La pêche en terrains privés

Séquence 8|12 de NOT et DEAD

Poursuivis par la clameur publique (parquée). 

Le travelling cependant glisse également sur les plantations, les arbustes, un carré potager : les piquets à tomates ou rames à petits pois. C’est irrésistible. Et en une rangée le long de la ligne des écrans (pin ? teck ? châtaignier ?), continu, le mouvement parallèle insistant en deçà de la, de toute clôture : de ce côté-ci de l’image — le nôtre ? 

Double réception sur le sol du jardin voisin (le nôtre ?) : DEAD et NOT font leur réapparition par-dessus les panneaux occultants d’où ils se laissent retomber, rebondir sur le gazon — le vert clôture du gazon. Tout s’enchaîne. DEAD pris d’une rage de rire. Une porte ouverte : la porte de derrière, du garage, de la buanderie est ouverte, invitation au voyage, DEAD — « C’est nous ! On est tout droit ! » Rires — Leurs rires les propulsent. DEAD et NOT se gargarisent de rire. C’est irrésistible, à peine réapparus, resurgis qu’ils disparaissent l’un comme l’autre, l’un dans la foulée de l’autre, par la porte, dans le pavillon. Engouffrés, appel d’air ou de l’ombre, le pavillon les avalent, dedans ça rit, ça lance du « On passe tout droit, bonjour Madame ! » 

— « Hé ! Vous êtes chez moi ! » Laurier rose, en pot, salon de jardin en fer peint en bleu et photophore, terrasse et la porte-fenêtre ouverte donne sur l’intérieur, le séjour, la télévision allumée, 13h, la table haute, les tabourets de bar pivotants design noirs But, NOT — « Mais non on est pas chez toi ! » 

Maintenant qu’ils ont commencé à répondre, voilà qu’ils répondent à tort et à travers — ils vont tout droit et à travers. Les vannes sont ouvertes. — « C’est ma maison ! » 

C’est quoi ce « nous » : « c’est nous », « est à nous » ? Est-ce NOT DEAD seulement ? (Bulldozer) À belles enjambées, enjambant les propriétés, c’est quelle (Panzer) machine ? Quel en est le rouage ? C’est quoi cet engrenage ? Cette escalade — dans l’horizontal, l’étal ? 

DEAD — « Je vais te dire un truc : ta maison, elle est en zone inondable. » 

Sans argument ? Reste l’imagination. Alors le coup de bluff. Improvisation. L’improvisation est totale. La jouissance de l’imagination. On ne sort plus de la pataugeoire. La pêche à la truite en France. Ça prend ! NOT — « Exact ! Moi j’ai pêché ici… Des poissons qui faisaient dix livres ! » 

Ça prend. Voilà qu’elle doute. La (victime) prise se penche. Entend-on une sirène ? DEAD — « Mets ton oreille là… » 

DEAD va la prendre par l’épaule… Il y a contact ou quoi ? Contrainte ? Ombres chinoises. On — nous — rêve ou ça va vite ? Poste de télé, écran allumé, témoin. C’est nous ou ils la mettent à quatre pattes ? Ou ils accompagnent son agenouillement. La courbent, l’abaissent ou lui baissent la tête ou la lui tournent, la prosternent, la femme seule — ils sont deux — la font se mettre à quatre pattes sur son plancher, toucher le sol : « là », c’est le sol — quoi ? NOT, DEAD a un mouvement, des geste qui l’accompagnent dans le mouvement de se baisser pour — c’est pour (lui faire) tendre l’oreille. 

— « Mais j’entends rien ! » DEAD — « Mets ton oreille là… » 

Violence ? Manœuvre, menace, contrainte ? Violation de domicile d’abord. Sirènes ? Violence psychologique. Désigne des paroles ou des gestes qui ont pour but de déstabiliser l’autre, le soumettre de façon à garder une position de supériorité, il lui produit sa crédulité. DEAD lui met le nez dessus. La menace de l’eau… 

Tu entends l’eau. Tu n’arrêtes pas l’eau, ne s’arrête pas. S’engouffre. La peur de l’eau dans la maison. Elle met tout à niveau, l’eau, c’est le nivellement. Elle monte, la menace du nivellement par le bas : elle commence en bas, baisse ta tête, tu n’entends pas ? L’eau couler, ça coule, tu n’entends pas couler, tu t’entends quand tu dis : « c’est ma maison » ? Sombrer quand tu dis : « chez moi », tu ne le vois pas : le naufrage ? L’ampleur de la catastrophe, tu l’imagines : la rivière sous ton plancher qui court, le vide sanitaire, le parquet flottant ? Te croyais-tu sur l’arche ? Mais tu as construit, as fait construire, tu accèdes à la propriété dans des marais : « ta maison est à la banque », des marécages, Paludes. La menace de l’eau… 

« Si t’écoutes bien : si t’écoutes bien — approche-toi, approche-toi — t’entends la rivière… » NOT — « Fous le camp… fous le camp ! » : NOT, DEAD laisse la femme là : dans son intérieur ; écouter. Ça s’appelle : déguerpir. Cela s’appelle : une (la) fuite. 

Voie de fait. Voie d’eau. 

Porte-fenêtre (une autre) ouverte, re-foulées du gazon d’où rejoindre le hors-champ (gauche). Ils quittent l’image. Ils n’en reviennent pas de leur légende. « Ha ha ! Elle écoute la rivière ». Ils n’y reviendront pas.


Les séquences de NOT et DEAD sont écrites à la suite du visionnage du film Le Grand Soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel.

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