Vous appellerez ça Nulle part

Vous aurez laissé le Grand Paris… à 68 km Guillaume Apollinaire, le poète, amants couchés ensemble vous vous séparerez mes membres — à 74 km Yann Andréa « le chauffeur », le « mimétique ». À 57 km à vol d’oiseau du Bataclan — mais qui est un oiseau ? Vous aurez… à 45 km par A1 passé les tunnels des pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle… tranché par la même dans le couvert forestier entre les Massifs de Chantilly et Ermenonville, où vous aurez à 19 km, distance orthodromique, ignoré le crash du DC-10 de la Turkish Airlines (Mémorial) (4h40 à pied, emprunter Chaussée Brunehaut) et à 9711 km idem et 33 ans (temps de vol environ 12 h vol non direct) Keiko Kawakami posée comme un oiseau sur la branche, « au sommet d’un arbre »… Dans l’entre-temps vous aurez perdu vos lectures des frères Grimm, oublié Hans-mein-Igel lorsque « le coq et son étrange cavalier furent dans la forêt » et que «  le coq dut s’envoler avec lui au sommet d’un grand arbre et s’y tenir perché, portant toujours Hans-mon-Hérisson sur son dos, où il resta pendant des années à garder, de là-haut, ses ânes et ses cochons, dont le nombre augmentait sans cesse, et qui lui firent un grand troupeau », je vous le rappelle… Quand vous aurez, après plongée forestière — c’est l’automobile qui vous plonge — retrouvé les champs céréaliers et betteraviers de l’Ile-de-France, ce sera pour voir se dessiner noires à votre gauche et sur l’horizon les crêtes de sapins de la Forêt d’Halatte qui en constitue l’extrême limite septentrionale et où la trame verte des corridors biologiques se resserre en un faisceau poussant le gibier aux forêts de la Picardie puis des Ardennes… Environ 500 m après que vous ayez franchi (un pont) par la D932A la LGV Nord… devant vous le bandeau routier profile une première épingle… alors il y aura comme un saut… — Arrêtez-vous juste avant, là, un évasement en terre-plein s’offre au stationnement… Alors vous, vous appellerez ça : nulle part. C’est là, que vous viderez le contenu du véhicule, que vous déchargerez, vous larguerez tout… Vous rêverez de faire un feu de tout ça : un feu politique pourquoi pas, adossé votre tas, vos décombres — vos encombrants, vos archives, vos indésirables que sais-je, cahiers de doléances… — contre la clôture de l’emprise à la grande vitesse… un incendie de taille, votre dépôt sauvage abondant les depôts précédents, à, un temps, suspendre les trafics Eurostar et Thalys… Quant à moi j’ai transporté ma vie en contrebas… Vous, ne lirez pas le panneau Verberie. Moi, j’ai poussé un petit peu trop loin : pavillon, jardin, gilet jaune sous le siège conducteur… Ne me suivez pas… Je vous rejoins en haut de la côte…


Les contenus Pourquoi pas le transport, Rendez-vous avec l’air, Impropriété Défense d’entrée et Vous appellerez ça Nulle part répondent à la proposition Duras quatuor à dire de François Bon Tiers Livre Atelier d’hiver 2018

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