Ma venue me surprend

(…) La demande formule la venue. La formalise. Elle la fait tenir dans cette formule, de ce qui vient, me vient, la phrase : je viens me demander ce que je fais là. Juste une phrase. C’est une phrase en l’air. Elle me vient comme une phrase, en l’air… — J’en viens à ce qui me vient. C’est la venue de ce qui me vient — de ce qui vient de me venir, de me prendre, surprendre : c’est une venue qui me surprend — pas la mienne donc… Sauf que je suis son objet — un peu la mienne alors… (…) Pour être venu, pour avoir fini par venir, il faut me l’être demandé. Me l’être posée, la question de la venue. Sinon je ne viens pas… La demande reçoit la venue… Enfin… La demande appelle la venue. Je ne suis venu que de me l’être demandé, en fait, je ne viens que de me le demander. Je viens de me le demander, ce que je viens faire, c’est ce que je viens de faire. Demander. Je viens me demander. S’il y a quelqu’un… … S’il y a quelqu’un. Est-ce que quelqu’un me demandera ce que je fais là ? — Quoi que tu fasses, on dira — d’abord, il faut que ce soit quelque part. Et s’il n’y a quelque part que ce soit qu’à une présence ? Est-ce que ce sera moi ? Ou quelqu’un ? Si une présence commence à deux… S’il n’y a pas de présence sans personne pour la constater — mais pas d’absence non plus… Sans témoin. Témoin de présence demandé ? Au lieu de me demander ce que je fais là, je pourrais aller le demander à quelqu’un. Si quelqu’un vient — Chercher quelqu’un… Si quelqu’un vient là et me le demande, ou pas, je pourrais lui demander. Si je me le demande à quelqu’un. À l’endroit de quelqu’un. Devant quelqu’un. Quelqu’un vient au devant de moi : — Qu’est-ce que vous faites là ? Vous n’avez pas vu le panneau Chasse gardée ? Vous n’avez pas vu le panneau Défense d’entrer ? Le panneau Tir à balle, le panneau Chasse en cours ? Vous n’avez pas vu le panneau Attention pièges ?… Ou sera-ce seulement quelqu’un qui se le demande ? En ce cas nous n’irons nulle part… Personne n’aura la réponse. Si quelqu’un se le demande sans rien me demander. Et même, faisant comme si ce quelqu’un ne me voyait pas. Préférant m’ignorer… Ce quelqu’un quittera l’endroit avec son questionnement… Quel endroit ? Le champ de nos regards. Le champ couvert par nos regards qui auraient pu s’y croiser. Le champ de vision en partage, partagé… N’est-ce pas ce que je fais — n’est-ce pas toujours ce qu’on s’apprête à faire, on ne tient pas en place —, quitter ? Quitter l’endroit sans réponse ? Il n’en est pas, d’ailleurs, d’endroit, tant qu’on n’est pas deux à s’y tenir. Si on ne se tient pas d’accord sur l’endroit — au moins sur l’endroit… Chacun alors s’enfoncera dans son envers — s’en ira par son devers : suivra son chemin, qui n’en est pas un, une pente, comment appeler ça un chemin, cet appel à toujours retourner à sa place, obéir à son assignation, à la niche, le nez dans son assiette, rejoindre le logement qu’on a quitté. Là où personne, au moins, n’est susceptible de vous demander… où strictement personne ne se demande, ce que vous faites — sauf que : qu’est-ce que je fais chez moi ? — Je viens me demander ce que je fais là… (…)

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