L’idée noire

181231_02:03 . . . Rue de l’Observance, au 5… Personne ne me conduit nulle part… À ma connaissance personne ne m’a conduit nulle part. Pourquoi je suis définitif. Parce que je suis dans le noir. On dort dans le noir, autour de moi, tout le monde. Une idée noire est définitive. Je suis de mauvaise foi. Je n’ai nulle part à personne, le cœur à personne, oui, une idée noire est de mauvaise foi. Une phrase me frappe dans le noir et c’est elle, là… L’idée noire et subreptice me réveille ou m’éveille et fait tomber du lit, non, sortir de mon côté du lit pour tâtonner dans le noir, retrouver le bruit de la VMC là où elle dort — là d’où il sort… notamment dans les pièces dites humides… Là d’où elle part dans tout l’immeuble, bouche d’aération, bouche à l’aération, bouche à bouche dans le noir à son souffle extracteur — détraqueur ? Appliqué à la bouche de la gaine à son souffle apaisant à l’oreille, contact avec le réseau des gaines d’où les odeurs du sommeil s’échappent jusqu’au ciel bas : au ciel orange posé sur les toits… Chercher. Déplier l’idée… l’étaler dans le noir. Deux mains empoignent le bord du lavabo : se retenir là, tenir là… tâtonner encore… Elle me frappe d’accord, veut être réfutée, balayée pourquoi pas mais dans le noir, qui dit que je ne finirai pas par dormir dedans ?… À bien y regarder, dans le noir, il y a les couleurs d’une pensée. Les nuances… Subreptice elle s’installe, thésaurise nuances de noir les dérivés d’idée noire, toute une théorie de phrases dans le noir, une construction échafaudée fugitivement et qui aura disparu le jour revenu : personne de ma vie ne m’a conduit nulle part… Elle n’est plus si noire : juste une idée. L’idée est simple : il suffisait d’une phrase… Une amorce dans le noir, amorcer. Une phrase en engendrant une autre, qui en recèle une autre… Le nuancier se faisant spectre, le spectre, fluide… corps fluidique ou périsprit que sais-je, corps de désir, enveloppe-écho, comment on appelle ça ? Téléportation ? Le mot est lancé… Alors une téléportation est envisageable, l’idée prend corps… Une phrase me droppe un doigt, une autre l’œil, le noir… me droppe goutte à goutte, droppé mot après mot… et puis phrase après phrase, entre deux phrases, me voilà recomposé, un paragraphe et je suis entièrement droppé… en entier, c’est-à-dire : juste ce qu’il faut pour servir. Cela suffira d’abord, de servir. Cela me contentera, si cela peut contenter…

181231_…:… [TGV] … Et puis il y a ça aussi : le noir… me droppe goutte à goutte, droppé mot après mot… et puis phrase après phrase, me voilà recomposé, un paragraphe et je suis droppé en entier. Voilà… Je suis tout le spectre d’une pensée. Le spectre [on va dire] complet d’une pensée me recompose en entier — qui sait dans le lit d’un autre ? Je me lève dans le noir. Alors je me retourne — je me retourne comme un gant : quelqu’un me conduit quelque part. En me retournant bien… quelqu’un m’a conduit quelque part. Chercher : quelqu’un me retourne comme un gant dans le noir… … Je me refais le train fantôme dans l’autre sens… Quelqu’un déjà m’a-t-il fait de l’effet ?… Le lit remue : cela remue dans le lit… — … Quelqu’un qui ne me donnera pas le mal de mer ?

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