09|10

Grise Métallisée | Maison Oubliée | Extérieur Latéral | Nulle Part | Condition Automobile | Sandwich Temporel

… La portière ? Est-ce qu’il l’ouvre ? Le véhicule : Audi A3 année 2003. Grise métallisée. — Est-ce que ça le regarde ? Ça lui tombe dessus… Appeler les secours ? Alerter ? — Ouvrir la porte ? Il mets la main… Merde… c’est tiède… sur le toit : — C’est quoi une auto chaude comme ça ? Et c’est comme noirci aussi autour des portières et des passages de roues et quand je passe le doigt, le doigt est noir, euh, qu’est-ce que je fais ?… Un véhicule suspect… je passe ? Est-ce que je fais comme si je n’avais rien vu ?… Je fais quoi là ? On ne voit strictement rien. On ne voit pas à l’intérieur… Il se tient du côté conducteur… Le pare-brise aussi est complètement opaque… Il fait le tour du véhicule… La peinture de l’aile avant droite est toute griffée… Le rétro latéral a été arraché semble-t-il côté passager… — Ça ne fait pas exactement comme du verre fumé ou des vitres surteintées : c’est autre chose… Je pense : Films teintés | Films covering | Films à la découpe | Nos solutions films… Je me penche sur la lunette arrière : je ne vois que moi. J’arrive par derrière… C’est là que je prends une odeur comme de plastique brûlé… Odeur de menace… Et alors il y a une odeur qui ne trompe pas, mais de quoi ?… Le stationnement menaçant… Statique… Une auto attend…— Je garde l’air de rien enfin je crois… Qu’est-ce qu’il fait ? C’est en travers de son chemin… C’est sur son parcours quotidien… Une auto stationnée là-bas. Une auto qui ne bouge pas… — Je m’approche… J’approche, à mon rythme… Il approche…

… Tu me feras croire que tu m’as oubliée ? Et comment tu m’as traitée ? Ça t’est tombé dans l’oubli aussi ? — Est-ce que tu peux encore ramoner ton conduit de cheminée ? Allumer un feu dans l’insert, à la maison ? Ne serait-ce qu’entrer dans la maison quand le feu y brûle… Un bon feu de cheminée après un bon run, en hiver… Bien sûr tu n’as pas de réponse — et tu ne m’entends pas : tu m’as oubliée comme ça… comme ça se trouve… en l’air… dans le temps… C’est dans le même temps : tu me cherches et m’oublies… Mais tu es incroyable ! Ta vie est d’une incroyable distraction… inconcevable… — Je ne te parle même pas de monter sur le toit mais… Mais prendre des escaliers ? Te retrouver sous ton toit ? Dans les combles — qu’on n’a jamais aménagés… Tu as pu, depuis ? Est-ce que tu ne vois pas… est-ce qu’il ne te… Est-ce qu’il ne reste pas du noir un peu partout encore ?… Tu as quitté la maison ? Mais alors — Tu as refait ta vie ? Qu’est-ce que tu fais chez toi ? Tu en parles, à quelqu’un ? Tu ne te sens plus concerné ? Tu ne te sens pas regardé ? Est-ce que tu peux encore entrer chez toi — n’importe lequel — sans que ça te prenne à la gorge… ce genre de détail… — Est-ce que ça ne te regarde pas ? Est-ce que je ne te regarde pas, là ?

L’appel de l’air alertement se fait sentir du coureur dans la transparence que montrent les bois l’hiver. Le chemin, les lisières alors le laissent sur sa faim : il semble qu’il leur faille à tous quelque chose de plus d’ampleur, et de profondeur… aller voir plus loin : dedans — Voilà qu’il entre… c’est une erreur… Parce que ça se passe juste là, pour lui, et comme sous ses pieds. Erreur de taille… d’un rétroviseur précisément : un rétroviseur extérieur latéral d’automobile. N’est-ce pas sa place ? Où est le problème ? Ce n’est pas un endroit ? — … Ce n’est pas l’endroit du rétroviseur ?? Stoppé net : coupé net là dans son élan, comment il s’appelle, du rétro il ne reste que la coque, la coque est vide. Ébréchée, un fond de flaque, débris de feuilles, faines, glands, l’humus en formation dedans, se fondant au noir intérieur de la coque plastique. Et posé sur le lierre terrestre comme venant d’atterrir là, il n’est plus à son ancienne place : à l’endroit du rétroviseur… Il n’est pas face contre terre — quelle face, un rétroviseur ? Il a perdu la glace. C’est son côté arraché… Il est comme ça de côté contre terre comme il est atterri, comment il s’appelle, il va y mettre la main — se ravise… — Combien de mains un rétroviseur ? Il suppose un accrochage et puis ? Combien de prises en main ? Combien pour l’avoir pris en main pour le balancer plus loin après avoir fait le bout de chemin que cela prend : peser le pour et le contre ? La pièce détachée… d’où provient-elle ? De quel véhicule ? — Quel fait divers ? — À quel véhicule appartient-elle ? Quel enchaînement ? Et combien de mains comme une mauvaise idée l’ont abandonnée plus loin combien de fois, rejetée ou simplement reposée dans la lisière… Dans la lisière ou tout vient finir… se dégonfler… crever…

Fléau des communes rurales | L’accroissement des décharges sauvages | Les dépôts sauvages en Oise Pays de France | Le circuit Décharges Sauvages en Oise Pays de France Porte de France — Parc d’attraction terrestre | Hauts-lieux du dépôt sauvage | Aujourd’hui le haut de la côte de Verberie | Retrouvez tous les points d’apport personnel anonyme | … Environ 500 m après que vous aurez franchi par le pont de la D932A la LGV Nord, se profile une première épingle où s’amorce la descente en lacets vers le bourg… Déportez votre véhicule de l’un comme de l’autre des bords de la route à l’endroit où ils s’évasent en deux aires de dégagement en terres-pleins assez profondes — c’est exactement ce que vous appellerez : nulle part. Notez que vous ne trouverez sur place ni parcours santé, ni sentier ni panneau d’interprétation, ni poste d’observation. À l’instar des nombreux sites du réseau le dépotoir à ciel ouvert de Verberie ne vous est pas indiqué.

… L’auto pousse dans ces espèces d’impasse, retranchements en soi-même. C’est là qu’elle pousse et prolifère. C’est la condition automobile. L’automobile plonge dans la nature… — Il n’y a qu’elle pour vous plonger comme ça… Toute auto est une publicité pour l’automobile. L’automobilisation est complète : totale, elle est intégrale. Et fatale. Toute la publicité pour l’évasion automobile conduit dans cette impasse, est un enfermement. Est un plongeon. Est ce ferment. Il y a de l’irrémédiable dans toute conduite automobile. Chacun approche en auto son moment de publicité — sinon de vérité. Et à chacun sa chacune : l’automobile vous enlève… — C’est la condition automobile. L’oisienne, la désespérée. Rien pour plonger comme elle fait… Les gestes désespérés s’enchaînent, s’additionnent : en haute résolution la fuite de la vie : la fuite de l’enfermement dans sa vie : l’évasion dans la nature — ou dans un chemin reculé à l’abri des regards : ce petit coin de cachette, là, sa manœuvre malheureuse dans le bois riverain… Un rétroviseur arraché contre le tronc, mince, d’un bouleau ou d’un noisetier en reculant dans le bois là où : elle croyait deviner une entrée dans le bois, elle perd son dernier soupçon de visibilité côté passager, elle a cru qu’elle avait la place, qu’il y avait la place de l’auto, elle abandonne, à 54 ans et des poussières, à 23 heures et quelques, elle se rebraque dans le chemin… Plus : la fermeture de l’habitacle. Sa condamnation centralisée et la clôture de l’habitacle. Et l’isolation, sonore, thermique, relative, de l’habitacle. L’étanchéité de l’habitacle de l’auto, une Audi A3 grise métallisée année 2003.

… Il se peut qu’un afflux soudain de regard étranger… Point d’interrogation. Un véhicule venant dans un sens, un autre dans l’autre, s’avançant… point de salut, précipitent son entrée dans la lisière. La lisière qui se longe en suivant le chemin. La prise visuelle en tenaille peut-être… ou cela est trop fort : la prise en sandwich temporel se traduit par sa déroute instantanée dans la lisière, sa fuite à l’endroit même où, comment il s’appelle… — Ce n’est pas l’endroit du rétroviseur !?… Une espèce du mimétisme le retient là, un point de côté pour point d’accueil, le cœur lui a fait un bond… La soustraction lui est une évidence soudain : il se soustrait comme on se rend à l’évidence, et la prise est instantanée, cela soudain est clair sous la clématite d’hiver : — Voilà comment je l’ai… Voilà comment elle est perdue… C’est là… C’est alors qu’elle est perdue : l’assistance | Mon assistance | Assistance respiratoire | Mon assistante | Ton aide | Ta compagnie | La compagne de ma vie | La connerie de ma vie | Ma respiration | Passion | Mon drame si ça se trouve… Ma vie ! Mais je la perds là !… C’est là que les circonstances affluent…

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