05|10

Coureur Distrait | Nuage Bienvenu | Couloir Aérien | Concours Immense

… Ce n’est pas l’endroit ?! Le rétroviseur… Ce n’est pas son endroit !? Pas là, que je tombe sur lui… Pas là qu’il me surprend les autres fois, je suis surpris… Qu’est-ce qu’il fait là ?… — Je vous raconte ? Le coureur… Courons dans ses mots voulez-vous ? Imaginez : je substitue la troisième personne à la première… là : un running au tiers — il vous appartient de refaire le chemin à l’envers… Soyons factuels… comment il s’appelle, il suffit qu’il coure pour être chez lui, même s’il pleut. La pluie alors lui fait un vêtement de pluie… Comment il s’appelle, il voit une cape à la lisière… Comme quelqu’un. Avec la distance. Une inclusion dans la lisière. Il voit comme quelqu’un en tête de lisière, couleur du ciel bas, une forme de cape. Darde l’œil : c’est comme une cape en lisière. Mais c’est la distance. Mais il est distrait, comment il s’appelle, par une ombre sur le chemin, qu’il traverse et oublie. Il est distrait, sans arrêt, il est emporté. Il est tout à la course et à son souffle, à la lecture du terrain : à savoir où il met le prochain pied… Cette attention de chaque instant lui est une distraction… une éperdue distraction dans le temps — une distension ? Est-ce dans sa distraction… Il rentre, alors il pleut, il dit : le temps est avec moi. Il veut dire le temps qu’il fait. C’est depuis le temps l’endroit de la cape, que c’est venu, lui est venu… et que les choses sont à leur endroit, qu’elles ont leur endroit, et que lui là, le coureur, s’assure de ses endroits : en en faisant le tour…

— Reprenons — même dispositif : j’enlève tous ses je et je lui colle des il — à l’endroit du nuage, par exemple : il l’appelle l’endroit du nuage, de là se voit, je vous jure, une cape dans une lisière… Ce sont ses mots… Si je le connais c’est par les mots… Chaque mot qu’il mobilise, qu’il lance, ils finissent tous par me tomber dessus… Il y a des retombées, il y en a des tas, des dépôts de ces apports, volontaires ou anonymes, de ses points d’abondement, ou d’abondance, de ses points noirs, que c’en est une constellation… Tout est bienvenu, il dit : — Bienvenue… C’est chez lui : il suffit qu’il coure pour n’être pas perdu. Il voit quelqu’un en cape pendue en lisière et ça ne l’arrête plus, sa course l’emporte, cette course, c’est à emporter. En tous les cas courir l’emporte. Tout est à prendre ou à laisser : un nuage me rattrape et bientôt me quitte, il dit. En effet — Imaginez le s’avancer, il court, se glisse dans l’ombre d’un nuage : alors immobile jusqu’à ce que l’ombre le quitte. Je le vois suspendu et haletant dans un étirement, sans plus un mouvement le temps que le nuage le quitte… et ne reprendre sa course qu’une fois qu’il l’a quitté…

… Un endroit ? Vous êtes sûrs ? L’endroit de la cape est en lisière ? Ou une simple illusion d’optique… Un endroit du nuage ? L’effet de son imagination débordante, programmatique… Il n’est que le temps qu’il fait… Où cela le mène-t-il ? — Ma respiration… Quelle conduite… Elle est mon couloir aérien… Couloir de vie ! Moi qui croyais l’avoir perdue… Un nuage et je retrouve ma respiration. Comme le ciel : elle est toujours là… Là pour moi… — Ça le reprend… il donne des noms : — Un couloir aérien est un bout de chemin respiré… Je comprends maintenant seulement à quel point je suis engagé dans ce couloir : au bout il y a le souffle… — Et le bout de souffle… L’endroit du bout de souffle comme il l’appelle, est un morceau de chambre à air, qu’on dirait un bandeau pris dans la terre, il dit : — Je ne me pense plus qu’à bout de souffle, le corps tout entier mobilisé rien que pour un bout de souffle, rien qu’encore un bout, à bout de souffle encore et rien qu’encore un bout de chemin, le souffle court toujours… Que je parte à courir et les mots s’y mettent et comme l’air me prennent, comme le dehors me prend, me prennent l’air… — Le bout de souffle, son endroit ? Il y a beau temps qu’il ne l’arrête plus : il court, lui court avec lui… voit dans une lisière une cape et sitôt dit : une cape… la course l’emporte et sans arrêt distrait ici et là sous lui par une ombre qui n’est pas la sienne en passant… la passe en approchant le bois et l’effet cape de la distance pour que longeant le bois la cape s’envole et puis rien… ou le ciel dans les branches et plus question de cape sinon cette ombre passée en pleine lumière à l’endroit du nuage à son tour passé où — rappelez-vous — un nuage le prend… ou lui le prend qui vient de passer l’ombre du chemin à ne pas savoir si l’ombre est imprégnée dans la terre du chemin ou sombre nuage flottant au ras et le couvrant en entier… lui oubliant aussitôt et comment il s’appelle et l’étendue d’une ombre que rien ne produit… distrait en chemin et à son tour de l’ombre de rencontre par le bout de souffle comme il l’appelle tout aplati quasi enterré là dans la flaque asséchée du chemin qui n’en est qu’une à cet endroit… ce même endroit où dans la toujours plus grande distraction — il a tellement besoin de temps pour lui, ne pas y être, n’y être pour personne — il se lâche… Écoutez ça :

… je veux me diffuser en l’air … parce que le son … qui est un phénomène aérien … que le son va plus vite que la pensée … la propagation du son … je veux me libérer en l’air qui va plus vite … aller plus vite que moi … courir en l’air … diffuse le son … la vitesse du son … les mots sonores … le son des mots … comme ils sonnent … résonnent … n’est pas la même pensée … le son des mots donnent les idées … la résonance des mots … génère les idées … ensemence l’air … les idées en l’air … les idées sonores … me libérer … libère les idées … je veux me soulager par le soulagement de l’air … avec le concours immense de l’air … l’air est un soulagement … un soulagement tel … aller par les mouvements de l’air … le soulagement est immense … les mots sont des mouvements de l’air … me libérer dans l’air … me libérer par la bouche … m’articuler à l’air … me dessiner en l’air … par la bouche de l’air … la bouche d’air … la bouche d’aération … m’aérer … je veux mon aération … être de l’air … courant d’air … expiré … que ma pensée expire en l’air … épuiser ma pensée en l’air … ne plus penser qu’en l’air … laisser fuir … mon aérosolution … me fait mots en l’air … je suis tout un mouvement de pensée en l’air …

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