02|10

Cœur Tombé | Libre Circulation | Bois Transparents | Élan Entier

… Comment j’aborde ma vie ? Comment aborder ma vie ? Il demande… Il répond tout seul, souffle, dit : — Par les alentours… les environs… Si vous le permettez, il lance, je vais me contenter des environs, de ma vie, je vais rester dans les environs, courir là, je vais juste être dans le coin, si vous me cherchez, je suis dans le coin, ne cherchez pas… Mais ne me demandez pas d’être au cœur de ma vie… Est-ce que vous avez vu le trampoline, là-bas ? — Comment a-t-il vu ça : le trampoline est dans les ronces depuis combien de mois, personne ne va là, ou les chiens des chasseurs, il y est tombé de tellement haut qu’il s’est aplati là, tapis, là, et les arceaux de son armature, oui, c’est vrai, les tubulures, la peinture rouge… il a vu vrai, d’un certain point de vue, comment l’a-t-il trouvé ? l’ensemble a la forme, en dessiné, en démantibulé d’un cœur… — Vous avez vu la forme, l’air qu’il a ? Alors vous voyez… vous voyez ce que je veux dire…

Il court… C’est juste quelqu’un qui court… Il s’en tient là… Au bord, au milieu du chemin — c’est par ce chemin qu’il vient, toujours le même, sans savoir — entre deux étirements, deux inspirations, lâchant : — Comment j’aborde tout ça : en courant autour… — Il appelle ça running… En courant par ici vous ne faîtes que longer, toujours longer : des clôtures, des haies, les murs, des propriétés, et des emprises, les bordures, les équipements, pour le désenclavement, et la circulation, des biens, des personnes, la libre circulation, l’égalité des chances par les autoroutes de tout, par les antennes-relais dans leurs enclos, leurs formes d’arbres… d’accord j’arrête… Ça n’arrête pas… Je vais encore le noircir… Il appelle ça running. Moi edging… Comment je vais le colorier… Comment je vais mot à mot tout lui changer, les noms, tout remplacer, lui substituer une autre vie, d’autres noms, et usages : il changera de couleur, je vais le faire virer… Attendez : je vais le noircir un peu plus… Comment je vais le noircir… Comment je vais le retourner…

L’appel de l’air se fait sentir aussi dans la transparence accrue des bois l’hiver. Vite les lisières n’y suffisent plus et il s’agit de passer le manteau plumeux, le manteau de clartés, des clématites. Il n’y tient qu’à quelques enjambées, oui, il ne tient qu’à un bond, à deux pas, qu’à quelques foulées encore de faire comme le jour et traverser le bois tant longé, une fois, de part en part… — Ça le prend comme ça, c’est comme le dehors le prend : il parle quand il court, il ne sait plus s’arrêter de parler… — … Transparence grise des bois … transparence gris-des-bois … tous les gris … gris des diverses couleurs … gris des dernières couleurs … gris découvrant les nids … les nids vides des bois nus… Cette transparence, par où se dessinent avec les mille branches des nids vides comme tout et les populations entières d’oiseaux, l’oiseau rare, il la faut pénétrer et courir, courir la transparence de l’air et encore, courir d’un bois dans l’autre, bois des remises, joindre les deux bois et l’un après l’autre, un jour un bois, tout un programme de reboisement des jours jusqu’à boucler ma liaison douce, ceinture boisée de remise en remise et de loin en loin, saut après saut tout autour, faire le grand tour, grand contournement des habitations, et des occupations — de l’activité…

C’est l’élan s’il est là… Comment je le sais ? Est-ce que je m’y connais ? À quel point je le sais, tout ça, de lui ? Quel titre ? De cette position qu’il tient, en courant, de cette tenue qu’il porte, on pourrait dire comme n’importe quel coureur, et même s’il a sa foulée propre, son rebond… son rebondissement… Il le porte sur lui qu’il me cherche et qu’il est à moi, entièrement… S’il le sait ? Ce qu’il ferait s’il le savait ? On ne le reconnaîtrait pas. On ne le connaîtrait plus. Il serait méconnaissable, voilà. Voilà ce qu’il serait : définitivement perdu.

… C’est depuis le temps… Parce que je suis perdue pour lui, j’ai tout le temps. J’ai tout mon temps, de le voir venir, tous les jours, l’hiver est là, c’est par transparence qu’il est là, approchant, c’est transparent sur lui, qu’il vient à moi, qu’il ne sait pas qu’il m’appartient. Exerçant sa liberté d’aller et venir, de dessiner des cercles, cherchant et trouvant sa respiration partout : une respiration, il dit… C’est depuis le temps que je le sais…

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