Peindre est dans la nature humaine (hypothèses)

Ici le texte d’introduction conçu et écrit pour le catalogue Peintures 2017 / 2020 de Nicola Bonessa


 

Drôle de nature… Si elle se développe — et indéniablement elle se développe — il ne semble pas que la synthèse chlorophyllienne ait quelque chose à y voir : où est le vert ? Les composantes rouge et bleue de la lumière, cette végétation est sensiblement loin de les avoir absorbées… Ou bien est-ce qu’elle ne les digère pas ? Cette nature, est-elle visible ? Ou se laisse-t-elle seulement halluciner ? Regardez : ses branches, des rameaux aux feuilles, ses fleurs, de la tige aux pétales, aux étamines, sont noirs. Sont blancs. Sont bleus, intégralement. Les épis, les palmes (des algues ?) : idem. Ce qui saute aux yeux, qui plus est, est une incompréhensible absence d’enracinement… Quelle est donc cette vision de la nature ? La question est-elle mal posée ? De quelle nature est cette vision ? 

*

C’est à chaque fois un bonheur et à chaque fois un mystère — qu’est-ce que c’est ? 

La forme de vie qui s’offre à nous ne connaît pas de croissance mais, il nous semble, comme des bonds, de multiples jaillissements. Oui, cette nature-là jaillit. Nous ne saurions dire d’où elle nous vient, immémoriale, c’est qu’elle n’est pas dans les mémoires : elle ne porte aucun nom, que ses couleurs, n’a fait l’objet d’aucun classement — Linné n’a-t-il jamais botanisé dans ces confins ? Ne l’a-t-il pas observée ? Quelque chose dans l’œil seul peut-être s’en souvient, et un certain fourmillement dans les doigts, de certains tours du poignet, élancements dans le bras — ou c’est une manière de lancer le bras : c’est là que cette nature pousse. C’est le substrat dont elle se nourrit : le geste. Ces plantes (ces fruits ?) qui n’en sont pas, cette folle végétation, cela naît d’un geste de peintre. 

Dans l’œil et dans le geste elle s’élance. Il y a une bête dans la jungle. L’animation, le mouvement, les couleurs… Cette végétation a tout de l’animal. — C’est qu’elle doit tout (la vie ?) à son peintre. 

*

Aurons-nous repéré les motifs végétaux, les réminiscences naturelles, que nous n’aurons rien dit. Il nous importe de formuler de la peinture de quelle nature il retourne, nous qui nous retrouvons devant (dans ?) les toiles peintes par Nicola. Il est question de voir comment ce que nous nommons nature surgeonne en nous. Exemple : en gestes de peinture. 

Cette nature n’est pas en représentation, mais à l’œuvre. 

Du moins avancerons-nous que Nicola joue avec nos représentations de la nature : avec ce qui nous demeure dans les yeux mais encore entre les bras, dans les mains et les doigts, quand la nature nous a quittés. Que nous l’avons quittée. Un reste de nature que nous avons aussi sur le cœur. 

Au moment de nous endormir loin d’elle, arrachés, dans un lit de couleurs (les motifs de nos couettes ?), quand tout ce qui nous tombe sous la main sont des pots, des tubes et des chiffons de couleurs, des brosses et des pinceaux et les balais (ballet ?) de nos membres. Là où « tout est peinture », Nicola l’a noté. Drôle de nature… Nous l’imaginons peinte de mémoire, ou entre rêve et cauchemar. Les avez-vous bien frottés ? Les yeux. Nous les sommes-nous bien pressés ? Il en sort ce jus alors : cette pulpe de couleurs. La peinture ? De la pulpe d’œil. 

« Cette nature (peinture ?), l’ai-je vue ou l’ai-je hallucinée ? » Nous nous demandons. Notre réponse : « La peinture, je la regarde. La nature, cependant, je l’imagine. »

*

Nous en sommes là. Nous en sommes, chaque fois, là : devant la peinture de Nicola. N’attendez pas trop de cette nature qu’elle vous brosse un paysage, qu’elle vous compose un bouquet. N’en attendez pas la jouissance d’un écrin ou le repos d’un cabinet de verdure… Elle est orageuse. C’est qu’elle est météorique. Revenons à la fleur, ou c’est un rameau ou un épis… Revenons à ce jaillissement sans nom et sans titre. C’est un éclair ! Persistance rétinienne de l’éclair donc, et par tout le corps, tressaillement. La nature a de ces artifices qui vous immobilisent, retiennent, un corps entier. 

C’est encore que la couleur et la forme nous y viennent indissociées. En un éclair. De même qu’une forme ne peut advenir sans un geste. À chaque forme son geste. Chaque geste a sa couleur. Disons : la forme est le recueil d’un geste en une couleur. Nous voulons dire : le geste est l’émission d’une couleur en une forme : en un motif : linéament. 

Quand bien même il n’en irait pas des formes de la nature, il est flagrant qu’il en va de la nature des formes. — Cette nature-là est humaine. 

Nymphéas ? L’idylle est apparente. Ne nous laissons pas prendre à ses reflets de nature, à leurs voiles colorés. Ce sont des masques. Dominos. Leurs caresses ont vite fait de cingler. 

*

… Foisonnement de la nature sauvage ou non entretenue… Mais nous devions traiter de peinture… Nous les avons confondues. Sans retour possible. Peinture des fauves. Parlons couleurs… 

L’acidité des couleurs, les contrastes de couleurs, des couleurs saturées, saturation des visions fortement contrastées, quoi d’autre… Le flux turbulent, les saillies des couleurs, leurs confluences impétueuses ainsi que leurs rapides, remous, écumes, cascades. Les gerbes. Les tourbillons. Mais encore leurs averses, trombes. Des précipitations de couleurs. Le flux de couleurs est torrentiel d’où qu’il vienne. Pénétrant. 

Tactilité de la peinture. Elle n’a que des extrémités. C’est pour mieux nous toucher. C’est en couleurs que la toile peinte nous touche. Là où le geste rencontre la toile, là est la tactilité. Mais là où les touches touchent (font mouche ?), c’est nous aussi. Allons, mettons-nous-y par touches nous-mêmes… 

La couleur, c’est dans sa nature, la peinture, si elle pique, ou mord. Si elle a des acidités, c’est qu’elle a des voracités, fauve, elle est digestive, elle a une chimie : elle précipite en couleurs, elle les excrète autant qu’elle s’en nourrit. Cette peinture-là se dévore elle-même. 

Prenez-y garde… Les couleurs viennent là se dévorer entre elles. Voyez comme elles se hérissent les poils, comment elles s’interloquent, se décontenancent, comme elles s’excitent à s’impressionner l’une l’autre et encore, comme en toutes manières de piques, flèches, touches, traits elles se lancent les unes contre les autres, elles se frottent les unes aux autres. Tous les biais sont bons pour se passer les unes sur (sous ?) les autres. La couleur est un cri et ce ne sont que cris, entendez le tumulte des couleurs, ce n’est qu’élans. Elle n’est qu’élans contraires cette nature-là : cette peinture. 

*

Que penser d’une végétation sans synthèse chlorophyllienne ni système racinaire ? Cela jette le trouble : cette végétation est action. Nature arrachée. Action painting. Peindre est le geste d’arracher. Elle se jette toute entière dans l’action. La nature en morceaux… Nous sommes devant des morceaux de nature, cela saute aux yeux, et le jour cependant en est absent. Pas de lumière du jour. L’éclairage est artificiel. Cela se passe, s’agite, agit, à la lumière de la peinture même. 

La lumière naturelle ? Escamotée. Ne pas attendre de lumière du jour. Un coin de nature ? S’il y a il se dresse sur (contre ?) un fond nocturne. Pas d’horizon. À la place, le front incessamment orageux. Zébré de couleurs. Les confrontations colorées, couleurs en tumulte. Un orage condensé dans une palette. Léchée par les couleurs, la forme apparaît dans les phares ou à la torche, dans un flash, à contre-jour, éclaboussée, dans un rêve… C’est cela. Cette nature-là se développe en rêve, non par photosynthèse. 

Un orage en formation, se concentre dans une palette de couleurs. Sous nos yeux, jusqu’au noir et au blanc, quand il ne reste qu’eux. C’est si peu dire, noir et blanc, pour les trésors de valeurs, d’intensités qui courent du blanc au noir et inversement, traversent la toile. C’est toute la nature orageuse de la peinture de Nicola qui se tient là grondante : dans les graves, dans la prépondérance, l’omniprésence des noirs et des blancs. 

Déferlement… Des formes se détachent, elles sont jetées sur la toile. Une fois la toile peinte, la toile assaillie de peinture, elles sont encore jetées sur la toile peinte. Le désir de la peinture est sans assouvissement. 

*

Elles (?) savent aussi se tenir en conciliabule, à l’affût. Prédatrices ou chasseresses, voilà bien ce qui nous arrive, d’être saisis, captivés par leurs regards : ces yeux qu’elles ont partout. Séduits par l’éventail coloré qui se dresse devant nous. 

C’est une évidence, finalement, qu’à la surface des tableaux qui se dressent là nous devinons autant, sinon plus que des formes de nature ou de végétation, la mémoire, comme la compilation, des gestes qui les ont composés : du mouvement, de l’agitation, de l’activité ; de l’effusion ou de la concentration ; du foisonnement, voire de la distraction, hasard ou bonheur qui les ont causés. Un tableau fonctionne aussi comme une collecte de gestes. L’inventaire n’en sera jamais clos car renouvelé de toile en toile et comme sur autant de réceptacles, parcellaire : lacunaire. D’inventaire il n’est d’ailleurs pas question mais, là encore, de palette. Non normative, la collecte est elle-même gesticulée : articulée en gestes. Le tableau en déborde. 

C’est d’animation qu’il s’agit : l’animal homme s’y expose et déploie en une surface animée de couleurs, un chatoiement. Le peintre n’est pas le paon, ce qui fait sa puissance : le spectre éployé (convoqué ?) n’est pas deux fois le même. La reconfiguration de ce spectre, son éventail, est une surprise sans fin.

Alors nous sommes, là, moins dans la nature que parmi les signes originaires de la culture. Je me souviens de Lascaux. S’il n’est pas de coin de nature, du moins est-il une caverne, une grotte de peinture — l’atelier —, dans laquelle est convoqué, manié, l’esprit végétal ou puissance de dérouler et de délier et nouer tout à la fois les formes. 

*

La peinture, c’est la nature humaine. 

*

Vive comme l’éclair… Des jaillissements pour croissance, et pour évolution : des visions. Nous ne la connaîtrons jamais qu’ainsi. En surfaces. Nous n’en aurons que des visions. C’est sans fond, non, nous ne l’aurons ni épuisée, ni approfondie. Inépuisable. Clôture impossible : nous n’aurons jamais fini d’en faire le tour. 

Prenez Nicola : comment s’arrêterait-il ? Tout reste, tout demeure à faire. À entreprendre. Là où tout est peinture. Inépuisable, insatiable Nicola, dans le geste comme milieu naturel, dans la couleur comme seconde nature. 

Cette nature-là transforme l’autre. Métamorphose en couleurs. Jusqu’à la rendre méconnaissable ? Non. Et oui. Nous aurons beau la caresser et l’embrasser du regard, jusqu’au vertige où le corps plonge avec le regard, nous ne cesserons pas, nous ne recommencerons jamais, chaque fois, qu’à la perdre. Parce que c’est perdue qu’elle nous vient, elle nous revient, membre fantôme, revenante d’entre les images. Nature spectrale : à la fois résiduelle et puissante — et contrebande passée de rêve en rêve, soit : de la peinture d’une toile à la peinture d’une autre toile. 

Parce qu’elle est une puissance d’échappée… La (notre ?) nature, là, nous demeure perdue. Car c’est perdue, qu’elle nous accompagne, c’est en elle que nous nous échappons. Elle est notre compagnie perdue : c’est perdue qu’elle nous tient (nous tient lieu de ?) compagnie. Elle nous paraît perdue ? C’est seulement perdue qu’elle nous apparaît : un paradis perdu. Perdus, nous, elle, dans le temps. Cette peinture est perdue dans (pour ?) l’histoire de la peinture. Elle recommence chaque jour : chaque jour, elle naît. Elle n’en finit pas d’être originaire. 

C’est encore comme cela qu’elle nous est — c’est étrange — familière. La nature, c’est tout ce qui ne nous est pas étranger dans la peinture de Nicola. Un mouvement naturel ? Une seconde nature ? 

Drôle de nature… Nous ne cesserons d’y revenir : nous n’en reviendrons pas. 

*

Nous non plus n’en finirons de divaguer… De nous laisser aller, conduire, enchanter… Parce que nous déraisonnons devant les toiles peintes de Nicola, mais encore, depuis les impressions paupières baissées que nous en gardons : lorsque chacun de nous les emporte avec soi ; une fois que chacun d’entre nous les a intériorisées ; depuis notre vision intérieure ou mémoire visuelle. Ses toiles ont des reflets à l’intérieur de nous. Parce que vers nous elles envoient leurs signaux, elles résonnent en nous — dans notre caverne. Ainsi nous dévoilons-nous ce qu’est, peut être la peinture. 

10|10

Dernier des 10 épisodes Christophe Testard répondant à la proposition L’inconnu de soi-même de François Bon Tiers Livre Atelier d’hiver 2018


La découverte est macabre en sortie d’Agglo en haut de la côte de Verberie (Oise). Le corps d’une femme a été retrouvé en partie brûlé dans une voiture stationnée à l’abri des regards, dans un chemin de terre surplombant le stand de tir du bois. C’est un jogger qui, vers midi, a été intrigué par la présence du véhicule. Il constate en s’approchant que les vitres de l’automobile sont toutes noircies. Ce qui était dû à un incendie provoqué à l’intérieur du véhicule. L’incendie aurait été volontairement allumé. Les sièges et les garnitures en plastique se sont consumés, mais l’habitacle de l’Audi A3 ne s’est pas transformé en brasier pour autant. La victime a été identifiée. Il s’agit d’une oisienne de 54 ans demeurant dans la commune. Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances du drame.

Le cadavre d’une femme dans une voiture brûlée | Le cadavre brûlé d’une femme dans une voiture | Le cadavre d’une femme brûlée découvert hier dans une voiture sur un chemin au dessus de Verberie (Oise) vient de livrer ses secrets. Les résultats de l’autopsie du corps en partie brûlé font état d’une mort par asphyxie. Aucune blessure, trace de coup ou de brutalité n’ayant été relevée sur le corps de la victime, la thèse du suicide est confortée. La victime, âgée de 54 ans, était originaire de Verberie et vivait dans l’Agglo. Le véhicule a été enlevé pour expertise — Il laisse dans le chemin une auréole noire…

… La résolution qui s’est emparée de toi te fait quitter la départementale. De là te conduit au bout du chemin à l’abri des regards. Le chemin que toi et moi connaissons… Pour une fois la chaîne qui barre l’accès véhicule au chemin est arrachée. Tu arrêtes l’auto à l’aplomb du stand de tir. Contact coupé. Tu retires la clé, tu la fais tomber à l’arrière… Le chemin de nos longues marches. Le chemin le long du bois. Le GR au dessus du Longmont… Tu te baisses, tu étends le bras et prends la bouteille. Le mouvement tire sur la ceinture, mais tu ne déboucles pas ta ceinture de sécurité… C’est une bouteille en plastique d’un litre de contenance. Tu l’ouvres, le scellé cède. Tu t’en asperges. Le parfum envahit immédiatement l’habitacle. Tu laisses couler enfin, tu es trempée. Ça te prend deux secondes. Alors tout vient en même temps : c’est dans ce désordre ou cet enchaînement que tu inhales de l’Oise Spirit et l’allumes. Tu cries. Tu pousses les cris que tu connais, puis les cris que tu ne connais pas. Moi non plus, je ne t’ai jamais entendue crier. Tu restes assise. Tes mains ont empoigné le volant…

… Ton corps est carbonisé en surface seulement. Ton visage ne se reconnaît plus… noir… Tu as perdu ton visage. Du haut de tes cuisses jusqu’à lui, le vêtement, la ceinture sont fondus sur ton corps… Sur le devant de ton corps peau et vêtement ne font qu’une. Ce que l’incendie de toi a consumé, a consommé entièrement, c’est ton oxygène : tout l’oxygène contenu dans ton auto. Tu es asphyxiée avant que les fumées noires ne rendent l’habitacle complètement opaque, à ne même plus voir de flammes — comme dans l’insert dont on n’a pas nettoyé la vitre, après plusieurs feux… Tu savais que les matières plastiques contenues dans une automobile peuvent générer des fumées toxiques à un rythme de 20 à 30 mètres cubes par seconde ? Cela est sans parler du liquide inflammable que tu as inhalé jusqu’à la somnolence, au coma peut-être. Étais-tu inconsciente d’abord avant d’être asphyxiée ? L’incendie s’est-il propagé dans les voies respiratoires, jusque dans tes poumons ? L’inconscience en toi — a égalé la résolution — était-ce par le manque d’oxygène ou l’excès du solvant ? Toutes vitres closes, le manque d’oxygène provoque et l’asphyxie et l’étouffement du feu. Double effet. Le départ volontaire de feu | L’incendie d’origine personnelle s’éteint de lui-même. La situation s’étouffe d’elle-même : de ses propres fumées. Ton habitacle ne se transforme pas en brasier, dérogeant aux fantasmes de voitures brûlées — Que ne laisse accroire le tissu des fantasmes ? Tu n’as brisé aucune vitre il est vrai. Le feu de lui-même s’est maîtrisé. Toi, tu as continué un petit peu de brûler à feu couvant après ta mort. À petit feu, finalement. Sage comme une image.

… Tu ne sens rien ?… Un fait divers te regarde… Te sais-tu regardé ? Toi, tu crois que c’est toi, qui regardes… C’est toujours toi : celui qui porte le regard c’est toi… Imagine : ça te regarde encore plus que toi : ça te regarde plus que tu ne crois. Que tu n’as jamais su. Cela, non seulement, en général, te regarde… Mais cela te regarde en particulier : en détails… En entier : toi… ou disons quelqu’un comme toi ? Un homme comme toi ? — Non… Ne te le disons pas… Car s’il s’agissait de mon fait divers seulement : de mon cas personnel, mais non… Nous dirons que c’est plutôt : comment tu l’as arrangé toi : comment tu l’as trafiqué, maquillé… N’est-ce pas ? Mon déguisement en suicide ? Produit de l’imagination ? — Regarde encore comment tu m’as arrangée… Quels combles m’aménageras-tu encore ?

Je passe en lisière. Définitif. Tout un programme. Je passe dans les environs de personne… … C’est un endroit où je ne vois personne. On n’y voit personne… Un chevreuil, oui. Un renard oui. Un chien une fois ou deux. Une banquette. Deux fauteuils. Une télé, oui et une roue calcinée. Des encombrants, déchets de taille de haie, barquettes de kebab cartons de pizza, canettes, mouchoirs, lingettes, merde humaine… oui. Un cutter, un rétro, même un verre à pied : il n’y a rien à voir là. Quant à y voir quelqu’un… C’est quelque chose qui n’arrive pas… … L’absence de visage saute aux yeux. Le regard subtilisé, le tissu intégral. Le loisir est total. D’être sans visage corps tramé, sa tête est de même texture mêmes motifs que toutes variétés et espèces de la lisière mêlées. Un frisson passe également sur tout… … Un même froid passe sur tout. Tout ce qui me regarde est là : tout le perdu et jeté, tout ce long abandon le long du bois, marge et coulisse humaine, l’homme invisible, mêlé à sa lisière, milieu transitionnel, à son écotone. Cela touche à ma fin. Je n’y suis pour personne… … Je passe côté désinhibiteurs. Je passe tissu de fantasmes. Je frissonne de partout… … Je ne veux plus que me cacher. Je voudrais entrer en terre. Je pourrais m’enterrer en l’air… Je passe lisière | Ma résolution en lisière | Ma solution… Personne ne viendra me trouver là… ne viendra plus… personne…

Je le laisse là. Je vais le laisser là, croire. Je le laisse à son intrigue, à son secret. Je vous le laisse… Nous, nous avons notre conspiration. Continuons de lui faire croire qu’il s’agit de sa vie. Laissons-le croire qu’il en va de sa vie : que s’y joue sa vie. Notre jouet. Oui. Laissons-le croire à sa vie, il ne me trouvera pas… Il ne sait pas que c’est moi. Il ne me trouvera jamais là. Laissons-lui croire que c’est la fin. Laissons-le croire à la fin. Il se perdra en elle sans l’avoir trouvée… Il regarde l’Oise : y voit sa vie. Faisons-lui croire qu’il y a sa vie — qu’il a toute une vie à refaire. Laissons-le à ces faits divers, nous y avons bien aussi notre part… Moi je le laisse à ses lisières si cela l’enchante… L’enchantement, n’y suis-je pas pour quelque chose ? Ne l’avons-nous pas enchanté nous-mêmes ? Qu’il se croie rattrapé soudain par sa vie : s’y trouve, croie pris… C’est OK… Gardons-le seulement en vie. Notre animation… N’est-elle pas de lui ? Il se raconte des histoires avec nous. Comme nous fonctionnons bien, ensemble, et comme nous l’enlevons… Comme nous l’enlevons nous le recelons… Je vais le laisser croire : qu’il y comprend quelque chose — et même : qu’il en a saisi quelque chose : et qu’il le tient là : qu’il en approche et même qu’il s’approche — là : en ce moment-même… Nous le faisons marcher ? Voyez en lisière comme encore il court… Courir… laissons-le voulez-vous ? Faisons-le maintenant là, comme il sent qu’il s’appelle, est appelé, et sous quelque nom qu’il porte, ou se donne, et s’il nous plaît dans un mot, ou dans un souffle, bout de souffle, le coureur, ou en deux petits mots, en forme de deux doigts tout noirs, en noir comme un mot, dernier mot, et en son nom, le tracasseur, dans un dernier souffle, le mot de la fin, en un mot comme en un bout de souffle noir, expirer, ffuit, évanoui, et signer :

Regard Perdu | Bon Endroit | Bouche Ouverte | Figure Humaine | Cœur Tombé | Libre Circulation | Bois Transparents | Élan Entier | Grand Véhicule | Combles Aménageables | Dépôt Sauvage | Nouvelle Venue | Coureur Distrait | Nuage Bienvenu | Couloir Aérien | Concours Immense | Souffle Coupé | Nôtre Cause | Quelle Couleur | Bandeau Sale | Sujet Santé | Ensemble Enlèvement | Grande Substitution | Respiration Cutanée | Bouche Embrassée | Noir Vêtu | Lieux Dits | Bons Débuts | Grise Métallisée | Maison Oubliée | Extérieur Latéral | Nulle Part | Condition Automobile | Sandwich Temporel | Macabre Découverte | Voiture Brûlée | Oise Spirit | Fumées Noires | Fait Divers | Corps Tramé | Derniers Mots | Christophe Testard

09|10

Grise Métallisée | Maison Oubliée | Extérieur Latéral | Nulle Part | Condition Automobile | Sandwich Temporel

… La portière ? Est-ce qu’il l’ouvre ? Le véhicule : Audi A3 année 2003. Grise métallisée. — Est-ce que ça le regarde ? Ça lui tombe dessus… Appeler les secours ? Alerter ? — Ouvrir la porte ? Il mets la main… Merde… c’est tiède… sur le toit : — C’est quoi une auto chaude comme ça ? Et c’est comme noirci aussi autour des portières et des passages de roues et quand je passe le doigt, le doigt est noir, euh, qu’est-ce que je fais ?… Un véhicule suspect… je passe ? Est-ce que je fais comme si je n’avais rien vu ?… Je fais quoi là ? On ne voit strictement rien. On ne voit pas à l’intérieur… Il se tient du côté conducteur… Le pare-brise aussi est complètement opaque… Il fait le tour du véhicule… La peinture de l’aile avant droite est toute griffée… Le rétro latéral a été arraché semble-t-il côté passager… — Ça ne fait pas exactement comme du verre fumé ou des vitres surteintées : c’est autre chose… Je pense : Films teintés | Films covering | Films à la découpe | Nos solutions films… Je me penche sur la lunette arrière : je ne vois que moi. J’arrive par derrière… C’est là que je prends une odeur comme de plastique brûlé… Odeur de menace… Et alors il y a une odeur qui ne trompe pas, mais de quoi ?… Le stationnement menaçant… Statique… Une auto attend…— Je garde l’air de rien enfin je crois… Qu’est-ce qu’il fait ? C’est en travers de son chemin… C’est sur son parcours quotidien… Une auto stationnée là-bas. Une auto qui ne bouge pas… — Je m’approche… J’approche, à mon rythme… Il approche…

… Tu me feras croire que tu m’as oubliée ? Et comment tu m’as traitée ? Ça t’est tombé dans l’oubli aussi ? — Est-ce que tu peux encore ramoner ton conduit de cheminée ? Allumer un feu dans l’insert, à la maison ? Ne serait-ce qu’entrer dans la maison quand le feu y brûle… Un bon feu de cheminée après un bon run, en hiver… Bien sûr tu n’as pas de réponse — et tu ne m’entends pas : tu m’as oubliée comme ça… comme ça se trouve… en l’air… dans le temps… C’est dans le même temps : tu me cherches et m’oublies… Mais tu es incroyable ! Ta vie est d’une incroyable distraction… inconcevable… — Je ne te parle même pas de monter sur le toit mais… Mais prendre des escaliers ? Te retrouver sous ton toit ? Dans les combles — qu’on n’a jamais aménagés… Tu as pu, depuis ? Est-ce que tu ne vois pas… est-ce qu’il ne te… Est-ce qu’il ne reste pas du noir un peu partout encore ?… Tu as quitté la maison ? Mais alors — Tu as refait ta vie ? Qu’est-ce que tu fais chez toi ? Tu en parles, à quelqu’un ? Tu ne te sens plus concerné ? Tu ne te sens pas regardé ? Est-ce que tu peux encore entrer chez toi — n’importe lequel — sans que ça te prenne à la gorge… ce genre de détail… — Est-ce que ça ne te regarde pas ? Est-ce que je ne te regarde pas, là ?

L’appel de l’air alertement se fait sentir du coureur dans la transparence que montrent les bois l’hiver. Le chemin, les lisières alors le laissent sur sa faim : il semble qu’il leur faille à tous quelque chose de plus d’ampleur, et de profondeur… aller voir plus loin : dedans — Voilà qu’il entre… c’est une erreur… Parce que ça se passe juste là, pour lui, et comme sous ses pieds. Erreur de taille… d’un rétroviseur précisément : un rétroviseur extérieur latéral d’automobile. N’est-ce pas sa place ? Où est le problème ? Ce n’est pas un endroit ? — … Ce n’est pas l’endroit du rétroviseur ?? Stoppé net : coupé net là dans son élan, comment il s’appelle, du rétro il ne reste que la coque, la coque est vide. Ébréchée, un fond de flaque, débris de feuilles, faines, glands, l’humus en formation dedans, se fondant au noir intérieur de la coque plastique. Et posé sur le lierre terrestre comme venant d’atterrir là, il n’est plus à son ancienne place : à l’endroit du rétroviseur… Il n’est pas face contre terre — quelle face, un rétroviseur ? Il a perdu la glace. C’est son côté arraché… Il est comme ça de côté contre terre comme il est atterri, comment il s’appelle, il va y mettre la main — se ravise… — Combien de mains un rétroviseur ? Il suppose un accrochage et puis ? Combien de prises en main ? Combien pour l’avoir pris en main pour le balancer plus loin après avoir fait le bout de chemin que cela prend : peser le pour et le contre ? La pièce détachée… d’où provient-elle ? De quel véhicule ? — Quel fait divers ? — À quel véhicule appartient-elle ? Quel enchaînement ? Et combien de mains comme une mauvaise idée l’ont abandonnée plus loin combien de fois, rejetée ou simplement reposée dans la lisière… Dans la lisière ou tout vient finir… se dégonfler… crever…

Fléau des communes rurales | L’accroissement des décharges sauvages | Les dépôts sauvages en Oise Pays de France | Le circuit Décharges Sauvages en Oise Pays de France Porte de France — Parc d’attraction terrestre | Hauts-lieux du dépôt sauvage | Aujourd’hui le haut de la côte de Verberie | Retrouvez tous les points d’apport personnel anonyme | … Environ 500 m après que vous aurez franchi par le pont de la D932A la LGV Nord, se profile une première épingle où s’amorce la descente en lacets vers le bourg… Déportez votre véhicule de l’un comme de l’autre des bords de la route à l’endroit où ils s’évasent en deux aires de dégagement en terres-pleins assez profondes — c’est exactement ce que vous appellerez : nulle part. Notez que vous ne trouverez sur place ni parcours santé, ni sentier ni panneau d’interprétation, ni poste d’observation. À l’instar des nombreux sites du réseau le dépotoir à ciel ouvert de Verberie ne vous est pas indiqué.

… L’auto pousse dans ces espèces d’impasse, retranchements en soi-même. C’est là qu’elle pousse et prolifère. C’est la condition automobile. L’automobile plonge dans la nature… — Il n’y a qu’elle pour vous plonger comme ça… Toute auto est une publicité pour l’automobile. L’automobilisation est complète : totale, elle est intégrale. Et fatale. Toute la publicité pour l’évasion automobile conduit dans cette impasse, est un enfermement. Est un plongeon. Est ce ferment. Il y a de l’irrémédiable dans toute conduite automobile. Chacun approche en auto son moment de publicité — sinon de vérité. Et à chacun sa chacune : l’automobile vous enlève… — C’est la condition automobile. L’oisienne, la désespérée. Rien pour plonger comme elle fait… Les gestes désespérés s’enchaînent, s’additionnent : en haute résolution la fuite de la vie : la fuite de l’enfermement dans sa vie : l’évasion dans la nature — ou dans un chemin reculé à l’abri des regards : ce petit coin de cachette, là, sa manœuvre malheureuse dans le bois riverain… Un rétroviseur arraché contre le tronc, mince, d’un bouleau ou d’un noisetier en reculant dans le bois là où : elle croyait deviner une entrée dans le bois, elle perd son dernier soupçon de visibilité côté passager, elle a cru qu’elle avait la place, qu’il y avait la place de l’auto, elle abandonne, à 54 ans et des poussières, à 23 heures et quelques, elle se rebraque dans le chemin… Plus : la fermeture de l’habitacle. Sa condamnation centralisée et la clôture de l’habitacle. Et l’isolation, sonore, thermique, relative, de l’habitacle. L’étanchéité de l’habitacle de l’auto, une Audi A3 grise métallisée année 2003.

… Il se peut qu’un afflux soudain de regard étranger… Point d’interrogation. Un véhicule venant dans un sens, un autre dans l’autre, s’avançant… point de salut, précipitent son entrée dans la lisière. La lisière qui se longe en suivant le chemin. La prise visuelle en tenaille peut-être… ou cela est trop fort : la prise en sandwich temporel se traduit par sa déroute instantanée dans la lisière, sa fuite à l’endroit même où, comment il s’appelle… — Ce n’est pas l’endroit du rétroviseur !?… Une espèce du mimétisme le retient là, un point de côté pour point d’accueil, le cœur lui a fait un bond… La soustraction lui est une évidence soudain : il se soustrait comme on se rend à l’évidence, et la prise est instantanée, cela soudain est clair sous la clématite d’hiver : — Voilà comment je l’ai… Voilà comment elle est perdue… C’est là… C’est alors qu’elle est perdue : l’assistance | Mon assistance | Assistance respiratoire | Mon assistante | Ton aide | Ta compagnie | La compagne de ma vie | La connerie de ma vie | Ma respiration | Passion | Mon drame si ça se trouve… Ma vie ! Mais je la perds là !… C’est là que les circonstances affluent…

08|10

Bouche Embrassée | Noir Vêtu | Lieux Dits | Bons Débuts

… il me vient une voix qui me parle… il me vient une parole, ouvrant ma bouche, me vient une parole qui m’ouvre la bouche, me force… elle me prend la bouche… et parle : parle à ma respiration, et c’est moi : qui parle à ma respiration — je respire par la bouche en courant… là une parole vient… une voix me vient… embrasser la bouche, m’embrasse… ma respiration me parle, se colle à ma bouche, la respiration m’ouvre la bouche, et grand la bouche, elle parle en moi : elle parle dans ma bouche : parle pour moi, ma parole… se glisse, m’entre par la bouche, elle prend toute la bouche, sa langue : c’est ma prise de parole : la parole me prend : sa langue est dans ma bouche, j’ai la bouche grande ouverte, je ne peux tenir sa langue, qui roule… elle me roule une parole dans la bouche et même, elle fait les propositions à ma place, elle me tourne, elle me formule des propositions, des postulats dans la bouche…

Mon diagnostic — Je détecte une raréfaction, un manque de monde… Le manque en monde est transparent sur lui, mon sujet, dans son comportement et sa tenue la formation de lacunes. Tout de noir vêtu comme revêtu, comme par une involontaire manifestation de sa furtivité, et comme furetant en effet sitôt que les zones de mutualité ou réciprocité des regards sont dépassées. Ce qu’il lui reste de regard il ne le porte à personne, aux objets au sol seulement, quand il ne l’a pas en l’air non comme un oiseau, un merle, a son bec en l’air : plutôt comme les phrases ont leur bouche — doit-on dire leur embouchure ou leurs débouchés ? — en l’air… Son regard est comme lui : simple soulignement mais de quoi — l’ombre portée de quoi ? Entrant dans la lisière de laquelle guère plus loin il ressort, comme en pratique d’une espèce de couture — un faufilage au point devant, imaginez… Du monde vous verrez bien à force qu’il n’a que l’air… Là est sa zone de confidentialité, où il a l’habitude de se lâcher, où il en a la désinhibition, et là sa forme de maraude, à celui qui n’est doté d’aucune propriété riveraine. C’est la misère mondaine relationnelle qui se lit sur sa personne — si ce nom convient à sa forme de coureur. C’est son point faible, ce point de côté qui le guette et dont on tirera certainement profit… — Ce sont ses manèges et ses cercles, ce sont ses trajectoires brisées qu’on suivra, profitablement… — Le manque en monde l’a fait parlé — Profitons-en… Pour quoi ? Mais en tirer notre génération, toute notre vie : en vivre !

… Nous le suivons… Nous le traçons… le voyons entrer dans un bois… en sortir… entrer dans l’autre bois… ou dans un autre à un endroit… à tel autre sortir… Quel bâti le coureur — sa forme noire là : pas là — pratique ou trafique-t-il en suturant ainsi les lisières des bois et les limites des champs ? Quelle est cette intermittence ? Quelles sont ces incursions, ses disparitions, ces éclipses momentanées ? La maraude, en quoi consiste-t-elle ? Donnons-lui — Encore ! — Une dernière fois… — Non ! Notre vie dépend d’elle — la parole : « Les endroits sont mes lieux-dits… Ils me disent. Je suis le dit des endroits. » L’endroit du bandeau ou celui de la cape, ou l’endroit du trampoline et encore l’endroit du cutter, et de l’alarme ou alerte, et l’endroit du ballon mais lequel ? de baudruche, c’est à tout bout de champ, et en tête des lisières, accroché aux massifs des ronces et aux massacres et déchiquettements des lisières, et de toutes formes et aspects, de la baudruche avion en mylar au ballon zèbre, au ballon licorne, baudruche cœur rose, le ballon champignon, le ballon Pokemon, ballon aluminium zéro bleu et ballon alu A, ballon mylar cadre à selfie princesse à l’endroit du rétro, ballon lune mylar, ballon bubble ballon de foot, ballon mylar cheval noir et endroit du nuage, ballon bulle bd argent — ballons tombés de tout le département tous plus dégonflés les uns que les autres — parce qu’il faut être à bout de souffle pour se poser et prendre ainsi à toutes les lisières et bouts de champs et tout le long des lisières des bois : de tous les bois des remises à gibiers…

… Ça se passe à un tas d’endroits… Ça se passe à un, à deux tas de là… L’endroit est ce point de chute…Le coureur des lisières — des milieux semi-ouverts —, coureur des bordures des champs de vision qui passe par là… Son regard est aux objets au sol comme on l’a dit menus ou non, là isolé, là en tas hétéroclite, monstre… Il se plaît dans la fréquentation des objets, ou d’espèces d’objets, ou dans leurs noms, dont il fait toute une compagnie, ou est-ce un équipement, ou tout ensemble un attirail, appareil ou un habitat, toute une batterie il y en a, un nuancier de la décharge et de la trouvaille cependant — ce spectre, s’y complaît. — Je ne sais au final jamais comment appeler ça, le mot… ne me vient pas, pas directement le nom de ces objets partiels ou célibataires ou jetés, déclencheurs je ne sais, comment dire des objets qui sont des jets ? déjets ? rejets ? déchets ? débris ? rebuts ? rébus ? débuts ?… Mon coureur évolue entre tous les débuts sans avoir jamais de cesse, sans fin… Dans tous les bons débuts… Ça fait un bon début que je lui cherche une fin… Toutes les chutes de la consommation de l’habitat individuel lui sont bonnes, à prendre ou à laisser comme il a dit — c’est sa complaisance, je l’appellerai ainsi. Mon coureur… Son unité de mouvement noire. Sa belle unité de mouvement. Son unité mobile. Sa belle mobilisation. Sa noire évolution… Comme noir est maintenant le bout de son souffle — C’est là que je me tiens… Et lui. — C’est là que j’interviens… — C’est alors que lui tombe sa respiration comme une tuile… Ou un rétroviseur…

07|10

Sujet Santé | Ensemble Enlèvement | Grande Substitution | Respiration Cutanée

Mon sujet santé | Mon sujet ne sait plus respirer | Mon assistance respiratoire | Mon sujet sous assistance | Quelque chose entre mon sujet et sa respiration | Passion respiration | Il ne respire plus seul | Alerte | Mon sujet ne respire plus | Mon emprise respiratoire | Je mets une alerte sur le sujet | Il ne respire plus qu’en courant — Que faire ? | Mes questions respiration | Comment retrouver la respiration de mon sujet ? | Stimulez votre capacité respiratoire | Mes sujets assistance | Mon sujet respiration | Il ne respire que sous la détresse | La respiration en questions | Il ne parle plus… | Mon assistant respiratoire | Mon sujet est sous détresse respiratoire | Il court comme il respire | Il ne me parle plus qu’en courant | Je ne me pense plus qu’à bout de souffle | Je ne le respire plus | « On le perd… » | Courir respirer

« On enlève des emballages de fast-food au matelas en passant par un toit de voiture » | Le Département et les fédérations de chasseurs et de pêche renouvellent l’opération « Ensemble enlèvement » | non ? et ça : | « Les choses fonctionnent si les gens s’en emparent » « Des préservatifs, des bouteilles en verre, des pneus, des caddies » « Il y a une véritable prise de conscience lors de l’enlèvement avec les jeunes » | L’événement Ensemble Enlèvement | Témoignages | toujours pas ? et là : | La mobilisation « Enlèvements » | Il reste encore tellement à enlever | En images | Les enfants très investis enlèvent un nombre important de déchets sauvages | ça prend… non ? | Lisières de l’Oise | Les participants enlèvent les ordures perdues au bord de la route | Les élus et les randonneurs bravent également le froid pour… L’association des parents d’élèves et les enfants bravent également l’hiver pour… Tout ce petit monde enlève en deux heures l’équivalent d’une benne | Événement | L’« Ensemble Enlèvement » rassemble les générations | et comme ça : | Une constellation d’événements inscrits dans le cadre « Ensemble Enlèvements » à travers l’Agglo | Ça nous regarde | Ce week-end se place sous le signe de l’« Ensemble Enlèvement » | « On a le week-end pour tout enlever » | Idées enlèvement | « Il faut verbaliser tous ceux pris en flagrant délit de décharger leur véhicule dans la nature » « La saisie de l’auto » « Les déchetteries sont fermées le dimanche mais les particuliers ils enlèvent quand ? » | c’est vrai ça… | Environnement | La manifestation « enlèvements » | Le conseil municipal des jeunes a participé au grand enlèvement nature | Sensibilisation à la problématique des déchets sauvages | « Beaucoup de déchets de bâtiment, plâtre, sac de ciment vide, plinthes en bois, gaine de câblage électrique, grillage et même une bouteille de gaz » | ! | « On enlève énormément de canettes, mais aussi des gravats et même des portes en bois » | « Il y a de tout : bouteilles en verre à profusion, des canettes aluminium, plastique idem, des emballages de toutes sortes, fast-food » « Des pneus, des roues de voitures, du linge » « et même une friteuse remplie d’huile » | !! gourmand… | L’opération se termine par le verre de l’amitié et la contemplation du volume enlevé | encore une image : | Les membres de l’association de protection posent derrière l’ensemble enlèvement | des chiffres ? | 4 mètres cubes d’encombrants, quelques centaines de litres de déchets en verre, plus de 2200 litres de déchets divers | encore ? | « 1000 tonnes ont été enlevées soient 70 camions de 15 tonnes sur l’ensemble du département » | et | « Deux tiers (en poids) des déchets collectés consistent en du plastique et des emballages et le reste en de la ferraille et du grillage et déchets divers » | L’événement « Ensemble Enlèvements » rassemble les générations | Les coordinateurs de l’enlèvement : « On croit à l’exemple » | ou bien : | Les ambassadeurs de l’enlèvement : « On croit à l’exemple » | ou : | Les coordinateurs Ensemble Enlèvements : « On croit à l’exemple » | Plus de contenus environnement | Plus de contenus enlèvement | ?

… Là… Laissons le dépôt sauvage sagement retomber… Ses 470 mots de décharges sauvages dont 220 mots différents : les 34 de ; les 21 l’ ; les 18 les ; les 17 des ; les 15 et ; les 13 en ; les 10 enlèvement ; et les 10 la ; les 9 le ; les 9 ensemble ; les 7 à ; les 6 une ; 6 on ; les 5 enlèvements ; les 4 d’ ; 4 il ; 3 événement ; 3 enlève ; 3 non ; 3 même ; 3 a ; les 3 enlèvent ; les 3 tout ; 3 exemple… et aussi ceux qui vont par deux : pneus y bouteilles ça est mais coordinateurs end week également déchets enfants enlever dans générations rassemble ce verre food plus fast emballages un bois canettes au contenus ou environnement et encore tous les autres : leur occurrence unique… On est enlevé… Est-ce qu’on va retomber sur ses pieds ? — Moi je dis : — Voilà comment il s’opère une grande substitution et dans les grandes largeurs : d’ampleur territoriale. — Un grand contournement dans des mots pas dégueu… Comme ils fonctionnent ensemble… — À l’échelle départementale et locale oui… mais qui voudraient y toucher ? — Les mots sont des désinhibiteurs… Donnez un nom à quelque chose et vous verrez… l’animation… — On dira : — Voilà comment un tas d’encombrants ou monstres entre dans les mots… — Moi les déchets sauvages ça me soulève le cœur… et en général toute atteinte à l’environnement… — Vous ne vous êtes pas regardés ?! — Moi les dépôts sauvages m’enlèvent… Ce sont les mots du constat, de l’inventaire, l’énumération je crois : je ne sais pas ce que ça me fait…

Ne pas avoir de monde — Qu’est-ce que c’est ? Approchez-le… — L’espace d’une respiration, capacité respiratoire, il n’a que ça. Il ne voit que ça. Il ne sent que ça et le temps seulement d’une respiration. Il a l’espace-temps de la respiration et c’est tout, son milieu. Il est au milieu d’une respiration. Il se prend par le milieu. Saisissons-le. Voyez comme le territoire lui colle à la peau : en un nombre en définitive assez rare d’endroits — et c’est par la respiration… On ne peut pour autant en déduire que sa peau respire. On le sait, la respiration cutanée est essentiellement un effet hallucinatoire : on ne respire pas de tout son corps. Un phénomène remarquable cependant est qu’à chacun de ses points d’adhérence se développe une flore endogène : les mots y fleurissent — c’est la raison pour laquelle nous les appellerons : points noirs. Ils vont jusqu’à faire des phrases. Écoutons : « Ne pas avoir de monde c’est quand l’espace me colle comme la respiration. Mon territoire se plaque contre moi. Il vient à moi en chacun de mes mouvements. Je ne sais plus faire la part de ma respiration et de l’espace… » Et là : « T’ai-je hallucinée respiration cutanée ? » La respiration, une seconde peau ? Non. Il faudrait se couvrir d’un mucus spécial pour que des échanges d’oxygène s’opèrent au niveau de la peau. Transpiration n’est pas respiration. La part de la respiration cutanée est insignifiante en l’espèce, au contraire des batraciens. Le sujet observé est-il devenu amphibie ? En son état actuel, nous ne pouvons-nous prononcer. Il a laissé derrière lui, à deux pas de là, 220 foulées précisément, sur un tas de détritus tous corps de travaux, pique-nique, rubrique Divers et mécanique auto, une mue A I R S U P P L Y — qui peut bien dorénavant habiller un épouvantail, et le premier venu. Plantez un panneau au milieu du champ voisin et celui-ci sous l’effet du vent et des transports d’air en peu de temps se trouve garni — comme on voit faire et s’accrocher aux haies et lisières les transparences plastiques… Une mutation à terme — par recouvrement intégral de phrases façon muqueuses — n’est donc pas à exclure, tenons-en pour témoin ce fragment : « … les mots les monstres… » Assisterions-nous à une hybridation ? La naissance d’une sous-espèce ? — C’est ainsi qu’il tombe sur sa respiration comme sur un os… Un rétroviseur…

06|10

Souffle Coupé | Nôtre Cause | Quelle Couleur | Bandeau Sale

… Maintenant que je l’ai amené tout au bout du souffle… au bord… Qu’il retrouve sa respiration peu à peu… Il peut bien me trouver aussi… À force de parler : cette bouche ouverte… Voyez : comme il s’étire, se penche au bord… Comment être sûre qu’il ne le fera pas ? Comment suis-je si sûre de moi ? Si je ne lui prends pas la parole il va finir par me cerner, me tenir, si je ne la lui coupe pas, cette fois… Faisons-le taire, ne le laissons plus faire, ne le laissons plus aller, venir comme ça : se pencher sur moi — il est sur moi là regardez… comme s’il n’y avait personne, comme si je n’étais rien, ou pas là, regardez-le se gainer… s’étirer comme il fait… au dessus de moi, divaguer — Monstres, faites diversion ! — Parlons-lui, n’importe quoi, quelque chose… Quoi encore ? — Ma respiration me laisse là… Ma respiration me laisse à bout de souffle… Elle me pousse à bout… Il ne s’arrête plus de s’étirer… souffle et se vide, s’étire encore et ses doigts, les bouts de deux de ses doigts touchent le sol : la pointe de ses pieds… la terre, le sable de la terre et puis… — Il faut être venu à bout de souffle pour tomber là… Je vais toucher le bout de mon souffle…

… Je vais tout le respirer : l’aspirer et l’expirer… tout son air, air de rien, son air de ne pas y toucher, ses airs de ne pas toucher le sol, le leurre qu’il est, de voler, toute sa forme de coureur, son insupportable grande forme… sa forme de santé je vais la lui sucer toute… Je m’en vais te le faire taire : le faire taire en mots, te le taire dans les mots… Non… Laissons-le partir… Il ne fait que passer : une courte pause — regardez… Faisons-le réduire… On le réduit au silence, on lui coupe son élan… Je vais lui faire ça vite fait… Moi je vais te le taire à gros traits… Je vais lui mettre dans la bouche des mots qui sont des objets… Et moi je vais tout vous raconter… Je sais tout ! Comment je le sais ? Je le suis… Je ne le suis plus moi : je vais le devancer… je vais le rencontrer, je vais le raconter. Je le connais par cœur. C’est par cœur que je le connais. Sur le bout de ses doigts… C’est au bout de ses doigts si je le connais, c’est sur ses mots que je compte… — Mais nous ne voulons pas le rencontrer ! Au contraire nous le fuyons ! Ne nous déroberons-nous pas ? Ne sommes-nous pas ce qui le fuit ?… Jamais je ne me tiendrai sous ses yeux, je ne me tiendrais plus… Ne sommes-nous pas ce qui le regarde : justement ce qu’il ne voit pas ? Notre cause… N’est-ce pas précisément parce qu’il ne la voit pas qu’elle le regarde ?… Oui, c’est cela… Fixons-le, le point noir, avant qu’il ne devine notre constellation… Avant qu’il ne trouve notre nom… Avant qu’il ne nous trouve un nom… Faisons-lui faire une fixette… — Laissez-moi faire…

… il faut être venu à bout de souffle pour tomber là … je vais toucher le bout de mon souffle … je vais reprendre mon bout de souffle …

— Quelle couleur ? — ?? — Quelle couleur c’est ? — … ? — Dis-le… Prends-le, prends… Prends-moi. — … — Tu m’as donné un nom… dis-le… Dis-le moi… — … le… bandeau ? — Le bandeau… Tu es sûr ? Pourquoi tu ne le prends pas ? — je… j’allais… — Pourquoi tu ne le passes pas ? Tu passes, tes regards traînent sur moi. S’accrochent à moi… Tu fais l’étonné ? — … — Me donnant un nom tu m’as donné la parole, tu le sais ? Qu’un nom donne la parole ?… Les noms prennent la parole. En m’appelant tu m’ouvres un droit : de te parler, tu m’as provoquée, c’est toi… Combien m’ont laissée tomber là ? Deux, un ? Ce n’est pas toi ? Par hasard… La dernière fois que j’étais en l’air ce n’était pas toi, déjà ? Qu’est-ce qui te retient ? Qu’est-ce qui te retient là ? Approche… — — Dis-moi… Combien ils sont — tu vois ? Les regards… Combien sont-ils qui m’ont saisie, soulevée de terre du regard ? — je… — M’ont jeté un regard… m’ont jetée là… — ne… — Qu’est-ce qui t’arrête ? C’est ma forme, non ? Dis moi, quelle est ma forme ? Dis que c’est ma forme… ma taille ? Dis-moi — je ne vois pas. Et ma matière… Dis : mon poids ? Que je te dise : je ne sens rien, seulement quand un regard se pose sur moi, passe sur moi, le reste… Je ne te vois pas… Je sens ton regard qui coule, là… Comment tu me vois ? — …

… comme polie… lisse… douce… une forme… de bande… courbée… plate… un cartilage… comme un os… un loup… un bandeau, sale, avec de la terre… du sable… doux, le contour… au toucher… — Encore. — … noire… comme en caoutchouc, mat, noir… un tour de tête… ou d’une bouche, replié… courbé, une courbe, rond, incurvée… — Encore. — … comme un joint, joint caoutchouc… déchiré… aplatie… une déchirure arrondie, un œil… d’un masque… l’air souple… retourné… comme coupé… comme d’une chambre à air… — Une quoi ? — … chambre à air…