, les bordures, les équipements, pour le désenclavement, et la circulation, des biens, des personnes, la libre circulation, l’égalité des chances par les autoroutes de tout, par les antennes-relais dans leurs enclos, leurs formes d’arbres… d’accord j’arrête… Ça n’arrête pas… Je vais encore le noircir… Il appelle ça running. Moi edging… Comment je vais le colorier… Comment je vais mot à mot tout lui changer, les noms, tout remplacer, lui substituer une autre vie, d’autres noms, et usages : il changera de couleur, je vais le faire virer… Attendez : je vais le noircir un peu plus… Comment je vais le noircir… Comment je vais le retourner…

L’appel de l’air se fait sentir aussi dans la transparence accrue des bois l’hiver. Vite les lisières n’y suffisent plus et il s’agit de passer le manteau plumeux, le manteau de clartés, des clématites. Il n’y tient qu’à quelques enjambées, oui, il ne tient qu’à un bond, à deux pas, qu’à quelques foulées encore de faire comme le jour et traverser le bois tant longé, une fois, de part en part… — Ça le prend comme ça, c’est comme le dehors le prend : il parle quand il court, il ne sait plus s’arrêter de parler… — … Transparence grise des bois … transparence gris-des-bois … tous les gris … gris des diverses couleurs … gris des dernières couleurs … gris découvrant les nids … les nids vides des bois nus… Cette transparence, par où se dessinent avec les mille branches des nids vides comme tout et les populations entières d’oiseaux, l’oiseau rare, il la faut pénétrer et courir, courir la transparence de l’air et encore, courir d’un bois dans l’autre, bois des remises, joindre les deux bois et l’un après l’autre, un jour un bois, tout un programme de reboisement des jours jusqu’à boucler ma liaison douce, ceinture boisée de remise en remise et de loin en loin, saut après saut tout autour, faire le grand tour, grand contournement des habitations, et des occupations — de l’activité…

C’est l’élan s’il est là… Comment je le sais ? Est-ce que je m’y connais ? À quel point je le sais, tout ça, de lui ? Quel titre ? De cette position qu’il tient, en courant, de cette tenue qu’il porte, on pourrait dire comme n’importe quel coureur, et même s’il a sa foulée propre, son rebond… son rebondissement… Il le porte sur lui qu’il me cherche et qu’il est à moi, entièrement… S’il le sait ? Ce qu’il ferait s’il le savait ? On ne le reconnaîtrait pas. On ne le connaîtrait plus. Il serait méconnaissable, voilà. Voilà ce qu’il serait : définitivement perdu.

… C’est depuis le temps… Parce que je suis perdue pour lui, j’ai tout le temps. J’ai tout mon temps, de le voir venir, tous les jours, l’hiver est là, c’est par transparence qu’il est là, approchant, c’est transparent sur lui, qu’il vient à moi, qu’il ne sait pas qu’il m’appartient. Exerçant sa liberté d’aller et venir, de dessiner des cercles, cherchant et trouvant sa respiration partout : une respiration, il dit… C’est depuis le temps que je le sais…