01|10

Regard Perdu | Bon Endroit | Bouche Ouverte | Figure Humaine

Il ne me retrouvera pas… Il ne me trouvera jamais là. Jamais il ne viendra. Me trouver là. Il n’y pense pas. Il ne peut pas penser ça. L’imaginer. Il ne pense pas à ça quand il vient, quand il se trouve là. Pas à moi. Et puis, il ne fait que passer, il ne vient pas. Je le vois passer. Avec l’hiver, chaque jour. Et il me cherche. Comme c’est visible sur sa personne qu’il me cherche. Dans ses airs. Les regards qu’il a — les regards qu’on ne croise pas. Mais il ne me trouvera pas, on ne se croisera pas. Même… Même s’il sait, il sent, qu’il m’a perdue, il ne viendra pas voir. Il va, il veut toujours voir ailleurs. Je l’entends passer, je l’entends parler, dans les souffles qu’il a, c’est comme une prière, et je l’entends prier… Je crois… qu’il ne sait pas, lui-même, à quel point il me cherche. De toute sa personne. De tout le mouvement qu’il s’imprime, de toute sa forme. Qu’est-ce que j’entends à ses lèvres qui remuent ? Ça :

Les choses sont à leur endroit… Elles sont dans leur endroit. Elles ont un endroit. Le bonheur d’être entouré d’endroits… Les endroits n’ont rien contre moi… Pourtant je ne peux pas m’empêcher si je sors, sitôt sorti, d’entrer dans mes envers, à toutes mes sorties… Sauf si je cours. En courant je reste à l’endroit… En courant je suis sûr de mon endroit, quand je cours, je suis toujours, chaque fois au bon endroit, tout le temps de courir c’est comme si j’y courais, à l’endroit… C’est tout le temps le bon endroit pour courir… chaque fois le bon moment… Quand je n’ai rien contre moi… Rien contre moi les endroits ? Je dis : les endroits n’ont rien à voir, avec moi. Ma vie n’est vraiment pas un endroit. Ce n’est vraiment pas l’endroit…

… Même si ça se voit, ça se voit trop, qu’il cherche, je le vois bien, il ne sait pas quoi, il dit quelque chose, il dit : … quelque chose… La bouche est ouverte, et le nez en l’air, comme une phrase. C’est cette phrase-là : — Au lieu de me demander ce que je fais là, je pourrais aller le demander à quelqu’un. Si quelqu’un vient — Chercher quelqu’un… Si quelqu’un vient là et me le demande, ou pas, je pourrais lui demander. Si je me le demande à quelqu’un. À l’endroit de quelqu’un. Devant quelqu’un… Ou ce sera seulement quelqu’un qui se le demande ? Alors nous n’irons nulle part, le quelqu’un et moi : personne n’aura la réponse. Si quelqu’un se le demande sans rien me demander. Et même, préférant m’ignorer, faisant mine de ne pas me voir… Je le vois déjà, quelqu’un, quitter l’endroit avec son questionnement, son chien… Quel endroit ? Le champ de nos regards. Le champ couvert par deux regards, et qui se croisent, partagé… — Même si sans le savoir, il le sent, que c’est tout près, là, que c’en est presque à ses lèvres. Il ne s’imagine pas. Il n’imagine pas ça. Ou il s’imagine trop… Oui…

Je le vois… Je le vois venir, il ne sait pas… Ni qu’il vient ni que je le vois. Une pulsation d’abord. Un point noir à l’horizon, qui saute, tremblé, son point tremblant à l’horizon. Il s’étire, puis s’allonge, grandit et peu à peu prend forme, sa forme noire. En grossissant… En grossissement, cela remue en dedans, et s’étirant, se ramasse dans le même temps, la pulsation. Elle est une poussée comme un moteur noir, sa forme humaine là-dedans, en germe… Et puis le voilà pour ce qu’il est : un coureur, pour ce qu’il en paraît… En noir comme il est. En jambes comme il est. Deux bras, deux jambes. En figure humaine comme il est, silhouette, le mirage qu’il est. L’air de quelqu’un… Le voisin qu’il est… et qu’il n’est déjà plus, là, je le vois… Comme ça se voit qu’il n’y a pas de voisinage, au point où l’on en est, lui, moi, personne, autour, il n’est plus question de voisinage…

À l’Instant R1, l’Instant R2

Elle tient au rétroviseur comme à la respiration. Bien qu’il ne lui renvoie aucune image, étant vide de miroir, il est comme sa respiration. L’image. Elle se calque sur lui. Lui, lui fait une respiration. Il lui en tient lieu. — Perdre un poumon déjà, je ne vous dis pas… Elle ne dit rien. — Quand vous le voyez se remplir d’eau… Toute à son souffle. — La panique… Demeure silencieuse. — La panique vous prend… Flottante tendue. Elle ne parle pas. Ne bronche pas. — Quand vous voyez chaque jour qu’il se remplit un peu plus… Chaque jour que l’hiver fait… Se tient dans le silence. — Quand vient le moment qu’il va déborder… parce qu’un moment venu il en a ras la gueule ouverte, de l’eau des précipitations…
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Il y a l’animation de l’instant. Elle a l’animation de l’instant. Elle en a le tremblement. Le frisson. Le frissonnement de l’instant quand il vient… — Quand l’instant vient… Elle dit ça elle ne dit rien. Toute à son souffle demeure silencieuse. Flottante tendue. Sans un bronchement seulement le souffle, un peu grave, un peu coupé, d’une respiration, elle s’y tient. Dans le silence. Branle mais tient. Tient quelqu’un là. — Quelqu’un ? Enfin… seulement une main… Alors on a l’image d’une main — c’est encore ça comme image…C’est une image qui vient prendre le rétroviseur et le vider de son eau : la terre dessous boit l’eau dans le plus grand silence. Qui est celui d’une respiration… Cela dure 8 bonnes secondes, tremblées. Au bout des 8 secondes elle est coupée.
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Elle ne tient à rien d’autre. Ce n’est pas rien, un rétro, mais un trophée. Ce n’est pas tous les jours. Elle ne peut pas. L’abandonner, le laisser. L’oublier. Encore une fois. Elle ne peut pas le laisser tranquille. Elle n’est pas bougée, mais tremble… Sans une main cette fois… Elle ne se tient, elle ne s’accroche à rien, d’autre qu’à lui, elle ne se tient nulle part. Au dessus de lui seulement, d’une hauteur d’un demi-homme, un quart d’homme, avec sa concentration, sa retenue. C’est toute la retenue de l’image, sa réserve, et son seuil — la retenue qu’une image seule vous fait sentir : comme vous êtes retenu… Cherche-t-elle le rétroviseur, à le faire léviter ? Le charmer ? Comme suspendue, pendue à l’instant. Comme on est ou demeure suspendu à des mots. Il ne lui reste que lui. Il ne lui en reste qu’un. Elle ne le lâchera pas. Au bout des 8 secondes l’image se boucle, cette fois…

Mes robinets

Les contenus enlèvement font autant de sources… De là, soit je laisse couler… leur aménage un réceptacle, un réservoir… je m’y viens baigner, et désaltérer, alimenter même… m’en viens puiser… Soit je leur coupe le robinet… mieux : je leur taille une conduite, leur découpe le robinet du jour, ou du moment… alors rêver leur flux, leur débit, ce qu’ils, en quoi ils abondent… Il ne s’agira que d’ouvrir — fendre — quelques robinets… laisser couler jusqu’au moment qu’une nouvelle ou un bassin se verront remplis, abondés… abondant en nuances, un nuancier, soit : laisser, un temps, couler les robinets, tous, à fond… ou le seul robinet de l’image ? Ou bien est-ce l’image qui coule à tous les robinets ?

Il est à l’image. L’image flotte au dessus du rétroviseur. Du rétroviseur il ne reste que la coque, la coque est vide. De l’humus en formation dedans, un fond de flaque. L’image tremble. Son tremblement, c’est de se tenir là. Il lui vient de là. Elle, se tient flottante, et stationnaire au dessus du rétroviseur, et le fixe. Lui, il est épinglé à l’image, parmi le lierre terrestre, vert et qui frémit. L’image ne sourcille pas — par moment un voile seulement. L’image se voile.


… Le rétroviseur. Rattaché à rien. Qu’à l’image. La couleur s’en est ternie, comme floquée. La coque ébréchée, feuilles, faines, glands, leur virage au noir, terre en formation au fond d’elle, se fondant au noir intérieur de la coque plastique. Le plastique fondu là, à l’endroit de l’attache, lui imprime forme humaine : de cœur. Charnelle. D’un poumon. L’aspect ou l’anatomie d’un cœur. Avec une respiration…


On a la sensation, là. D’où vient la sensation ? L’image tremble. D’un tremblement qui est inquiétude, fébrilité, on ne sait pas. Un effort. Avec une respiration… On ne sait pas d’où elle vient à l’image, comme en-dessous du niveau de l’image — son volume s’entend… Ou flotte-t-elle au dessus, au contraire ? D’où vient cet effet-là ? Il y a quelqu’un… Un voile par endroit vient, un évanouissement instantané du contraste vient à l’image comme un étourdissement bref, un rayonnement, aussitôt reparti. Elle, demeure. Elle ne désarme pas. L’image. Toute sa définition pour rendre le rétroviseur, mobilisée, le rétro extérieur latéral arraché. Tombé là. Dans cette tension. Dans l’impact qu’il a.


… Il vous tient là. Ou c’est elle. C’est elle qui tient là. Quelqu’un. L’équilibre, entre l’image et le rétroviseur, est précaire. Il y a un effort, de vision, il y a une tension. Respiration ? Quelque chose passe, à l’image, quelque chose entre lui et l’image, quelque chose se passe — ou s’échange ? On ne sait pas. Qu’est-ce qu’il y a ? À part le rétro… Le rétroviseur tient net là son contraste saisissant au seuil de la lumière rasante. L’image est là… se tient sur le seuil. Elle branle mais tient. Immobile et non stable, l’immobilité de quelqu’un. Quelqu’un est tout à l’image, au tremblement cela se sent : tout l’effort pour se tenir coi. Cela ne dure que 8 secondes, plan fixe. 8 secondes et l’image se coupe.

Les Instants S, P, BR

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l'image avec le son mes #bassesdéfinitions

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poumon ou cœur?

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sam 15:14

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