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L’aménagement du comble

Sur un parking où je viens avec le jour me retrouver après une longue nuit, blanche à quelque chose près, je suis un peu perdu, avant d’entreprendre la descente en lacets vers la maison, je me range sur le bas-côté de la route à l’endroit où il s’évase en aire de dégagement, un parking-refuge où je descends d’auto retrouver la position debout un moment entre la clôture de la ligne à grande vitesse à l’aplomb de ses tunnels et la lisière de noisetiers et de sureaux sous les clématites, les bouleaux, pins, vestiges de la végétation pionnière garnissant le haut du coteau depuis que n’y vont plus les troupeaux, que n’y sont plus les moutons : depuis cent ans. J’aime un endroit sans personne : ainsi il est sans envers. J’effectue mes allées et venues comme rituelles ou comme on voit venir et encore quelques pas de retour vers l’auto, car je me décide enfin à aller reprendre l’auto, laisser tomber le moment quand, m’en revenant vers elle, je ne l’ai pas vu en descendant, mes yeux tombent sur, quelque chose est déchargé là. À l’arrière du véhicule : entre lui et la clôture. Ce dont il s’agit pour moi ne fait aucun doute. Cependant, et je longe maintenant l’auto, alors que clé en main j’en ai désactivé le verrouillage, et déjà ma main va à la portière, parmi le déjà-vu des déchets d’un chantier d’aménagement de combles, auxquels se mêle le débarras d’un garage, ou d’une cave et d’une chambre d’enfants, à ce que je vois… toute une décharge individuelle sauvage en somme et comme instantanée…  Et comme dans l’instant qu’un génie sort de bouteille… Et comme si cela venait de ma voiture ? Qu’est-ce qu’il y a ? Je reconnais encore quelque chose, mon cœur fait un bond, et ma respiration, qu’est-ce qu’il a ? au moment où, je lis : UNE BOUCHE OUVERTE LUI TOMBE DU CIEL. Un titre. Je reconnais tout… Je lis : Un homme frappé par une bouche soufflée de l’explosion d’un avion en vol. Je me retourne… Une auto passe… Je suis gagné, je lis encore, là : UNE BOUCHE LUI TOMBE OUVERTE DU CIEL, là : la bouche d’un passager du Vol 981 de la Turkish Airlines, je m’approche encore, je lis : qu’il dit provenir de l’explosion de l’avion… Parmi les reliefs de chantiers se trouvent des titres, des gros, je me penche : À 19 km du lieu du crash et 45 ans de cela une bouche lui tombe du ciel, je relis : la bouche d’un passager du VOL 981 TURKISH AIRLINES, la honte me gagne encore un peu : qu’il dit ouverte. C’est trop gros, je me penche encore, dans le désordre des mots, j’en trouve d’autres : L’homme, qui s’intitule archéologue aéronautique… et là, je reconnais encore, au dessus, en me penchant : DU CIEL TOMBE OUVERTE UNE BOUCHE, mots en désordre : ce sont des titres, le jackpot des mots, ce sont des découpes de titres, où des titres viennent avec des mots, des sous-titres : Un archéologue aéronautique met au jour un reste humain du crash du 3 mars 1974, des traînes de mots, des chapeaux : On se souvient que l’accident était dû à l’ouverture d’une porte de soute en plein vol, causée par un défaut du système de verrouillage. La décompression explosive qui s’en était suivie avait endommagé les circuits des commandes de vol, provoquant… on ne m’arrête plus : la perte de contrôle de l’appareil. Les corps de plusieurs passagers avaient été retrouvés… En même temps que je lis les mots me viennent à la bouche : jusqu’à 15 km du lieu du crash, en pleins champs… Qu’est-ce qu’il y a d’autre ? Je reconnais tout, je connais par cœur. Est-ce parce que je reconnais tout ? Je me sens complètement nul : C’EST MOI OU ON DIRAIT UNE BOUCHE ? et en tout cas stupide, et démasqué. Car ce ne sont pas du tout mes affaires, et ce sont pourtant bien mes effets : et qu’en l’état actuel de son invention « l’aérochercheur » ne souhaite pas divulguer d’autre image [de la bouche] que celle contenue dans ses mots et ses dires, « pas d’autre image que l’image vivante entre les mots », dit-il. De là à se demander si la bouche est en vie… et poursuivre l’homme, non pour recel de corps, mais séquestration… Et comment seraient-ils miens ? Mes effets ? Comment des mots sont-ils les miens ? À quoi je les reconnais ? Ou : Comment me reconnaissent-ils ? — C’est la combinaisons des mots, les objets confondants — Comment me confondent-ils ? — C’est la magie des titres. C’est comment ils me tombent dessus : comme des gros titres, gros comme une maison : GROS COMME UN AVION, comment ils tombent sur moi, et m’habillent pour l’hiver…


Les contenus De forme noire, La nuit est la peau du dehors, Dehors est la bouche de la nuit, L’éclat de la nuit et L’aménagement du comble répondent à la proposition Apocryphes de François Bon Tiers Livre Atelier d’hiver 2018

À l’Instant R1, l’Instant R2

Elle tient au rétroviseur comme à la respiration. Bien qu’il ne lui renvoie aucune image, étant vide de miroir, il est comme sa respiration. L’image. Elle se calque sur lui. Lui, lui fait une respiration. Il lui en tient lieu. — Perdre un poumon déjà, je ne vous dis pas… Elle ne dit rien. — Quand vous le voyez se remplir d’eau… Toute à son souffle. — La panique… Demeure silencieuse. — La panique vous prend… Flottante tendue. Elle ne parle pas. Ne bronche pas. — Quand vous voyez chaque jour qu’il se remplit un peu plus… Chaque jour que l’hiver fait… Se tient dans le silence. — Quand vient le moment qu’il va déborder… parce qu’un moment venu il en a ras la gueule ouverte, de l’eau des précipitations…
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Il y a l’animation de l’instant. Elle a l’animation de l’instant. Elle en a le tremblement. Le frisson. Le frissonnement de l’instant quand il vient… — Quand l’instant vient… Elle dit ça elle ne dit rien. Toute à son souffle demeure silencieuse. Flottante tendue. Sans un bronchement seulement le souffle, un peu grave, un peu coupé, d’une respiration, elle s’y tient. Dans le silence. Branle mais tient. Tient quelqu’un là. — Quelqu’un ? Enfin… seulement une main… Alors on a l’image d’une main — c’est encore ça comme image…C’est une image qui vient prendre le rétroviseur et le vider de son eau : la terre dessous boit l’eau dans le plus grand silence. Qui est celui d’une respiration… Cela dure 8 bonnes secondes, tremblées. Au bout des 8 secondes elle est coupée.
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Elle ne tient à rien d’autre. Ce n’est pas rien, un rétro, mais un trophée. Ce n’est pas tous les jours. Elle ne peut pas. L’abandonner, le laisser. L’oublier. Encore une fois. Elle ne peut pas le laisser tranquille. Elle n’est pas bougée, mais tremble… Sans une main cette fois… Elle ne se tient, elle ne s’accroche à rien, d’autre qu’à lui, elle ne se tient nulle part. Au dessus de lui seulement, d’une hauteur d’un demi-homme, un quart d’homme, avec sa concentration, sa retenue. C’est toute la retenue de l’image, sa réserve, et son seuil — la retenue qu’une image seule vous fait sentir : comme vous êtes retenu… Cherche-t-elle le rétroviseur, à le faire léviter ? Le charmer ? Comme suspendue, pendue à l’instant. Comme on est ou demeure suspendu à des mots. Il ne lui reste que lui. Il ne lui en reste qu’un. Elle ne le lâchera pas. Au bout des 8 secondes l’image se boucle, cette fois…

Mes robinets

Les contenus enlèvement font autant de sources… De là, soit je laisse couler… leur aménage un réceptacle, un réservoir… je m’y viens baigner, et désaltérer, alimenter même… m’en viens puiser… Soit je leur coupe le robinet… mieux : je leur taille une conduite, leur découpe le robinet du jour, ou du moment… alors rêver leur flux, leur débit, ce qu’ils, en quoi ils abondent… Il ne s’agira que d’ouvrir — fendre — quelques robinets… laisser couler jusqu’au moment qu’une nouvelle ou un bassin se verront remplis, abondés… abondant en nuances, un nuancier, soit : laisser, un temps, couler les robinets, tous, à fond… ou le seul robinet de l’image ? Ou bien est-ce l’image qui coule à tous les robinets ?

Il est à l’image. L’image flotte au dessus du rétroviseur. Du rétroviseur il ne reste que la coque, la coque est vide. De l’humus en formation dedans, un fond de flaque. L’image tremble. Son tremblement, c’est de se tenir là. Il lui vient de là. Elle, se tient flottante, et stationnaire au dessus du rétroviseur, et le fixe. Lui, il est épinglé à l’image, parmi le lierre terrestre, vert et qui frémit. L’image ne sourcille pas — par moment un voile seulement. L’image se voile.


… Le rétroviseur. Rattaché à rien. Qu’à l’image. La couleur s’en est ternie, comme floquée. La coque ébréchée, feuilles, faines, glands, leur virage au noir, terre en formation au fond d’elle, se fondant au noir intérieur de la coque plastique. Le plastique fondu là, à l’endroit de l’attache, lui imprime forme humaine : de cœur. Charnelle. D’un poumon. L’aspect ou l’anatomie d’un cœur. Avec une respiration…


On a la sensation, là. D’où vient la sensation ? L’image tremble. D’un tremblement qui est inquiétude, fébrilité, on ne sait pas. Un effort. Avec une respiration… On ne sait pas d’où elle vient à l’image, comme en-dessous du niveau de l’image — son volume s’entend… Ou flotte-t-elle au dessus, au contraire ? D’où vient cet effet-là ? Il y a quelqu’un… Un voile par endroit vient, un évanouissement instantané du contraste vient à l’image comme un étourdissement bref, un rayonnement, aussitôt reparti. Elle, demeure. Elle ne désarme pas. L’image. Toute sa définition pour rendre le rétroviseur, mobilisée, le rétro extérieur latéral arraché. Tombé là. Dans cette tension. Dans l’impact qu’il a.


… Il vous tient là. Ou c’est elle. C’est elle qui tient là. Quelqu’un. L’équilibre, entre l’image et le rétroviseur, est précaire. Il y a un effort, de vision, il y a une tension. Respiration ? Quelque chose passe, à l’image, quelque chose entre lui et l’image, quelque chose se passe — ou s’échange ? On ne sait pas. Qu’est-ce qu’il y a ? À part le rétro… Le rétroviseur tient net là son contraste saisissant au seuil de la lumière rasante. L’image est là… se tient sur le seuil. Elle branle mais tient. Immobile et non stable, l’immobilité de quelqu’un. Quelqu’un est tout à l’image, au tremblement cela se sent : tout l’effort pour se tenir coi. Cela ne dure que 8 secondes, plan fixe. 8 secondes et l’image se coupe.

Les Instants S, P, BR

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l'image avec le son mes #bassesdéfinitions

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poumon ou cœur?

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sam 15:14

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Des substitutions…

Ô PASSANT QUE SI D’AVENTURE… — Vous passez sans vous arrêter… Descendre oui, vous descendez dans le bel ensemble du train à grande vitesse — vous couler dans les couleurs grise et crème de sa livrée intérieure — les 1510 m du dénivelé de la rampe à 25 pour mille du viaduc sur l’Oise jusqu’au PK (point kilométrique) 52,342 et les 209 m du pont-rail sur l’A1 à partir duquel l’autoroute et la ligne à grande vitesse la doublant du côté ouest, et avec eux les trafics routiers et passagers, voyageurs d’affaires et clientèle de loisirs confondus, s’étirent de concours, foncent de concert, fragmentation double, vers le Nord dynamique, historique, économique de l’Europe par les horizons d’openfield et d’éoliennes 140 km durant se longeant à parfois se frôler, jouer à cache-cache au gré des tranchées, des remblais, sauts-de-mouton et dans le jeu des lointains, des confins, contournements, des substitutions…


Les contenus Kinks, Zone d’activité, Pendu aux arbres, I Gotta Move, Respiration nulle part et Des substitutions… répondent à la proposition Vies brèves en hors-champ de François Bon Tiers Livre Atelier d’hiver 2018