Que sais-je quelle espèce ?

(…) — La réponse se tient au bout de ma question… La réponse me vient comme une question… La réponse me met en question… Une fois au bout de ma venue, la réponse se tient… Ma question se tient au bout de la réponse… Et puis, de bout, il ne peut être question que parce qu’il y a une réponse. C’est la réponse qui achève la venue… Et puis ce n’est pas une réponse : seulement une phrase. C’est une phrase qui me vient : elle me vient là. Et maintenant, elle me tient là… Je ne peux plus m’empêcher de revenir à cela — qui est là : cette phrase qui est là maintenant, me tenant… Je ne peux pas m’empêcher de me tenir dans cette phrase, d’aller et venir dans cette phrase comme je ne sais quelle espèce dans son enclos dans un zoo — et comme si l’enceinte inventait l’espèce… Je ne sais plus m’extraire de cette pensée que je viens me demander ce que je fais là… Je viens de me demander ce que je fais là. Je me demande. Je me suis demandé… Non, pas moi… Le silence, peut-être, a demandé, d’abord : qui est là ? J’ai répondu au silence. Le premier. Le premier venu. Je n’ai pas attendu. Peut-être quelqu’un d’autre aurait répondu, sinon, avec le temps. Un autre jour, à ma place. Non, je n’ai pas attendu, par exemple que ma réponse soit prête dans ma tête, avant de la formuler. Et puis… Elle s’est formulée sur mes lèvres, elle ne m’a pas attendu — je ne pouvais la retenir, je ne m’y attendais pas… L’appel du silence… Elle a répondu. Ou bien elle m’attendait, là, dans l’air, elle attendait que je m’y suspende, ou pour m’attraper, elle n’était là que pour que je m’y suspende, ou que je m’y accroche. Que je m’y tienne. D’une manière, elle répond de moi : devant le silence, elle assure que je garderai le silence, puisque la phrase sitôt formulée, ou émise, esquissée, sitôt soufflée, elle s’éteint là, sur mes lèvres. Je ne la ravale pas, c’est elle : elle s’avale elle-même, s’absorbe en elle-même, comme en le reflet d’elle-même… En fait, je ne m’attendais pas là, je ne m’attendais pas à moi, je dois dire. Je ne m’attends pas à me trouver là, pas à ce point, puisque je viens. Je ne pouvais penser que je m’y attendais, m’y attendais déjà, puisque j’arrivais à peine… Ce n’est même pas une venue, alors, c’est la phrase qui est venue, elle m’est venue là… moi, je n’avais rien à quoi venir, alors c’est comme si… Comme si j’étais venu sans venir, puisque je n’étais nulle part, je n’étais qu’à sa venue, j’ai assisté à sa venue… Il n’y a pas d’endroit : il n’y a qu’une venue. J’ai eu part à sa venue, à sa venue seulement. C’est une phrase ce n’est pas moi qui l’ai dite. Je n’y ai que part. J’y ai quelque part…


Les contenus Je viens me demander, Ma venue me surprend, Je viens me demander 2 et Que sais-je quelle espèce ? répondent à la proposition Écrire sans sujet de François Bon Tiers Livre Atelier d’hiver 2018

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