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Dernier des 10 épisodes Christophe Testard répondant à la proposition L’inconnu de soi-même de François Bon Tiers Livre Atelier d’hiver 2018


La découverte est macabre en sortie d’Agglo en haut de la côte de Verberie (Oise). Le corps d’une femme a été retrouvé en partie brûlé dans une voiture stationnée à l’abri des regards, dans un chemin de terre surplombant le stand de tir du bois. C’est un jogger qui, vers midi, a été intrigué par la présence du véhicule. Il constate en s’approchant que les vitres de l’automobile sont toutes noircies. Ce qui était dû à un incendie provoqué à l’intérieur du véhicule. L’incendie aurait été volontairement allumé. Les sièges et les garnitures en plastique se sont consumés, mais l’habitacle de l’Audi A3 ne s’est pas transformé en brasier pour autant. La victime a été identifiée. Il s’agit d’une oisienne de 54 ans demeurant dans la commune. Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances du drame.

Le cadavre d’une femme dans une voiture brûlée | Le cadavre brûlé d’une femme dans une voiture | Le cadavre d’une femme brûlée découvert hier dans une voiture sur un chemin au dessus de Verberie (Oise) vient de livrer ses secrets. Les résultats de l’autopsie du corps en partie brûlé font état d’une mort par asphyxie. Aucune blessure, trace de coup ou de brutalité n’ayant été relevée sur le corps de la victime, la thèse du suicide est confortée. La victime, âgée de 54 ans, était originaire de Verberie et vivait dans l’Agglo. Le véhicule a été enlevé pour expertise — Il laisse dans le chemin une auréole noire…

… La résolution qui s’est emparée de toi te fait quitter la départementale. De là te conduit au bout du chemin à l’abri des regards. Le chemin que toi et moi connaissons… Pour une fois la chaîne qui barre l’accès véhicule au chemin est arrachée. Tu arrêtes l’auto à l’aplomb du stand de tir. Contact coupé. Tu retires la clé, tu la fais tomber à l’arrière… Le chemin de nos longues marches. Le chemin le long du bois. Le GR au dessus du Longmont… Tu te baisses, tu étends le bras et prends la bouteille. Le mouvement tire sur la ceinture, mais tu ne déboucles pas ta ceinture de sécurité… C’est une bouteille en plastique d’un litre de contenance. Tu l’ouvres, le scellé cède. Tu t’en asperges. Le parfum envahit immédiatement l’habitacle. Tu laisses couler enfin, tu es trempée. Ça te prend deux secondes. Alors tout vient en même temps : c’est dans ce désordre ou cet enchaînement que tu inhales de l’Oise Spirit et l’allumes. Tu cries. Tu pousses les cris que tu connais, puis les cris que tu ne connais pas. Moi non plus, je ne t’ai jamais entendue crier. Tu restes assise. Tes mains ont empoigné le volant…

… Ton corps est carbonisé en surface seulement. Ton visage ne se reconnaît plus… noir… Tu as perdu ton visage. Du haut de tes cuisses jusqu’à lui, le vêtement, la ceinture sont fondus sur ton corps… Sur le devant de ton corps peau et vêtement ne font qu’une. Ce que l’incendie de toi a consumé, a consommé entièrement, c’est ton oxygène : tout l’oxygène contenu dans ton auto. Tu es asphyxiée avant que les fumées noires ne rendent l’habitacle complètement opaque, à ne même plus voir de flammes — comme dans l’insert dont on n’a pas nettoyé la vitre, après plusieurs feux… Tu savais que les matières plastiques contenues dans une automobile peuvent générer des fumées toxiques à un rythme de 20 à 30 mètres cubes par seconde ? Cela est sans parler du liquide inflammable que tu as inhalé jusqu’à la somnolence, au coma peut-être. Étais-tu inconsciente d’abord avant d’être asphyxiée ? L’incendie s’est-il propagé dans les voies respiratoires, jusque dans tes poumons ? L’inconscience en toi — a égalé la résolution — était-ce par le manque d’oxygène ou l’excès du solvant ? Toutes vitres closes, le manque d’oxygène provoque et l’asphyxie et l’étouffement du feu. Double effet. Le départ volontaire de feu | L’incendie d’origine personnelle s’éteint de lui-même. La situation s’étouffe d’elle-même : de ses propres fumées. Ton habitacle ne se transforme pas en brasier, dérogeant aux fantasmes de voitures brûlées — Que ne laisse accroire le tissu des fantasmes ? Tu n’as brisé aucune vitre il est vrai. Le feu de lui-même s’est maîtrisé. Toi, tu as continué un petit peu de brûler à feu couvant après ta mort. À petit feu, finalement. Sage comme une image.

… Tu ne sens rien ?… Un fait divers te regarde… Te sais-tu regardé ? Toi, tu crois que c’est toi, qui regardes… C’est toujours toi : celui qui porte le regard c’est toi… Imagine : ça te regarde encore plus que toi : ça te regarde plus que tu ne crois. Que tu n’as jamais su. Cela, non seulement, en général, te regarde… Mais cela te regarde en particulier : en détails… En entier : toi… ou disons quelqu’un comme toi ? Un homme comme toi ? — Non… Ne te le disons pas… Car s’il s’agissait de mon fait divers seulement : de mon cas personnel, mais non… Nous dirons que c’est plutôt : comment tu l’as arrangé toi : comment tu l’as trafiqué, maquillé… N’est-ce pas ? Mon déguisement en suicide ? Produit de l’imagination ? — Regarde encore comment tu m’as arrangée… Quels combles m’aménageras-tu encore ?

Je passe en lisière. Définitif. Tout un programme. Je passe dans les environs de personne… … C’est un endroit où je ne vois personne. On n’y voit personne… Un chevreuil, oui. Un renard oui. Un chien une fois ou deux. Une banquette. Deux fauteuils. Une télé, oui et une roue calcinée. Des encombrants, déchets de taille de haie, barquettes de kebab cartons de pizza, canettes, mouchoirs, lingettes, merde humaine… oui. Un cutter, un rétro, même un verre à pied : il n’y a rien à voir là. Quant à y voir quelqu’un… C’est quelque chose qui n’arrive pas… … L’absence de visage saute aux yeux. Le regard subtilisé, le tissu intégral. Le loisir est total. D’être sans visage corps tramé, sa tête est de même texture mêmes motifs que toutes variétés et espèces de la lisière mêlées. Un frisson passe également sur tout… … Un même froid passe sur tout. Tout ce qui me regarde est là : tout le perdu et jeté, tout ce long abandon le long du bois, marge et coulisse humaine, l’homme invisible, mêlé à sa lisière, milieu transitionnel, à son écotone. Cela touche à ma fin. Je n’y suis pour personne… … Je passe côté désinhibiteurs. Je passe tissu de fantasmes. Je frissonne de partout… … Je ne veux plus que me cacher. Je voudrais entrer en terre. Je pourrais m’enterrer en l’air… Je passe lisière | Ma résolution en lisière | Ma solution… Personne ne viendra me trouver là… ne viendra plus… personne…

Je le laisse là. Je vais le laisser là, croire. Je le laisse à son intrigue, à son secret. Je vous le laisse… Nous, nous avons notre conspiration. Continuons de lui faire croire qu’il s’agit de sa vie. Laissons-le croire qu’il en va de sa vie : que s’y joue sa vie. Notre jouet. Oui. Laissons-le croire à sa vie, il ne me trouvera pas… Il ne sait pas que c’est moi. Il ne me trouvera jamais là. Laissons-lui croire que c’est la fin. Laissons-le croire à la fin. Il se perdra en elle sans l’avoir trouvée… Il regarde l’Oise : y voit sa vie. Faisons-lui croire qu’il y a sa vie — qu’il a toute une vie à refaire. Laissons-le à ces faits divers, nous y avons bien aussi notre part… Moi je le laisse à ses lisières si cela l’enchante… L’enchantement, n’y suis-je pas pour quelque chose ? Ne l’avons-nous pas enchanté nous-mêmes ? Qu’il se croie rattrapé soudain par sa vie : s’y trouve, croie pris… C’est OK… Gardons-le seulement en vie. Notre animation… N’est-elle pas de lui ? Il se raconte des histoires avec nous. Comme nous fonctionnons bien, ensemble, et comme nous l’enlevons… Comme nous l’enlevons nous le recelons… Je vais le laisser croire : qu’il y comprend quelque chose — et même : qu’il en a saisi quelque chose : et qu’il le tient là : qu’il en approche et même qu’il s’approche — là : en ce moment-même… Nous le faisons marcher ? Voyez en lisière comme encore il court… Courir… laissons-le voulez-vous ? Faisons-le maintenant là, comme il sent qu’il s’appelle, est appelé, et sous quelque nom qu’il porte, ou se donne, et s’il nous plaît dans un mot, ou dans un souffle, bout de souffle, le coureur, ou en deux petits mots, en forme de deux doigts tout noirs, en noir comme un mot, dernier mot, et en son nom, le tracasseur, dans un dernier souffle, le mot de la fin, en un mot comme en un bout de souffle noir, expirer, ffuit, évanoui, et signer :

Regard Perdu | Bon Endroit | Bouche Ouverte | Figure Humaine | Cœur Tombé | Libre Circulation | Bois Transparents | Élan Entier | Grand Véhicule | Combles Aménageables | Dépôt Sauvage | Nouvelle Venue | Coureur Distrait | Nuage Bienvenu | Couloir Aérien | Concours Immense | Souffle Coupé | Nôtre Cause | Quelle Couleur | Bandeau Sale | Sujet Santé | Ensemble Enlèvement | Grande Substitution | Respiration Cutanée | Bouche Embrassée | Noir Vêtu | Lieux Dits | Bons Débuts | Grise Métallisée | Maison Oubliée | Extérieur Latéral | Nulle Part | Condition Automobile | Sandwich Temporel | Macabre Découverte | Voiture Brûlée | Oise Spirit | Fumées Noires | Fait Divers | Corps Tramé | Derniers Mots | Christophe Testard

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