08|10

Bouche Embrassée | Noir Vêtu | Lieux Dits | Bons Débuts

… il me vient une voix qui me parle… il me vient une parole, ouvrant ma bouche, me vient une parole qui m’ouvre la bouche, me force… elle me prend la bouche… et parle : parle à ma respiration, et c’est moi : qui parle à ma respiration — je respire par la bouche en courant… là une parole vient… une voix me vient… embrasser la bouche, m’embrasse… ma respiration me parle, se colle à ma bouche, la respiration m’ouvre la bouche, et grand la bouche, elle parle en moi : elle parle dans ma bouche : parle pour moi, ma parole… se glisse, m’entre par la bouche, elle prend toute la bouche, sa langue : c’est ma prise de parole : la parole me prend : sa langue est dans ma bouche, j’ai la bouche grande ouverte, je ne peux tenir sa langue, qui roule… elle me roule une parole dans la bouche et même, elle fait les propositions à ma place, elle me tourne, elle me formule des propositions, des postulats dans la bouche…

Mon diagnostic — Je détecte une raréfaction, un manque de monde… Le manque en monde est transparent sur lui, mon sujet, dans son comportement et sa tenue la formation de lacunes. Tout de noir vêtu comme revêtu, comme par une involontaire manifestation de sa furtivité, et comme furetant en effet sitôt que les zones de mutualité ou réciprocité des regards sont dépassées. Ce qu’il lui reste de regard il ne le porte à personne, aux objets au sol seulement, quand il ne l’a pas en l’air non comme un oiseau, un merle, a son bec en l’air : plutôt comme les phrases ont leur bouche — doit-on dire leur embouchure ou leurs débouchés ? — en l’air… Son regard est comme lui : simple soulignement mais de quoi — l’ombre portée de quoi ? Entrant dans la lisière de laquelle guère plus loin il ressort, comme en pratique d’une espèce de couture — un faufilage au point devant, imaginez… Du monde vous verrez bien à force qu’il n’a que l’air… Là est sa zone de confidentialité, où il a l’habitude de se lâcher, où il en a la désinhibition, et là sa forme de maraude, à celui qui n’est doté d’aucune propriété riveraine. C’est la misère mondaine relationnelle qui se lit sur sa personne — si ce nom convient à sa forme de coureur. C’est son point faible, ce point de côté qui le guette et dont on tirera certainement profit… — Ce sont ses manèges et ses cercles, ce sont ses trajectoires brisées qu’on suivra, profitablement… — Le manque en monde l’a fait parlé — Profitons-en… Pour quoi ? Mais en tirer notre génération, toute notre vie : en vivre !

… Nous le suivons… Nous le traçons… le voyons entrer dans un bois… en sortir… entrer dans l’autre bois… ou dans un autre à un endroit… à tel autre sortir… Quel bâti le coureur — sa forme noire là : pas là — pratique ou trafique-t-il en suturant ainsi les lisières des bois et les limites des champs ? Quelle est cette intermittence ? Quelles sont ces incursions, ses disparitions, ces éclipses momentanées ? La maraude, en quoi consiste-t-elle ? Donnons-lui — Encore ! — Une dernière fois… — Non ! Notre vie dépend d’elle — la parole : « Les endroits sont mes lieux-dits… Ils me disent. Je suis le dit des endroits. » L’endroit du bandeau ou celui de la cape, ou l’endroit du trampoline et encore l’endroit du cutter, et de l’alarme ou alerte, et l’endroit du ballon mais lequel ? de baudruche, c’est à tout bout de champ, et en tête des lisières, accroché aux massifs des ronces et aux massacres et déchiquettements des lisières, et de toutes formes et aspects, de la baudruche avion en mylar au ballon zèbre, au ballon licorne, baudruche cœur rose, le ballon champignon, le ballon Pokemon, ballon aluminium zéro bleu et ballon alu A, ballon mylar cadre à selfie princesse à l’endroit du rétro, ballon lune mylar, ballon bubble ballon de foot, ballon mylar cheval noir et endroit du nuage, ballon bulle bd argent — ballons tombés de tout le département tous plus dégonflés les uns que les autres — parce qu’il faut être à bout de souffle pour se poser et prendre ainsi à toutes les lisières et bouts de champs et tout le long des lisières des bois : de tous les bois des remises à gibiers…

… Ça se passe à un tas d’endroits… Ça se passe à un, à deux tas de là… L’endroit est ce point de chute…Le coureur des lisières — des milieux semi-ouverts —, coureur des bordures des champs de vision qui passe par là… Son regard est aux objets au sol comme on l’a dit menus ou non, là isolé, là en tas hétéroclite, monstre… Il se plaît dans la fréquentation des objets, ou d’espèces d’objets, ou dans leurs noms, dont il fait toute une compagnie, ou est-ce un équipement, ou tout ensemble un attirail, appareil ou un habitat, toute une batterie il y en a, un nuancier de la décharge et de la trouvaille cependant — ce spectre, s’y complaît. — Je ne sais au final jamais comment appeler ça, le mot… ne me vient pas, pas directement le nom de ces objets partiels ou célibataires ou jetés, déclencheurs je ne sais, comment dire des objets qui sont des jets ? déjets ? rejets ? déchets ? débris ? rebuts ? rébus ? débuts ?… Mon coureur évolue entre tous les débuts sans avoir jamais de cesse, sans fin… Dans tous les bons débuts… Ça fait un bon début que je lui cherche une fin… Toutes les chutes de la consommation de l’habitat individuel lui sont bonnes, à prendre ou à laisser comme il a dit — c’est sa complaisance, je l’appellerai ainsi. Mon coureur… Son unité de mouvement noire. Sa belle unité de mouvement. Son unité mobile. Sa belle mobilisation. Sa noire évolution… Comme noir est maintenant le bout de son souffle — C’est là que je me tiens… Et lui. — C’est là que j’interviens… — C’est alors que lui tombe sa respiration comme une tuile… Ou un rétroviseur…

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